Pierre Verjans, politologue: "Theo Francken a quand même un soutien évident"

"Ah oui, tout à fait, donc il fait 30%, je dirais, d'opinions favorables en Wallonie, et 31% à Bruxelles. C'est donc effectivement quelqu'un qui pèse dans le paysage politique", constate Pierre Verjans.
"Ah oui, tout à fait, donc il fait 30%, je dirais, d'opinions favorables en Wallonie, et 31% à Bruxelles. C'est donc effectivement quelqu'un qui pèse dans le paysage politique", constate Pierre Verjans. - © JEAN-LUC FLEMAL - BELGA

Theo Francken (N-VA) est plus que jamais dans l’œil du cyclone. Une nouvelle tempête polémique et médiatique a été déclenchée par le secrétaire d’État à l'Asile et à la Migration qui se vante d'une collaboration avec les autorités soudanaises.

Des fonctionnaires soudanais participent à Bruxelles à l'identification des candidats réfugiés. Le problème, c'est que le pouvoir soudanais est très loin d'être démocratique. Pierre Verjans, politologue à l'université de Liège, répondait aux questions de François Heureux à ce sujet ce jeudi matin sur La Première.

Est-ce que la démission de Francken est une probabilité aujourd'hui ?

"C'est très peu probable. Le gouvernement en général, et la N-VA en particulier, ça les arrange très bien d'avoir quelqu'un qui est aussi loin à droite dans la manière d'exprimer sa politique. Theo Francken a l'air d'enfreindre le conformisme, le 'droit de l'hommisme'. Il fait comme s'il dépassait un mur de conformisme de gauche. Je pense donc qu'il est dans un créneau particulier de la droite."

"Et ses résultats dans les sondages le montrent. En septembre, il est premier en Flandre, quatrième en Wallonie et cinquième à Bruxelles. Ça veut dire qu'il a quand même un soutien populaire évident. Il y a toujours eu en Belgique francophone, et pas seulement en Flandre, une frange de l'opinion qui soutenait des politiques très à droite. On ne voit pas ici pourquoi ni le MR, ni d'autres partis de la coalition, iraient, au nom des droits de l'Homme, affronter quelqu'un qui permet à la N-VA de ne pas être trop vite dépassée par le Vlaams Belang."

Donc Theo Francken est très populaire au nord du pays, mais il l'est aussi à présent au sud du pays parmi les francophones ?

"Ah oui, tout à fait. Il fait 30% d'opinions favorables en Wallonie et 31% à Bruxelles. C'est donc quelqu'un qui pèse dans le paysage politique. Sa façon un peu provocatrice d'aller chercher une politique très à droite, très 'law and order' ("la loi et l'ordre", ndlr), c'est effectivement une manière d'assurer un positionnement clair du gouvernement et de son parti."

Et pourtant, du côté francophone, on l'entend depuis plus de 24 heures, les réactions sont très fortes. On pense à la dernière en date, l'affiche des jeunes Ecolo qui habillent Theo Francken d'un uniforme Nazi. Est-ce que pour vous ce genre de réaction va trop loin ? Ou bien on est dans les mêmes codes que ceux utilisés par Theo Francken, à savoir la provocation ?

"On est dans les mêmes codes, c'est clair. Quand Theo Francken faisait une vidéo où il montrait lui-même qu'il était en train d'aspirer par une ventouse un réfugié avant de l'expulser, c'est du même ordre. C'est de l'exagération sur les réseaux sociaux."

"Ce qui est plus symptomatique, ce sont les réactions à l'intérieur de partis de la coalition, de gens qui ne sont pas eux-mêmes directement au pouvoir. Je pense à Hervé Hasquin, par exemple, qui est quand même une notabilité libérale classique et qui, au nom des droits de l'Homme, considère qu'on ne peut pas aller travailler avec quelqu'un qui vient d'organiser un génocide."

"Pour beaucoup d'organisations des droits de l'Homme, c'est clair que Theo Francken a dépassé encore une limite. Mais ce n'est pas pour ça que le gouvernement dans son ensemble va se désolidariser de lui."

Le comparer à un collabo de la Seconde Guerre mondiale, ce sont des mots de députés fédéraux francophones. Est-ce que ce sont des comparaisons pertinentes ? Ou alors c'est une outrance qui renforce encore plus Theo Francken dans sa stratégie ?

"C'est une outrance. Ça dépend de quoi on parle. En donnant les moyens à la sûreté soudanaise – qui est donc le cœur de l'appareil répressif d'une dictature très cruelle – d'identifier des opposants potentiels soudanais en Belgique, c'est clair qu'on renforce un État dont l'appareil a commis un génocide."

"Donc, de ce point de vue-là, je dirais que les comparaisons ne sont pas outrancières. L'exemple qu'Hervé Hasquin donnait du régime de Vichy semble tout à fait approprié."

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