Pensions: un système "malade", mais pas incurable, qui attend sa réforme

Pensions: un système "malade", mais pas incurable, qui attend sa réforme
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Pensions: un système "malade", mais pas incurable, qui attend sa réforme - © Tous droits réservés

Après la publication du rapport de la Commission chargée de la réforme des pensions, les critiques avaient fusé sur ce document de 723 pages. Sur le plateau de Mise au Point, le PS flingue le rapport et s'isole sur certains points, au point de créer un désaccord par rapport à au cdH, partenaire de négociations. Un constat unanime cependant: pas d'alarmisme immédiat, malgré l'immobilisme de ces dernières années.

Pour Gabriel Perl, ex-administrateur général de l’Office national des Pensions et membre de la Commission chargée des pensions qui a émis le rapport sur la réforme, "il ne faut pas s’inquiéter, ni s’alarmer. L’occasion nous a été donnée de bien réfléchir à une réforme des pensions qui nous permettre d’avoir un régime qui soit tenable à long terme."

"Le système tel qu’il est aujourd’hui est intenable, parce que le financement des pensions – compte tenu du vieillissement de la population et de l’allongement de la durée de vie – rend la charge financière beaucoup trop lourde, et c’est également l’avis du Bureau du Plan", ajoute-t-il.

Le professeur d’économie de l’UCL Jean Hindriks, qui a également travaillé sur ce rapport, estime lui qu’il n’y a pas seulement un problème de financement du système, mais également " -un problème d’adéquation avec les nouvelles formes d’organisation sociale, notamment la dimension familiale".

Il précise également que certaines pensions sont trop peu importantes, que la "qualité sociale" de nos pensions est donc mise en cause et qu’il existe un manque de liaison au bien-être. "Le problème du financement est donc un point de départ, commente-t-il. Nous sommes comme des médecins face à un malade : on nous a donné un diagnostic et nous proposons des remèdes."

"Deux stades de football remplis de pensionnés"

Et le malade est apparemment très malade. Actuellement, les pensions représentent 11% du PIB. Un coût encore tenable, mais qui passera à 14% dans quinze ans : un luxe que la Belgique pourra difficilement payer.

L’année dernière, le nombre de nouveaux pensionnés a atteint un nombre record, dépassant les 120 000 personnes, soit l’équivalent de "deux stades de football remplis", selon les mots de Jean Hindriks. "Cela représente une somme d’argent supplémentaire qu’il faut trouver."

Cet argent supplémentaire, il ne faut pas le "trouver" pour Peter Timmermans, administrateur-délégué de la FEB, car "cela reviendrait à reporter la facture à la génération suivante". Il faut, au contraire, réformer le système et "préparer l’année 2030 dès aujourd’hui".

Posture offensive du PS

Le rapport de la Commission "pensions" a préparé le terrain de cette réforme, mais n’était pas au goût de tout le monde au moment de sa publication, le parti socialiste en tête des frondeurs. Le PS adopte une posture offensive sur la question, pratiquement une posture d’opposition ou de syndicat, au point de s’esseuler sur certains points, même par rapport à son partenaire de négociations, le cdH.

"Ce rapport nous a paru un moment intenable, parce qu’il remet en cause des points tels que l’âge légal de la retraite que nous voulons maintenir à 65 ans, commente Ahmed Laaouej (PS). Il est aussi hors de question de faire payer cette réforme des pensions aux seuls travailleurs."

Marie-Christine Marghem (MR) répond qu’il est pour elle "faux de prétendre qu’il y a dans ce rapport une obligation ou une proposition insistante de fixer l’âge de la pension au-delà des 65 an " et que cela "fausse le débat". Ce que confirme Gabriel Perl : "Dans le rapport, nous avons refusé de prendre en considération la question tabou de l’âge de la retraite. Nous avons établi toute notre étude sur la durée de la carrière active. L’âge n’entre pas en ligne de compte."

C’est sur la fiscalité que s’observent les premiers décalages entre PS et cdH. "Il y a eu des avancées, certains points ont été modifiés. Mais ce n’est pas suffisant. Certains sont alarmistes comme si le système allait être en faillite, mais c’est faux. Nous pouvons assurer les pensions, mais ne pouvons pas pour autant rester dans l’immobilisme", commente Catherine Fonck (cdH) qui précise que l’augmentation des impôts n’est pas une option.

Une opinion que ne partage pas du tout le socialiste Ahmed Laaouej qui hausse les épaules pendant que s’exprime l’humaniste. Il estime que le système fiscal doit être revu : "On ne peut pas demander au seul travailleur de faire tous les efforts pour refinancer les pensions. Le rapport d’expert évoque lui-même la possibilité de refinancer les pensions sur d’autres assiettes, telles que les plus-values sur action ou encore la fiscalité sur le patrimoine." Les deux protagonistes sont par ailleurs en désaccord sur la lecture du rapport de la Commission "pension" concernant le critère d’âge.

La fiscalité au cœur du débat

Le débat débouche très vite sur la question de la fiscalité, ce qui ne manque pas de faire réagir Peter Timmermans. "Apparemment, pour certains, la seule solution, c’est de taxer, lance-t-il. Mais, heureusement pour une fois, il y a un rapport qui va plus loin que de simples constats. Il est trop facile de taxer et de trouver de l’argent pour croire que le problème est résolu."

Pour Jean Hindriks, fiscalité et pensions ne doivent pas nécessairement être mis en même temps sur la table. "Pour nous, ce sont emplois et pensions qui sont vraiment liés et les succès dans ces deux matières seront interdépendantes. Si on parvient à redresser l’emploi des plus de 55 ans dans ce pays, on peut financer en bonne partie ce choc du vieillissement."

Pas de mea culpa politique pour le manque de prévoyance...

Les pensions ne sont pourtant pas du domaine de l’imprévisible, mais aucune réforme en profondeur du système n’a été effectuée. "On ne peut pas parler d’imprévu dans ce domaine, car on sait le nombre de personnes qui seront concernées par les pensions dans les prochaines années, rebondit Marie-Hélène Ska. On connait donc les efforts à réaliser pour l’avenir." Pas de mea culpa politique pour autant, ou à demi-mot seulement.

"Il est vrai que le dossier n’a pas été pris à bras-le-corps depuis des années", avoue Georges Gilkinet (Ecolo). Un mea culpa ? Pas vraiment… "Au nom de l’ensemble des politiques alors… Car nous n’avons eu que peu de responsabilités au niveau fédéral."

"Juger une voiture sur son kilométrage plutôt que sur son âge"

Le rapport permettrait donc enfin d’avancer sur le sujet et, parmi les solutions, le système à points fait débat. "Le système est basé sur la durée de la carrière active, explique Gabriel Perl. Chaque année donne droit à un point et le nombre de points acquis donne droit à un montant de pension calculé en fonction."

"Il faut d’abord préciser que ce système à points ne concerne pas les pensionnés d’aujourd’hui, lance Jean Hindriks. Il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter, c’est pour l’avenir. Vu la diversité des trois régimes (indépendants, salariés, fonctionnaires) dont les différences sont légitimes, les choses sont devenues peu lisibles."

"La différence de ce nouveau système par rapport à l’ancien, c’est qu’au lieu d’évaluer une voiture sur son âge, nous évaluons une voiture sur son kilométrage, illustre encore le professeur de l’UCL. Donc, au lieu de baser notre système de pension sur un âge de départ à la pension, on le base sur une durée de carrière. Il est plus pertinent de baser l’état d’un véhicule sur son kilométrage, de la même manière qu’il est plus pertinent de juger de la légitimité de quitter le marché du travail sur base du nombre d’années de travail. Plus, il y a d’années, plus il y aura de points et plus la pension sera importante."

Le MR salue ce système : "Ça va dans le bon sens, dit Marie-Christine Marghem. C’est la première fois qu’on fait une proposition structurelle qui permet de mettre dans une certaine forme de convergence trois régimes tout à fait différents. Cela permet une lisibilité pour le citoyen, une capacité pour lui de voir où il se situe et une soutenabilité financière plus objectivée avec des paramètres qui peuvent être adaptés dans le cadre de la concertation sociale."

Georges Gilkinet estime que la lisibilité est bien le plus de ce système, mais se demande quels sont les sources de revenus qui y contribuent. Côté PS, le système à point "ne permet pas de garantir aux futurs pensionnés le montant de leur pension, il faut donc en revenir aux fondamentaux : le taux d’emploi, le désendettement de l’État et une fiscalité plus juste."

La pénibilité prise en compte

Sur l’aspect pénibilité du travail, le rapport est très clair : "L’exemple de la voiture n’est pas anodin, déclare Jean Hindriks. Il y a le kilométrage, mais il y a aussi le type de route qui est emprunté. Il y a des routes plus reposantes que d’autres et nous avons donc proposé un certain nombre de mesures, dont une enveloppe pour les métiers pénibles. Et à partir de 60 ans, les points du système seraient forfaitaires. Cela signifie qu’indépendamment de son salaire, on reçoit un point si on a travaillé plein temps. Donc, concrètement, quelqu’un qui a un bas salaire sera subsidié dans son point par quelqu’un qui a un salaire élevé."

RTBF

Pour répondre à ces questions, Baudouin Remy et Rachel Crivellaro avaient invité :

  • Jean Hindriks, membre de la Commission "pension" et professeur d’Economie à l’UCL.
  • Gabriel Perl, membre de la Commission "pension" et ancien administrateur général de l’Office national des Pensions
  • Peter Timmermans, administrateur-délégué de la FEB
  • Marie-Hélène Ska, secrétaire nationale de la CSC
  • Ahmed Laaouej, député fédéral PS
  • Marie-Christine Marghem, députée fédérale MR
  • Catherine Fonck, députée fédérale CDH
  • Georges Gilkinet, député fédéral Ecolo
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