Pierre-Yves Dermagne (PS), ministre de l'Economie : "Je regrette la mauvaise communication sur les mesures sanitaires"

Pierre-Yves Dermagne, vice-premier ministre PS et ministre fédéral de l’Economie, était l’invité du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 24 octobre 2020 à 9h10 sur La Première. Il revient sur les mesures sanitaires prises aux différents niveaux de pouvoir et réagit aux incompréhensions de la collectivité.

Des annonces multiples, parfois contradictoires, ont rythmé ces derniers jours en Belgique. Si la matinée de vendredi a été marquée par des mesures fédérales jugées trop faibles par certains, la soirée du même jour sonnait plus sévère côté wallon. Alors que toutes les cartes étaient sur table depuis au moins deux semaines, pourquoi avons-nous pris si tard conscience qu’il était urgent de passer en confinement au moins partiel ? Pierre-Yves Dermagne veut distinguer le fond de la forme.

"Sur le fond, je ne pense pas qu’il soit anormal ou incompréhensible qu’on puisse avoir des mesures différentes sur certaines parties du territoire, en fonction de la gravité de la situation. La situation sanitaire qui est préoccupante dans toute la Belgique, mais elle l’est d’autant plus à Bruxelles et en Wallonie, donc il est normal d’y voir des mesures plus fermes et plus strictes."

Et d'ajouter : "Sur la forme, je vous rejoins. Il aurait été préférable d’avoir une communication conjointe, commune. Ça n’a pas été possible et je le regrette, mais il y a toute une série d’explications. On a un fonctionnement en Belgique qui est trop compliqué et qui est le fruit de notre histoire. On doit en tirer des leçons à la fois dans la gestion de la crise, dans la communication des mesures, et à la fois sur le plus long terme. On doit réfléchir à la simplification du fonctionnement de nos institutions."

La fin de l’unité nationale ?

Mais sur le fond aussi, le bât blesse. La Fédération Wallonie-Bruxelles est autour de la table le vendredi matin, elle annonce que les étudiants pourront participer aux cours en BAC1, puis on l’interdit pour une partie des classes. On annonce d’abord que les jeunes de moins de 18 ans pourront pratiquer le sport amateur, puis l’âge passe à 12 ans quelques heures plus tard. Alors que s’est-il passé entre la prise de parole d’Alexander de Croo à 09H00 et l’annonce des mesures d’Elio Di Rupo à 18H30 ? "Il y a eu des échanges tout au long de la journée. On a une série de relais, des contacts réguliers avec les experts. Ce qui a été décidé vendredi matin, c’est le socle fédéral de base, indépendamment des régions et des communautés, avec la possibilité pour les autres entités de durcir les mesures là où c’est nécessaire."

Deux vagues, deux gestions

L’épidémie du printemps a été marquée par des mesures fortes, un confinement généralisé de plusieurs semaines et une forme de solidarité collective. Aujourd’hui, alors que les chiffres de la deuxième vague s’affolent, les décisions politiques sont moins fortes avec une certaine responsabilisation des individus.

"Des lois ont battu le virus au printemps parce qu’elles étaient respectées. Depuis, on sent dans la population un déficit d’adhésion, une opposition à certaines décisions prises, une contestation tout à fait assumée d’une part des citoyens sur la restriction de certaines libertés. Du coup, on doit trouver un équilibre entre les aspirations de la population et son degré d’acceptation de certaines mesures."

Au niveau politique, on observe cependant que la santé était le sacré lors de la première vague, alors que désormais il y a aussi l’école, l’économie, la santé mentale qui prennent de la place. Cela veut-il dire qu’on est prêt à aller plus loin dans la crise sanitaire pour soutenir d’autres pans de la crise ? "On veut tirer des leçons de ce qu’on a vécu. On est face à une population qui ne supporterait plus un confinement généralisé, notamment pour ceux qui sont les plus précarisés. Ça a laissé des traces, il faut s’adapter", souligne Pierre-Yves Dermagne.

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