"Le statut d'artiste n'est plus adapté", estime Pierre-Yves Dermagne

Le gouvernement fédéral a annoncé il y a quelques jours un nouveau train de mesures de soutien financier pour les secteurs les plus touchés par la crise sanitaire et par les restrictions ou les interdictions en vigueur. Certaines aides sont prolongées jusqu’à la fin du mois de juin et d’autres apparaissent pour compléter le dispositif. Les étudiants et les artistes sont notamment concernés.

Les mesures

Les soldes ont été prolongés de 15 jours cette année. Malgré cela Comeos, la fédération belge pour le commerce et les services, parle des pires soldes d’hiver de l’histoire. Dans ce contexte, parmi les mesures annoncées, y aura-t-il des aides prévues pour le secteur du commerce ?

Pierre-Yves Dermagne (PS), vice-Premier ministre et ministre de l’Economie et du Travail, rappelle qu’il y a un grand panel d’aides. Certaines sont le prolongement de mesures existantes (le chômage temporaire corona, le gel de la dégressivité des allocations de chômage, le double droit passerelle pour les indépendants contraints de rester fermés, etc.) jusqu’à la fin du mois de juin.

Des mesures complémentaires ont par ailleurs été prises pour les étudiants jobistes et qui ne peuvent plus travailler, par exemple. Des aides également pour les secteurs de l’Horeca, de l’évènementiel ou du spectacle. Et puis, explique le ministre fédéral : "on envisage, dans un 3e temps, un autre volet de mesures. Des mesures de soutien à la réouverture, au redémarrage de l’activité économique. Et on sait qu’on va devoir les cibler secteur par secteur et parfois même entreprise par entreprise. Et donc on envisage un 3e train de mesures de soutien d’aide, mais là, pour la reprise de l’activité pour le redémarrage de l’activité".

Autre mesure annoncée, une réduction fiscale pour les propriétaires qui laisseraient tomber une partie du loyer du mois de mars au mois de mai. La question se pose néanmoins pour Comeos concernant les mois de loyers payés alors que les magasins et restaurants étaient fermés. A ce propos, le ministre de l’Economie et du Travail décrit une mesure inspirée de ce qui se fait en France, avec un accord tripartite entre le propriétaire, le locataire et les pouvoirs publics "qui octroiera une réduction fiscale". Notons qu’il n’y a pas d’effet rétroactif pour la mesure.

Aide aux étudiants

Une enveloppe de 30 millions d’euros supplémentaire est prévue pour venir en aide aux étudiants à travers les CPAS. Ce montant doit servir notamment à aider les étudiants jobistes qui ne peuvent plus travailler alors que : "ces étudiants, ont besoin de ces revenus pour financer leurs études. Que ce soit pour payer le minerval, les syllabus, que ce soit pour payer l’abonnement en transport en commun ou encore pour remplir le frigo". Le dispositif n’est pas encore entré en vigueur, il doit encore être affiné, précise Pierre-Yves Dermagne.


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Aide aux artistes

Une baisse importante des revenus issus des droits d’auteur (20%) a été constatée pour les artistes. Cela est dû notamment à l’arrêt des spectacles. Le ministre du Travail annonce une intervention : "avec une prise en charge qui correspond plus ou moins à 1/3 de la perte au niveau des sociétés de droit de gestion. Vous savez qu’il y a des intermédiaires entre les artistes et leur public finalement, puisque c’est d’une certaine manière le public qui finance cette partie de la création et de l’activité artistique. Ces intermédiaires, ce sont des sociétés de gestion de droit qui perçoivent les droits et qu’ils répercutent après vers les artistes. Alors on met un peu plus de 20 millions d’euros sur la table pour compenser une partie de cette perte. Pour aussi mettre fin à un litige entre l’État fédéral et ses sociétés de droit de gestion et donc on solde un contentieux qui date de 2018. Et donc l’État fédéral prend une part à sa charge dans le cadre du soutien aux auteurs-compositeurs. Avec la volonté, bien entendu, que cet argent ne reste pas dans la poche et dans les caisses des sociétés de droit de gestion et qu’elle aille direct qu’il aille directement vers les artistes".

Réforme du statut d’artiste

Une réforme du statut d’artiste est également sur la table. Le ministre du Travail estime qu’on leur manque parfois de respect. Pierre-Yves Dermagne précise qu’il ne s’agit pas d’une critique envers l’Onem (Office national de l’emploi), mais une critique envers le système tel qu’il existe aujourd’hui.

Le système actuel ne prend pas suffisamment en compte les spécificités des métiers de la création artistique, dit-il, "où il y a une importante forme d’intermittence avec des périodes d’activité, de contrats pour lesquels les artistes et les travailleurs des secteurs culturels sont rémunérés. Et puis des périodes qui sont considérées comme des périodes d’inactivité mais dont on sait qu’elles sont des périodes de création, de recherche sur des projets artistiques et culturels et qui ne sont pas suffisamment prises en compte aujourd’hui […] Ce statut n’est plus adapté…". De manière générale, le ministre souhaite éviter que des personnes passent à travers les mailles des filets de sécurité.

Programme de réouverture

Le gouvernement penche actuellement sur un programme de réouverture avec la volonté, explique Pierre-Yves Dermagne, la volonté d’ouvrir secteur par secteur ou activité par activité. L’idée est de pouvoir donner des perspectives. Une première date importe est le 1er mars avec la réouverture des métiers de contact autre que les salons de coiffure.

Pour la suite, Pierre-Yves Dermagne : "On envisage aussi, et c’est le temps qui nous sépare du prochain comité de concertation, le 26 février, le temps qui doit être mis à profit pour travailler sur des protocoles créatifs originaux dans toute une série de secteurs". Avec notamment, explique le ministre, un focus sur les étudiants : "On sait que l’année académique avance rapidement et on veut pouvoir leur donner la possibilité de retourner en présentiel sur les campus, dans les auditoires, dans les salles de cours. On sait que c’est absolument essentiel". Idem pour les métiers liés à la culture : "Je pense qu’avec le printemps qui arrive avec le redoux, on doit pouvoir envisager une série d’activités sans doute d’abord en extérieur, mais permettre à l’activité culturelle de pouvoir retrouver de la place dans notre société".

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