Phases de déconfinement : masques obligatoires dans les TEC le 4 mai, les commerces rouvrent le 11 mai, les écoles et la vie sociale reprennent le 18 mai (infographie)

Peu avant 22 heures, Sophie Wilmès a enfin pris la parole. La Première ministre a présenté la stratégie belge de déconfinement, après plus de cinq heures de réunions du Conseil national de Sécurité (CNS).

Avant toute chose, Sophie Wilmès rappelle qu’il faudra absolument garder les "bons réflexes" en matière d’hygiène : se laver les mains, éternuer dans son coude, utiliser des mouchoirs jetables et rester à la maison quand on est malade.

Masques obligatoires dans les transports

Première grande annonce : le masque sera obligatoire dans les transports en commun, à partir du 4 mai, pour les 12 ans et plus. "Par ce terme, il faut entendre le port d’un masque ou de toute autre alternative qui permette de se couvrir la bouche et le nez – comme une écharpe ou un foulard – sont acceptées. Cette obligation devra s’appliquer dès l’entrée dans une gare, une station, un point d’arrêt, etc. Les masques seront aussi utilisés dans le cadre du travail si les distances de sécurité ne peuvent pas être respectées."

Le gouvernement fédéral et les régions s’engagent à garantir que chaque citoyen recevra un masque en tissu normé, gratuitement. "Les protections de type foulard et bandana, etc. permettent aussi un niveau de protection. Il est cependant important qu’elle couvre la bouche et le nez" indique Sophie Wilmès. La Première ministre a pris le temps de rappeler les bonnes pratiques : "un masque n’est pas une protection à lui seul et qu’il doit être envisagé dans le cadre du respect des distances de sécurité et des règles d’hygiène. Il est important de l’utiliser de manière rigoureuse. Cela signifie, par exemple, de :

  • Se laver les mains avant et après avoir manipulé le masque ;
  • De le positionner correctement sur votre visage, donc en couvrant à la fois le nez et la bouche ;
  • De ne plus y toucher une fois que vous l’avez mis ;
  • Ou encore de laver votre masque à haute température après chaque utilisation."

Le CNS a donc établi une feuille de route. Reste que les dates ne sont pas gravées dans le marbre : si l’évolution des chiffres en termes d’hospitalisation ou de disponibilité de lits en soins intensifs était défavorable, ce plan de déconfinement serait remis en cause.

Phase 1a : le 4 mai, les industries reprennent, le sport est élargi

La stratégie de déconfinement est décomposée en plusieurs étapes. D’abord la phase 1a. Au niveau économique, les industries et les services B2B (de professionnels à professionnels) peuvent reprendre. Le télétravail reste la norme. L’activité physique est élargie : "l’activité physique en extérieur sera permise avec 2 personnes maximum (en plus de celles qui vivent sous le même toit) o Pour mieux comprendre : la règle actuelle qui vous permet de vous promener ou de faire du sport avec une personne qui ne fait pas partie de votre foyer est élargie à deux personnes. À condition, toujours, que les distances de sécurité soient respectées" explique Sophie Wilmès. Qui annonce que la pratique d’autres sports sera permise : à l’air libre, sans contact, comme le tennis, l’athlétisme, la pêche, le kayak, le golf, etc.

Phase 1b : le 11 mai, les commerces rouvrent

C’est simple : tous les commerces pourront rouvrir, sans aucune différente faite par rapport à la taille des locaux. Pour les détails sur les conditions de réouverture, il faudra attendre quelques jours.

Phase 2 : le 18 mai, retour (très progressif) à l’école, au musée et à la vie sociale

C’est une reprise en douceur pour les écoles : tant en primaire qu’en secondaire, les cours reprendront le 18 mai. Pas plus de 3 années ouvertes, avec en priorité les 6e années. Pas plus de 10 élèves par classe, avec un respect strict des distances de sécurité. Les masques seront obligatoires pour les 12 ans et plus, ainsi que pour le corps professoral, toute la journée.

Il pourrait y avoir une journée "test" le vendredi 15 mai dans les écoles qui le souhaitent. La Fédération Wallonie-Bruxelles organise une concertation dès ce samedi, avec le secteur.

Pour le commerce, "il sera examiné si et sous quelles conditions les professions impliquant des contacts physiques (par exemple, les coiffeurs) pourraient reprendre leur activité".

L’ouverture des musées pourra être envisagée dans la phase 2, sous conditions également. Mais surtout, le 18 mai sera synonyme de retour aux contacts sociaux avec :

  • La possibilité d’autoriser les réunions privées à domicile ;
  • Celle d’autoriser la présence d’un plus grand nombre de personnes aux mariages et enterrements ;
  • Celle de permettre à plus de 2 personnes de pratiquer une activité en extérieur. Pour les sports d’équipe, l’entraînement physique en plein air sera permis dans le cadre d’un club uniquement, à condition que :
    • Ce club soit reconnu par une fédération sportive reconnue
    • Qu’un entraîneur se trouve sur place ;
    • Que les distances de sécurité soient respectées.

Le chapitre "vie sociale" était prévu au 4 mai, selon le scénario des experts. Il est donc reculé de 2 semaines…

Sophie Wilmès annonce également la possibilité d’organiser des excursions d’une journée dans certaines régions du pays, comme la Côte belge ou les Ardennes, ou de se rendre dans sa seconde résidence.

Phase 3 : pas avant le 8 juin, avec, peut-être le retour de l’horeca

La phase 3 est encore très hypothétique. Elle démarre, au mieux, le 8 juin. En discussion avec les différents secteurs, la possibilité de relancer l’horeca sera examinée d’ici le 8 juin. Ça concerne les cafés, bars, restaurants et autres lieux comme les cinémas, par exemple. "Il faut cependant souligner à quel point cette troisième phase est délicate à appréhender" indique Sophie Wilmès.

Pas plus d’info concernant les voyages à l’étranger, les camps des mouvements de jeunesse, les stages, les attractions touristiques. Confirmation des annulations des événements de masse jusqu’au 31 août. "Nous évaluerons la possibilité d’autoriser des événements en plein air de plus petite envergure en concertation avec les pouvoirs locaux" précise Sophie Wilmès.

Conclusion : le politique s’est quelque peu éloigné du rapport des experts, tout en essayant de les rassurer

Ce vendredi, nous vous révélions dans le détail le contenu du rapport du groupe d’experts chargé de "l’exit strategy" (GEES) ou déconfinement. Lors de cette conférence de presse, des éléments figurant dans le rapport ont été, à de très nombreuses reprises, pris à son compte par la Première ministre Sophie Wilmès et les autres membres du Conseil national de Sécurité (CNS). Le phasage, le caractère évolutif du déconfinement, le fait qu’il faille, si la situation l’exige, revenir en arrière : tout cela, les experts le recommandaient.

Le constat est la même concernant la nécessité d’augmenter le nombre de tests à 25.000 par jour (Sophie Wilmès parle même de 45.000) ou de mettre en place le "tracing" pour isoler plus rapidement les malades. L’obligation du port du masque dans les écoles et dans les transports en commun est, elle aussi, répercutée par le monde politique, qui a dû s’engager à fournir un masque à la population, tous niveaux de pouvoir confondus.

Mais, comme nous l’avons expliqué à plusieurs reprises, des tensions sont apparues entre experts et politiques sur la question de la relance économique. Le rapport du GEES mentionnait une réouverture des commerces de détail le 18 mai. Le CNS ne tient pas compte de cette recommandation et décide donc de rouvrir tous les commerces le 11 mai. Sophie Wilmès a parfaitement assumé cette décision, qui est "politique" : comme elle l’avait déclaré à la Chambre, ce jeudi, on ne pouvait plus discriminer certains commerçants, il fallait une égalité de traitement. 

Pour "compenser", le CNS recule d’une semaine l’ouverture d’un certain nombre de commerces prévue le 4 mai. Et surtout, retarde de deux semaines le retour des contacts sociaux. Les réunions de famille ou d’amis, l’élargissement des activités sportives, les entraînements en clubs, les excursions d’un jour, tout cela, les experts les recommandaient au 4 mai. Il faudra donc attendre deux semaines de plus, de quoi permettre au commerce de reprendre une semaine plus tôt. Ce compromis politique, c’est donc, aussi, un message envoyé aux experts : si on ne respecte pas totalement vos recommandations, on essaie tout de même de "compenser".

Rendez-vous dans les jours ou les semaines à suivre pour les épisodes suivants du déconfinement. Nous n’en sommes qu’au prélude…