Pierre-Yves Dermagne (PS): "Notre régionalisme ne vise pas les Flamands"

Mardi, et comme chaque année, le Roi a présenté ses voeux aux corps constitués. Il a notamment souligné cette situation contrastée, qui voit un gouvernement fédéral en affaires courantes au moment où la mobilisation citoyenne est maximale.

Depuis plusieurs semaines, les jeunes descendent tous les jeudis dans la rue pour réclamer une meilleure politique climatique. Jeudi dernier, ils étaient 35.000, à la fois du secondaire et du supérieur. Dimanche encore, 70.000 manifestants ont marché dans les rues de Bruxelles. Et le mouvement ne décolère pas.

Ces derniers mois on a vu que la N-VA, en plus d’avoir des penchants xénophobes était aussi climatosceptique

Ils réclament une nouvelle dynamique économique et sociale plus équitable et une adaptation fondamentale de nos modes de vie afin d’éviter un dérèglement irréversible de notre planète. Le Roi pointe la nécessaire mobilisation politique.

"Il faut qu’il se mobilise, au niveau fédéral, régional et local. Je pense qu’on a un début de mobilisation et d’actions concrètes mises en place. Je regrette que ces derniers mois, en partie sous le poids de la N-VA et de son président Bart de Wever, on n’ait pas pu aller plus loin. On n’a pas pu concrétiser une série de dossiers. On est revenu sur des engagements pris en matière d’ambitions climatiques. C’est vraiment problématique. Ces derniers mois on a vu que la N-VA, en plus d’avoir des penchants xénophobes, était aussi climatosceptique", précise Pierre-Yves Dermagne, chef de file socialiste au Parlement wallon, invité de La Première mercredi matin.


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Le gouvernement de Charles Michel sans la N-VA dit vouloir faire du climat une priorité. Le Premier a d’ailleurs annoncé la mobilisation de la Commission nationale climat.

"Il y a un réveil, malheureusement il est tardif, et je reste prudent par rapport aux annonces de Charles Michel. On sait que Charles Michel a encore besoin de la N-VA en affaires courantes pour faire passer toute une série de dossiers. Je crains fort que le côté climatosceptique pèse sur les ambitions climatiques en Belgique."

L’écosocialisme, 170 propositions

Pierre-Yves Dermagne, ténor du PS, a notamment mis en avant le concept d’écosocialisme. "Ce n’est pas neuf, c’est le fruit d’un travail, l’aboutissement de toute une réflexion, un processus participatif avec les militants du PS, des experts. Un chantier des idées qui a duré près de deux ans qui a abouti sur 170 propositions, dont toute une série qui fonde la charte écosocialiste avec des propositions concrètes: un grand plan d’isolation pour les logements et bâtiments, des investissements dans les coopératives productrices d’énergie verte, un soutien aux particuliers via des prêts à taux zéro, le soutien aux circuits courts via l’introduction dans les marchés publics,..."

Pourtant, ce mouvement pour le climat dit que ce n’est pas assez. "Le message il est fort et je me réjouis de voir des jeunes qui se révoltent. Je partage les constats, préoccupations qu’ils manifestent. J’ai des enfants, j’ai envie de leur laisser un monde plus beau, vert, sain et sûr qu’aujourd’hui. Le réveil est sans doute tardif, peut-être trop ? Je ne pense pas, sinon on ne continuerait pas à agir dans ce sens-là."

Avancées régionalistes

Autre réveil, différent cette fois, la remontada des régionalistes wallons. On lisait dans la presse cette semaine les déclarations de Jean-Luc Crucke (MR). Il veut une régionalisation massive de certaines compétences de la communauté française comme l’enseignement et la suppression de la fédération Wallonie Bruxelles.

"L’engagement de Jean-Luc Crucke, de moi-même et d’autres régionalistes n’est pas secret, il est public. On réfléchit à une série d’avancées régionalistes. L’un des combats c’est de pouvoir tenir les leviers de la culture et de l’enseignement. Selon nous, elles sont indispensables à développer dans un projet régional. Et c’est faire en sorte qu’une région, en particulier la Région wallonne, puisse se développer et se redresser demain."

Mais il insiste, ce n’est pas une réponse des francophones aux revendications flamandes"c’est une réflexion en place depuis des années. Le mouvement wallon est assez ancien et a obtenu une série de victoires."

Le confédéralisme c’est la fin de la Belgique et c’est aussi la négation du fait bruxellois

La N-VA plaide pour un modèle confédéral, une gestion séparée. Quelle différence avec les régionalistes?

"Le confédéralisme c’est la fin de la Belgique et c’est aussi la négation du fait bruxellois. C’est Bruxelles cogérée par la Wallonie et la Flandre. Nous, c’est un régionalisme pragmatique, non-revendicatif et ce n’est pas contre les Flamands et les Bruxellois. Je me réjouis d’entendre des ténors bruxellois revendiquer ce fait régional. Et c’est aussi une défense du fait régional flamand. Je n’ai pas de problème par rapport à ça. Mais ça doit s’inscrire dans une Belgique unie avec des mécanismes de solidarité."

Rudy Demotte, le Ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, affirme lui ce mercredi dans la presse que les compétences reprises aux provinces par les régions ne sont pas toujours un modèle de réussite. "Prenez les routes par exemple, elles sont moins bien gérées par la Région Wallonne qu’elles ne l’étaient par les provinces", dit-il.

A cela, Pierre-Yves Dermagne répond qu’il "réfléchit en matière institutionnelle avec le souci du service à la population, au citoyen. C’est ça qui doit nous mobiliser. Le paysage francophone est complexe et à certains égards pas assez efficace."

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