Petite histoire du recadrage sous l'ère Michel, de Theo Francken au prince Laurent

Les recadrages à la Michel, de Theo Francken au prince Laurent
Les recadrages à la Michel, de Theo Francken au prince Laurent - © RTBF avec Belga

Gérer une coalition gouvernementale qu'on a pu qualifier de "kamikaze" à ses débuts, ce n'est pas toujours aisé et Charles Michel en sait quelque chose, on vient de le voir une nouvelle fois avec le recadrage de Zuhal Demir. La secrétaire d'Etat N-VA à l’Égalité des chances avait qualifié dans la presse le partenaire CD&V de "nouveau parti des musulmans".

Allo Theo?

Il n'y a pas qu'eux, mais les membres nationalistes flamands de l'équipe Michel sont coutumiers de ce genre de sorties, suivies en général plus ou moins rapidement d'un rappel à l'ordre, le meilleur exemple étant le secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration, le "serial twitter" Theo Francken.

Ultime incident en date, en mars dernier, Theo Francken avait dû être appelé "à faire preuve de plus de de nuance dans sa communication" après ses tweets acerbes invitant MSF à quitter la Méditerranée, l'accusant au passage de contribuer à la traite des êtres humains et d'encourager l'immigration illégale et d'y causer "plus de morts". C'est MSF qui en avait même appelé à Charles Michel pour siffler la fin de la récréation après un échange de tweets un peu tendu entre le secrétaire d'Etat et l'ONG. Charles Michel avait alors invité son secrétaire d’Etat à rencontrer MSF "aussi vite que possible pour avoir un dialogue constructif", ce que l'organisation avait aussi demandé.

Ce n'était pas la première fois que Charles Michel devait recadrer Theo Francken à cause de son côté polémiste. Il l’avait déjà fait plutôt sèchement en septembre 2016, quand le bourgmestre de Lubbeek avait relayé une vidéo parodique où l’on voyait un personnage à l’effigie du secrétaire d’Etat placer une ventouse sur la tête d’un Africain, qu'on hélitreuille ensuite vers son pays. Commentaire de Francken sur Facebook, relevé par la RTBF : "Regardez un peu ce que j’ai trouvé. Tolérance zéro, c’est marrant :-)". Esclandre, réactions outrées de l'opposition. Et mise au point : "Peux-tu retirer ce tweet et te concentrer sur ton travail ?"

En fait c'est depuis l'entrée en fonction du gouvernement que le cas Francken constitue un caillou dans le soulier de Charles Michel : avant d'obtenir la confiance du Parlement, il a même fallu que le nouveau secrétaire d'Etat présente des excuses au sujet de déclarations anciennes sur la valeur ajoutée des immigrés africains, algériens et congolais (sur Facebook en 2011) ou peu après sa prestation de serment au sujet de sa présence à une cérémonie d'anniversaire d'un ancien collaborateur. Charles Michel se souvient sans doute encore de la cacophonie qui a marqué la rentrée parlementaire d'octobre 2014.

Le tweet sur le "campement trop douillet" des réfugiés à Bruxelles n'avait pas suscité beaucoup de réactions en septembre 2015 : toutes les saillies de Theo Francken n'ont pas donné lieu à un rappel à l'ordre, bien au contraire car Charles Michel a souvent fait le gros dos et lui a même apporté son soutien dans certains cas comme dans l'affaire du visa à des migrants syriens mais la liste des recadrages de Theo Francken est suffisamment longue pour avoir inspiré à notre chroniqueur politique Philippe Walkowiak ce billet intitulé "Francken ou l'impuissance d'un Premier ministre".

Laurent, le franc-tireur

Le Premier ministre a eu un autre "client" à gérer dans la famille royale cette fois : c'est le prince Laurent. Un "rappel à l'ordre" fin novembre 2016 pour avoir entretenu en octobre des contacts politiques avec le Premier ministre srilankais, une "faute", une "erreur".

Peu après, en décembre, le frère cadet du Roi s'épanche sur sa dotation, en confiant à la presse son ras-le-bol d'une partie de la classe politique et de sa propre famille, avant de demander qu'on arrête de "l'emmerder". "J'ai beaucoup plus payé à l’Etat que l’Etat ne m’a payé!" Propos qualifiés "d'inadéquats" et donc suivis d'une rencontre d'une heure entre Charles Michel et Laurent mi-janvier pour un rappel des principes de la loi sur les dotations. Avec une solide mise en garde : si le Prince sort des clous, il risque de perdre sa dotation de 308 000 euros.

Petits recadrages en famille

Certains mises au point se font aussi en famille, dans la famille libérale, comme avec le sénateur Richard Miller qui avait co-signé un peu vite un projet de résolution soutenu par le SP.A, le PS, Ecolo et Groen, pour baliser la lutte contre l’islamophobie. Charles Michel a pris Richard Miller à part, ce dernier a été sommé de retirer sa signature du texte...

Charles Michel a aussi dû gérer les tensions intra-MR dans son gouvernement. Les pro-Michel Hervé Jamar, Marie-Christine Marghem et Jacqueline Galant ont essuyé des critiques et des pressions. Des "Scuds", comme l'écrit l'ancienne ministre de la Mobilité dans son livre "Galant, Je vous dis merde!" qui désigne un coupable : Didier Reynders. Selon la bourgmestre de Jurbise, Charles Michel "aurait dû intervenir en coulisses [par rapport à Didier Reynders] et siffler la fin de la récréation", il ne l'a donc pas fait...

L'art de la mise au point

Parfois, le rôle d'arbitre de Charles Michel revient à expliquer que les points de vue antagonistes des membres (flamands) de sa majorité ne le sont pas. Ou pas tant que cela.

Comme lors des discussions de la fin 2016 autour de la réforme de l'impôt des sociétés. Liée (CD&V) ou pas (N-VA)  à l'instauration d'une taxe sur les plus-values. "Pas de couplage", affirme alors Charles Michel, mais "nous examinerons comment décider d’une réforme de l’impôt des sociétés renforçant la compétitivité, l’attractivité et le soutien aux PME, et dans le même temps comment introduire plus de justice fiscale".

La voix de son maître

Enfin, Charles Michel a dû intervenir en octobre 2015 pour couper court à une polémique qui prenait de l'ampleur suite à un incident entre son porte-parole et une équipe de la RTBF à lors de la visite du président turc d'Etat Recep Tayyip Erdogan en Belgique.

L’émission 7 à la Une avait diffusé une séquence où des journalistes de la RTBF ont voulu interpeller le Premier ministre, sans succès, à propos de la situation en Turquie. Le porte-parole de l’ambassade de Turquie à Bruxelles, Veysel Filiz, y commentait les "incidents" avec l’attachée de presse de Charles Michel, Aurélie Czekalski, qui avait lancé une première menace à un journaliste de la RTBF: "J’enverrai un mail à Jean-Pierre Jacqmin (le directeur de l’information, NDLR). Si ça passe, on a un sérieux problème".

Le porte-parole de Michel, Frédéric Cauderlier, a ensuite "menacé" à son tour le journaliste Tristan Godaert: "Le truc n’a pas intérêt à passer sur antenne. C’est clair? Si elle (NDLR: Aurélie Czekalski) est dans le sujet, c’est une erreur grave et ça ne restera pas sans suites. Tu as envie de travailler comme ça? Continue à travailler comme ça, mais ça ne durera pas longtemps avec nous. Je te le dis franchement", l’entend-on dire. 

La liberté de la presse doit être "absolue", avait garanti Charles Michel après avoir rappelé son porte-parole, Frédéric Cauderlier, "à l'ordre" pour des "propos inacceptables", tout en attribuant cet épisode à une "perte de sang froid" dans un contexte "sécuritaire tendu".

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