Philippe Moureaux est décédé: retour sur sa carrière politique, de la loi Moureaux à la tête de Molenbeek (vidéos)

Philippe Moureaux, décédé ce samedi, est sans aucun doute l’un des personnages marquants de la vie politique belge. Marquant d’abord par son style. Non pas cette éternelle moustache qui lui a valu le surnom de "Flupke Moustache", mais bien son sens de la formule, de la phrase-choc, souvent polémique. Toujours prêt à dégainer un Scud, dire sans détours ce qu’il pense, que sa cible soit un ennemi politique ou un membre de son propre parti, comme il l'avouait lui-même: "Je sais que dans le monde politique aujourd'hui, on met de la vaseline partout, moi j'ai perdu mon pot de vaseline depuis longtemps." 

Une carrure d'homme d'Etat

Si le style Moureaux reste marquant, sa carrière est loin de se résumer à cela. Docteur en Philosophie et Lettres, professeur d'Université, ses débuts en politique se feront en coulisses... socialistes. D'abord conseiller au sein du cabinet du vice-Premier ministre André Cools, il passera ensuite aux cabinets du Premier ministre Edmond Leburton, de Léon Hurez (vice-Premier ministre de 1977 à 79) et de Guy Spitaels (vice-Premier ministre de 1979 à 80).

Le passage sur le devant de la scène politique aura lieu en 1980, lorsqu'il devient ministre de l'Intérieur. A cette époque la Belgique est secouée par une poussée de racisme, Philippe Moureaux monte au créneau. On lui doit la loi Moureaux, promulguée en juillet 1981, alors qu'il est Ministre de la Justice : elle tend "à réprimer certains actes inspirés par le racisme et la xénophobie."

Entre 1981 et 1993, il a été ministre au fédéral (Intérieur, Justice, Affaires sociales), mais aussi ministre-président de la toute jeune Communauté française (de 1981 à 85 et de février à mai 1988), vice-Premier et ministre de la Région bruxelloise (de 1988 à 91). Dans ces différentes attributions, que ce soit au fédéral, à la Communauté française ou à Bruxelles, Philippe Moureaux comptait dans ses compétences la plupart du temps les réformes institutionnelles, ce qui lui a valu de participer activement à rien moins que cinq réformes de l’Etat, et donc de faire de la Belgique un Etat fédéral. En 1995, Philippe Moureaux sera fait Ministre d'Etat. 

A la tête de Molenbeek pendant 20 ans 

Parallèlement à sa carrière de ministre, Philippe Moureaux se consacrera également à la vie politique locale. Né à Etterbeek le 12 avril 1939, ce Bruxellois de toujours deviendra  rapidement l'homme fort et le visage de Molenbeek-Saint-Jean. En février 1981, alors qu'il est encore ministre de la Justice, il débarque au PS de Molenbeek et en devient le président en quelques semaines à peine. Elu conseiller communal, il le restera jusqu'en 1992.  Cette année-là, respectant un accord électoral conclu, après 3 ans de mayorat, le libéral Léon Spiegel (PRL) lui cède enfin l'écharpe de bourgmestre, il ne la quittera plus pendant 20 ans.     

Ces deux décennies à la tête de Molenbeek ne seront pas un long fleuve tranquille. Entre émeutes, affaires d'attribution douteuse de logements sociaux, critiques de communautarisme, Philippe Moureaux est autant adoré que décrié. Son règne s'achèvera en 2012. A l'issue des élections communales, une nouvelle coalition MR-Ecolo-CDH s'installe à Molenbeek. Le PS est rejeté dans l'opposition, Philippe Moureaux perd donc le mayorat. Il crie à la trahison et la manigance mais tire aussi les conclusions de cet échec et décide de ne pas siéger en tant que conseiller communal. Il quitte la scène politique locale. Jusqu'en 2014, il sera encore sénateur (il l'était depuis 1999), ce sera son dernier mandat politique.      

Un affaire de famille 

Le goût des phrases-chocs, de la politique et l'amour de Molenbeek ne le quitteront jamais.  Après ce départ forcé, ses apparitions publiques se feront plus rares. Mais comme il l'avait dit, il continuera aussi de s'exprimer, plus particulièrement à travers l'écriture (avec notamment en 2016 un livre  ... sur Molenbeek).

La marque Moureaux restera sur Molenbeek à travers l'arrivée de sa fille Catherine à la tête de la commune. De quoi perpétuer aussi une tradition familiale puisque Philippe Moureaux était le fils de l'ancien ministre libéral Charles Moureaux (ministre de l'instruction publique de 1958 à 1960) mais aussi le frère de Serge Moureaux (sénateur de de 1977 à 1995 et député fédéral de 1995 à 1999).     

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