Philippe Mettens: "Nous n'avons pas peur d'Alain Hubert"

Philippe Mettens a déposé plainte au parquet contre Alain Hubert, président de l'International Polar Foundation (IPF). Il est soupçonné de prises illégales d'intérêt et de conflits d'intérêts. Le directeur de la Politique scientifique s'en explique au micro de Matin Première: "Je lui demande de respecter les règles qui s’appliquent dans la fonction publique. Aujourd’hui le Secrétariat polaire, une structure publique, qui gère la Station, verse 3 millions d’euros à Alain Hubert et à sa fondation. Et on a découvert, au terme d’un audit, des flux financiers qui convergeaient vers la Fondation polaire internationale, qui elle-même, tire ses moyens du secteur public. Alors qu’Alain Hubert est dans la structure publique, président de la Fondation et responsable de toutes ces structures, on est dans un système qui pourrait être qualifié de conflit d’intérêt et prise illégale d’intérêt".

Réagissant mardi par communiqué, Alain Hubert, qui est en mission en Antarctique pour le moment et estime donc ne pouvoir répondre aux attaques, menace de porter plainte contre Philippe Mettens pour calomnie. Celui-ci ne se laisse cependant pas impressionner: "S’il pense que c’est parce que nous avons peur de lui, il se trompe. C’est une démarche qui est menée en concertation avec le ministre en charge de la Politique scientifique et ça vient en son temps, il y avait une instruction interne. En plus la question a déjà été évoquée avec lui et il n’apporte jamais de réponses convaincantes". Et de renchérir: "L’Etat belge a investi presque 30 millions d’euros pour cette Station. Aujourd’hui les gens font des efforts, la vie est compliquée, donc il faut respecter les règles".

L’État travaillera-t-il encore à l'avenir avec Alain Hubert ? "Ce qui se fera à l’avenir, c’est de passer par un appel d’offre pour voir qui est capable en Belgique de mener des missions pour permettre à des Belges d’aller en Antarctique. Je note que cette année trois Belges seulement sont en Antarctique et je m’interroge sur cette désaffection pour le travail avec Alain Hubert".

"Ce qui tue la recherche, c'est l'absence de liberté"

Ce mardi, le Belge François Englert a officiellement reçu le prix Nobel de physique pour sa co-découverte du boson de Higgs. Mais pour Philippe Mettens, une telle découverte ne serait plus possible en Belgique aujourd'hui. "C’est l’arbre qui cache la forêt. C’est remarquable d’avoir cette récompense. Mais ce qui est vrai c’est qu’on souffre de désinvestissement et d’atomisation : six ministres, c’est beaucoup. Et ce qui tue la recherche, c’est l’absence de liberté des chercheurs. Le système est tellement cloisonné, les chercheurs doivent s’adresser à une multitude de guichets, que cela tue la liberté du chercheur qui est seul susceptible de générer des découvertes, qui donneront lieu à du développement économique".

Pour lui, il faudrait recentraliser la recherche. "Je ne suis pas un Belgicain mais s’il doit rester un lieu où la coopération est indispensable, c’est la recherche scientifique! Le fédéral c’est 40% des moyens publics de recherche, il faut donner au fédéral les moyens d’entretenir cette capacité d’action au profit des chercheurs (...) La structure qu’on a mise en place en Belgique organise la désorganisation. L’espoir disparaît et ils vont le chercher ailleurs, à l'étranger. Il faut maintenir une recherche fédérale".

Jean-Marc Nollet, le ministre de la Recherche en Fédération Wallonie-Bruxelles, avait proposé il y a quelques mois de sélectionner les projets de recherche fondamentale sur base de leur "impact sociétal". Une erreur, selon Philippe Mettens. "C’est inadapté. Il est responsable de la recherche dans la Communauté, pour les universités et le FNRS. C’est la recherche fondamentale, la liberté. Il ne faut pas de contraintes".

J.C.

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