Philippe Defeyt: "Une allocation universelle, peu importe vos choix de vie"

Philippe Defeyt
Philippe Defeyt - © SOPHIE MIGNON - BELGA

En Finlande, la coalition au pouvoir voudrait mettre en place une allocation universelle : 1000 euros versés à chaque citoyen, peu importe sa situation familiale, sur le marché de l’emploi, son âge, etc. Ce revenu de base remplacerait toutes les autres aides sociales : chômage, pension, aides aux études, au logement…

Aux Pays-Bas, la ville d’Utrecht a décidé d’expérimenter également une allocation universelle sur un groupe de 300 citoyens au chômage et bénéficiaires d’allocations sociales.

Ce socle de revenu vous est garanti peu importe le nombre d’heures que vous travaillez

En Belgique, cette idée a aussi des partisans. Notamment Philippe Defeyt, économiste, président du CPAS de Namur, Ecolo. Il était ce jeudi l’invité de Matin Première. Pour lui, il y a une idée générale, partagée par tous les partisans d’une telle allocation. "C’est un revenu versé à chaque membre d’une communauté, tous les mois, de manière inconditionnelle. Et c’est la partie inconditionnelle qui nous réunit tous. L’allocation serait versée, peu importe vos choix de vie. Il n’y aura plus de contrôle à domicile : on ne viendra plus voir demain s’il y a plusieurs brosses à dent dans votre salle de bain. L’autre inconditionnalité, c’est que ce socle de revenu vous est garanti peu importe le nombre d’heures que vous travaillez". Ce qui permettrait d’éviter certains pièges à l’emploi.

Il y a aussi des différences de vue, pointe Philippe Defeyt, "sur le montant accordé et sur ce qui reste de la sécurité sociale. Mais en tout cas, personne ne songe à remettre en cause les soins de santé".

L’économiste a une vision un peu différente de celle de la Finlande : il préconise une allocation qui serait un socle de base, à compléter. "Admettons qu’on crée une allocation de 500 euros par personne. Un pensionné aurait 500 euros de socle de base, son conjoint aussi et ils auraient un complément en fonction de la carrière effectuée".

J'aspire à une société où chacun qui le souhaiterait pourrait réduire son temps de travail, et faire ce qu’il a envie

Mais pourquoi une telle allocation ? "L’immense majorité d’entre nous a envie d’avoir un emploi. Mais le fait de bénéficier d’un socle de base permettrait de choisir des activités librement consenties. Moi j’aspire à une société où chacun qui le souhaiterait pourrait réduire son temps de travail, et faire ce qu’il a envie, sans devoir rendre des comptes, sans passer par tout un processus administratif… Chacun pourrait consacrer une partie de son temps à sa famille, à créer sa propre entreprise,… mais en continuant à avoir un emploi".

Ce projet est-il finançable ? "Si on donne 200 euros en moyenne par jeune de moins de 18 ans et 500 euros en moyenne par adulte, le coût est de 60 milliards. C’est 15% de la richesse produite chaque année en Belgique".

On a dans notre système aujourd’hui l’essentiel de ce qu’il faut pour financer cette allocation

Pour Philippe Defeyt, il existe d’ailleurs déjà dans le système belge des pistes pour financer cette allocation. "En étant très concret, vous avez aujourd’hui des personnes qui touchent des allocations de chef de ménage, donc qui ont une autre personne à charge. Si cette autre personne a une allocation universelle, il n’y a plus besoin de prévoir un taux de chef de ménage. Autre exemple : vous avez dans notre système fiscal une partie de vos revenus qui sont exonérés d’impôts. Avec une allocation universelle, il n’y a plus besoin d’exonération fiscale. On a donc dans notre système aujourd’hui l’essentiel de ce qu’il faut pour financer cette allocation".

Et de conclure : si pour un certain nombre de personnes, le revenu resterait finalement le même, il y aurait une importante variante : la liberté de choisir.

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