Philippe Moureaux, restaurer l'honneur perdu de Molenbeek

Entouré de caméras et de journalistes, Philippe Moureaux ne passe pas inaperçu dans les allées de la Foire du Livre. L’ex-homme fort de Molenbeek a présenté ce matin son dernier livre: "La vérité sur Molenbeek". Un opus rédigé trois mois après les attentats sanglants de Paris pour "remettre les pendules à l’heure".

Philippe Moureaux se dit blessé par la séance de critiques en règle dont il a fait l’objet après la découverte que certains terroristes venaient de Molenbeek-Saint-Jean. Au lendemain des attentats, Philippe Moureaux a parfois été pratiquement désigné comme le 10ème homme du funeste commando meurtrier.

En cause donc l’origine de certains terroristes, issus ou résidents de Molenbeek, mais aussi les antécédents de la commune. Car ce n’est pas la première fois que la commune de l’Ouest de Bruxelles se retrouve sous les feux des projecteurs, que ce soit après l’attentat au Musée Juif de Bruxelles ou encore après l’attaque manquée du Thalys. A chaque fois des protagonistes présumés ont présenté un lien avec Molenbeek.

Après ce sanglant vendredi 13 novembre 2015, il n’a pas fallu longtemps pour que la réputation de la commune soit achevée, devenant pour le monde entier un "hub" privilégié du terrorisme djihadiste. Et pour que les regards se tournent aussitôt vers un certain Philippe Moureaux, mayeur historique de la commune pendant 20 ans (1992-2012).

20 ans de laxisme

Ça n’a pas traîné, la gestion passée de l’ex-homme fort de Molenbeek a rapidement été passée au crible. Accusé tour à tour de laxisme, de politique communautariste, de clientélisme, d’avoir fait le lit de l’islamisme, etc, Philippe Moureaux a essuyé une salve de critiques en provenance de l’actuelle majorité fédérale, tout en reçevant le soutien disons à intensité variable de la part de ses pairs du parti socialiste.

Bref, l’homme est sorti éreinté de cette séance de "bashing". Mais, fidèle à son tempérament, Philippe Moureaux n’a nulle intention de faire son mea culpa ou autre acte de contrition. Au contraire, dans ce livre il contre-attaque. Ainsi, estime-t-il, les premières critiques sur sa personne émises notamment par le Premier ministre, Charles Michel, n’étaient qu’une diversion, une manière de protéger Françoise Schepmans (MR), l’actuelle mayeur de Molenbeek et successeur de Philippe Moureaux.

L’ancien bourgmestre rappelle aussi au passage qu’au soir du 13 novembre 2015, cela faisait 3 ans qu’il n’était plus aux affaires. Par contre, souligne-t-il, les autorités avaient en leur possession une liste de potentiels radicalisés dans la commune depuis 2013…. "Mais rien n’a été fait! Alors ? C’est peut-être la faute à pas de chance…".

Car Philippe Moureaux - qu’on a connu disons plus offensif - dit ne pas vouloir polémiquer, mais il refuse d’endosser seul les éventuelles responsabilités politiques de ses 20 ans de politique communale, puisque –dit-il - il a toujours gouverné en coalition. "Toutes les décisions ont été prises à plusieurs partis".

Si Philippe Moureaux répond point par point aux critiques, il ne charge - en tout cas pas frontalement - l’un ou l’autre. Le professeur Moureaux préfère se faire didactique, en retraçant l’histoire et l’évolution de Molenbeek, livrant les chiffres-clés de cette municipalité bruxelloise à la densité de population exceptionnelle, à la réalité socio-économique contrastée.

Erreurs d'appréciation

Une commune de métissage aussi, qui au fil du temps a accueilli de nombreuses communautés. Et qui, à l’instar d’autres communes présentant le même profil, a vu le radicalisme gagner du terrain et les esprits. Bref, Philippe Moureaux donne sa lecture personnelle d’une commune qu’il a géré pendant 20 ans, sa version des choses, concédant du bout des lèvres quelques erreurs d’appréciation, mais ne confessant aucune faute fondamentale, renvoyant plutôt ses contempteurs à leurs chères études.

"Oui, Molenbeek , terre de constraste, qui a malheureusement engendré une poignée d’assassins, est avant tout une terre de générosité et de tendresse. Je vous en supplie, ne jugez pas cette population sur la déviance de quelques-uns". Telle est la vérité de Philippe Moureaux. Reste à voir si elle sera partagée par les Molenbeekois, excédés par cette réputation qui risque de leur coller longtemps à la peau.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK