Pensions: "Les partis voulaient réagir vite, mais il faut qu'ils étudient ce rapport"

Invité de Matin Première ce mercredi matin, l'ancien ministre Frank Vandenbroucke a réagi aux critiques rapidement formulées à l'encontre du rapport de la commission de réforme des pensions par le PS et les syndicats.

"Les gens doivent lire ce qu’il y a dans le rapport, a lancé l'ex-homme fort du sp.a. Nous avons travaillé avec 12 personnes qui viennent d’horizons différents et ont des opinions divergentes sur toute sorte de questions de société. Mais nous nous sommes dit qu’il fallait trouver un compromis, un consensus, aussi logique que possible. Nous avons travaillé durant presque 16 mois pour un rapport de 723 pages. C’est beaucoup, mais les gens doivent prendre le temps de lire cela."

Car, selon lui, les politiques ont réagi dans l'urgence, sans avoir étudié de manière approfondie ce rapport. "J’ai longtemps été en politique, je sais comment cela se présente : les partis veulent réagir rapidement, alors ils balisent. Mais l’important c’est que chacun commence à étudier ce rapport. Il faut un consensus social sur une réforme réalisée en profondeur. C’était une étape, franchie par les experts, et la parole est maintenant aux interlocuteurs sociaux et décideurs politiques. Il était nécessaire de dresser un bilan du système pour voir ses faiblesses, notamment les incohérences avec les évolutions de la société telles que des situations familiales moins stables par exemple. Nous avons étudié toutes ces questions de société."

"Plus simple et plus lisible pour les citoyens"

La mise en place d'un système de pension à points est la principale proposition du rapport des experts de la commission. La durée de carrière devient un élément essentiel du système: le travailleur accumule des points qui lui donneront droit à une certaine pension après conversion en euros.

"Ce système n’est pas une fin en soi, explique Frank Vandenbroucke. Nous ne proposons pas ça parce que nous aimons l’algèbre. C’est un instrument qui a le mérite de rendre le système beaucoup plus simple et plus lisible pour les citoyens. Mais c’est un système de calcul : les gens accumulent des points durant leur vie active. Dès la première année d’insertion sur le marché du travail, on commence à accumuler ces unités."

"Un exemple très simple : un travailleur salarié qui aurait gagné, en un an, le salaire brut moyen gagnerait un point. Un point, cela veut dire que, durant une année, vous avez fait un effort contributif qui est dans la moyenne. On accumule donc ces points durant sa vie active et, au moment de la prise de pension, les points sont convertis en euros. Cette conversion va ancrer, dans le système, un rapport souhaitable et clair entre la pension et le revenu des actifs. C’est essentiel, car un système de pension doit être un contrat social entre pensionnés et actifs et cet manière de fonctionner permet de rendre le tout transparent. "

Un système "tout à fait soutenable"

Personne ne devrait y perdre sur le montant de sa pension. Pour les fonctionnaires, le calcul serait différent, mais il y aurait des mesures compensatoires. Les salariés pourraient quant à eux y gagner, car une forme de moyenne serait prise en compte, alors qu’aujourd’hui il faut tenir compte des premières années de carrière, contrairement aux fonctionnaires. Il s’agirait donc d’essayer d’équilibrer le système. Mais comment cela se finance-t-il ? Les gens devraient-ils travailler plus et plus longtemps pour un tel régime de pension ?

"Oui, c’est le message principal. Nous refusons l’alarmisme de ceux qui disent que le système de répartition, le système de financement actuel, est voué à la faillite. Ce n’est pas vrai. Dire qu’il faudra faire baisser toutes les pensions, que c’est inéluctable, qu’il y a une réduction du pouvoir d’achat des pensionnés, etc. Ce n’est pas vrai non plus. Mais, à politique inchangée, le système n’est pas tenable. S’il y a des réformes de structure bien réfléchies, alors, dans cette hypothèse, le système est tout à fait soutenable."

Une question de justice

En allongeant les carrières de tout un chacun, l’âge légal de la pension devra être reculé. Il devrait passer à 66 ans en 2020 et à 67 ans en 2030, selon l'un des scénarios envisagés par la commission.

"Le pivot du système, c’est la durée de carrière, indique Frank Vandenbroucke, aujourd'hui professeur à la KUL. C’est aussi une question de justice. Quelqu’un qui a travaillé pendant 45 ans en commençant à 18 ans a fait le même effort que quelqu’un qui a travaillé pendant 45 ans en commençant à 22 ans."

"L’âge reste un critère important. On ne peut pas légiférer sur les pensions sans critère d’âge, mais l’effort investi durant la carrière est le pivot du système. Et cela permet de faire la différence entre quelqu’un qui a travaillé dès ses 18 ans dans la construction et quelqu’un comme moi, professeur d’université, qui n’a commencé qu’à 24 ans. Cette distinction doit être faite."

"Et, si la durée de la carrière doit évoluer, le critère d’âge doit, à terme, évoluer lui aussi. Les différents scénarios que nous avons étudiés ont du potentiel, mais nous présentent comme des optimistes. Toutefois, nous présentons également les risques sociaux que comportent ces scénarios."

Une réflexion isolée

L’une des critiques formulées à l’encontre de ce rapport est le caractère isolé de cette réflexion sur les pensions. L’allongement de la durée de carrière pourrait en effet avoir des conséquences en matière de chômage, d’assurance maladie, etc.

"L’emploi est crucial et nous en parlons également dans le rapport. Dans l’hypothèse d’une carrière plus longue et d’un âge légal repousser à 66 ans, cela n'a aucun intérêt si les gens se retrouvent au chômage entre 63 et 66 ans. Il faut donc aussi réfléchir du côté du marché de l’emploi, car il y a une interdépendance entre politiques de pension et politiques d’emploi. Les succès en matière d’emploi déterminent les succès en matière de pension."

"Mais de l’autre côté, les réformes des pensions peuvent aussi contribuer à faciliter et promouvoir l’emploi. Les deux matières sont complémentaires, mais notre mission devait malheureusement se limiter à la seule matière "pensions"."

Thomas Mignon

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