Pensions: il faudra avoir 66 ans en 2025 et 67 ans en 2030

Rien n'est officiel, mais à plusieurs sources, on apprend ce matin que les négociateurs se sont mis d'accord sur cet allongement généralisé des carrières.

Cet allongement tiendrait compte de la pénibilité du travail effectué. A noter que cette réforme sera phasée dans le temps : l'âge légal passe à 66 ans en 2025, et à 67 ans en 2030.

Cet accord est calqué sur les conclusions du rapport présenté au printemps dernier par la Commission de réforme des pensions dirigée par le socialiste flamand Frank Vandenbroucke.

On apprend également ce matin que les indépendants auront accès au deuxième pilier des pensions. Et que la suppression de limite de travail pour les pensionnés sera levée.

C'est la première grande réforme structurelle annoncée par le potentiel futur gouvernement. Cette annonce prépare-t-elle un allongement de la trajectoire budgétaire ? On sait que la Commission européenne est réceptive à des changements de trajectoire budgétaire, s'il y a de réelles réformes structurelles.

D'autres changements annoncés

Outre les pensions, il est également question d'élargir de 12 mois le crédit-temps, singulièrement pour les soins palliatifs et la garde des enfants malades (jusqu'à huit ans). Le congé parental serait également étendu.

Par ailleurs, on ne toucherait pas à la dégressivité des allocations de chômage mais un service d'intérêt général sera instauré (deux demi-jours par semaine) pour les chômeurs de longue durée. On évoque également une activation de bénéficiaires de l'assurance invalidité. L'annualisation du temps de travail se trouvera également dans l'accord de gouvernement.

Le saut d'index avec compensations pour les travailleurs reste sur la table mais n'a à ce stade pas fait l'objet d'un accord. Le principe de l'indexation automatique des salaires et de la concertation sociale a été confirmé. Des mesures seront également prises en faveur des heures supplémentaires dans l'horeca. La diminution du taux de cotisation sociale de l'employeur de 33 à 25% est également dans le pipeline mais là non plus il n'y a pas encore d'accord.

Plus globalement, un "plan emploi" est annoncé en concertation avec les Régions. Il y est question de baisses de charges, de formation continue, de valorisation de l'expérience professionnelle, de chômage des jeunes, et de renforcement des carrières pour les groupes vulnérables.

Enfin, c'était dans l'air, le gouvernement de centre-droit entend revoir la loi de 1996 sur la compétitivité et la sauvegarde de l'emploi. Il sera question de résorber le "handicap salarial" avec les pays voisins.

Notons que les négociateurs - actuellement, les deux coformateurs et les quatre chefs de délégation - continuaient mardi à examiner le cadre budgétaire en lien avec la fiscalité. Ils en ont terminé avec les volets Pension, Emploi et Progrès social (soins de santé, chômage...) L'impact budgétaire de l'Emploi et du Progrès social devait cependant encore être finalisé.

Les discussions pourraient se poursuivre au finish. Certains n'excluent pas qu'un accord budgétaire puisse être annoncé mardi après-midi, en dépit de l'état de fatigue des négociateurs assis autour de la table depuis lundi à 14h30.

Une mesure "insensée à l'heure actuelle"

Première réaction, celle du Syndicat Neutre pour Indépendants (SNI) qui trouve que l'augmentation de l'âge de la pension à 66 ans en 2025 et 67 ans en 2030 est une mesure "insensée à l'heure actuelle".

"Il faudrait d'abord que le travail jusqu'à 65 ans soit la norme pour tout le monde. Cela inclut également que le régime de chômage avec complément d'entreprise (RCC, anciennement prépension) soit totalement supprimé. Après tout, à qui profiterait l'augmentation de l'âge légal de la retraite, si rien n'est fait pour inciter les personnes à effectivement travailler jusqu'à l'âge effectif de la pension? ", a déclaré Christine Mattheeuws, la présidente du SNI.

Travailler plus longtemps est la seule manière de pouvoir garantir les pensions dans un contexte de vieillissement de la population, a déclaré pour sa part le patron de l'union des indépendants flamands (Unizo), Karel Van Eetvelt, dans une réaction provisoire à l'accord conclu par les partis.

Les employeurs sont positifs mais prudents

Les organisations patronales FEB et Voka ont réagi mardi de manière positive mais prudente à l'annonce du relèvement de l'âge de la retraite. 

Tant Pieter Timmermans que Jo Libeer, les patrons respectifs de la Fédération des Entreprises de Belgique et du Voka, ne se sont pas montrés surpris par l'annonce même si, selon Jo Libeer, le calendrier prévu pour ce relèvement ne permettra pas de lutter efficacement contre le coût du vieillissement de la population.

"Cette tendance (au rallongement des carrières, ndlr) était déjà visible dans le reste de l'Europe. Il fallait donc s'attendre à ce que cela vienne chez nous", a commenté Pieter Timmermans qui se félicite que des réformes structurelles soient à présent menées et qu'on "arrête de bricoler à la marge".

Le patron de la FEB se dit aussi satisfait que les recommandations du rapport sur les pensions réalisé autour du ministre d'Etat Frank Vandenbroucke soient suivies. Pour Jo Libeer, l'allongement des carrières n'est rien d'autre que logique, même s'il dit ne pas comprendre le moment choisi pour son entrée en vigueur.

"Les coûts du vieillissement seront les plus importants entre 2020 et 2030. Nous aurons donc besoin de croissance économique et d'un nombre maximum de personnes actives pour pouvoir supporter ce coût. Si l'on relève l'âge de la retraite à 66 ans en 2025 et à 67 ans en 2030, la génération du babyboom sera déjà sortie", fait-il valoir M. Libeer. 

"Une attaque frontale contre les travailleurs"

De son côté, le PS a tenu à exprimer mardi "toute son indignation". "Le futur gouvernement MR N-VA se trompe de cible: la priorité doit être d'améliorer le taux d'emploi des travailleurs avant 65 ans", a commenté le parti, dans un communiqué.

A ce sujet, le député PS Frédéric Daerden, s'est dit "profondément choqué par cette attaque frontale contre les travailleurs. Ce faisant, le gouvernement MR N-VA contraindrait, en dehors de toute concertation sociale, des travailleurs qui sont déjà bien souvent épuisés en fin de carrière, physiquement ou psychologiquement, à travailler au-delà de 65 ans", a-t-il dit.

Pour le PS, "le futur gouvernement antisocial MR N-VA brise la paix sociale et notre modèle de concertation sociale".

La Parti Socialiste a par ailleurs estimé que le MR "trompe une fois de plus ses électeurs", s'étant toujours prétendu opposé à un relèvement de l'âge légal de la pension, tel qu'en atteste son programme électoral de 2014.

La majorité libérale-nationaliste sera celle de l'épuisement des citoyens

Pour Ecolo, "en choisissant de presser le monde du travail et la qualité de vie des citoyens, le futur gouvernement s'annonce comme celui de l'épuisement des citoyens et du renforcement des injustices". 

Dans un communiqué, les Verts ont souligné que la pénibilité et la pression sur le monde du travail ne cessent d'augmenter dans la plupart des secteurs d'activités, l'âge de la pension étant souvent atteint avec soulagement après des années d'épuisement.

A leurs yeux, la durée effective de la carrière mais aussi sa pénibilité réelle doivent être mieux pris en compte dans les conditions d'accès à la pension. Des mesures d'adaptation de la carrière et de partage du temps de travail sont nécessaires pour permettre aux travailleurs de 50 ans de rester actifs dans de bonnes conditions et aux jeunes d'accéder à l'emploi.

"En la matière, l'urgence est d'assurer un financement alternatif crédible et solide de notre système, mettant à contribution les revenus des capitaux plutôt que ceux du travail, ce qui permettra d'assurer aux futurs pensionnés un revenu décent et suffisant", a expliqué de son côté le député fédéral écologiste Georges Gilkinet.

"Une atteinte au droit au repos"

"C'est infaisable, incompréhensible, illogique, inutile et donc inacceptable", a quant à lui réagi le PTB à cette annonce du relèvement de l'âge de la pension.

Le parti de gauche radicale rappelle que beaucoup de travailleurs âgés sont épuisés et ont des problèmes de santé, souvent dès 58, 60 ou 62 ans. L'espérance de vie en bonne santé est en moyenne de 65 ans.

"Obliger les gens à travailler jusqu'à 67 ans est une atteinte au droit au repos après une vie de travail intense", estime le PTB qui dénonce en outre les grandes inégalités que recouvre cette mesure, particulièrement pour les personnes sans diplôme dont l'espérance de vie en bonne santé diminue encore.

La Belgique compte en outre 650 000 demandeurs d'emploi. "Pourquoi travailler plus longtemps?", demande le parti.

Le PTB estime par ailleurs que les pensions sont tout à fait payables dès lors qu'on en fait le choix. Il suggère l'instauration d'une "taxe des millionnaires" qui, selon lui, peut rapporter 6 millards d'euros. Trois milliards pourraient être affectés aux pensions et aux prépensions.

Le relèvement de l'âge de la pension ne figurait dans aucun programme, relève le PTB. "Ce gouvernement n'a aucune légitimité démocratique pour appliquer cette mesure: la hausse de l'âge légal de la pension n'était présente dans aucun des programmes électoraux des partis de la coalition. Au contraire, même. Ils ont menti à la population", dénonce le porte-parole du parti, Raoul Hedebouw, qui appelle à une "résistance sociale". Le PTB organisera une "Protest Parade" le 19 octobre dans les rues de Bruxelles.

"Besoin de règles qui peuvent être ajustées"

Frank Vandenbroucke, lui, s'est refusé à tout commentaire. L'ancien ministre, qui a présidé la commission de réforme des pensions, a cependant insisté sur la nécessité, selon les conclusions de la commission, d'introduire dans le système des règles qui pourront être ajustées progressivement plutôt que de fixer maintenant l'âge de la pension en 2020 ou 2030.

M. Vandenbroucke a rappelé que la commission avait étudié différents scénarios. Pour relever l'âge de la pension, "la politique d'emploi et un financement supplémentaire seront essentiels, réduire les dépenses ne sera pas suffisant", a-t-il souligné.

L'ancien ministre a également insisté sur la nécessité d'une forte concertation sociale pour faire face aux défis posés par les pensions. "La problématique concerne l'ensemble de la société, la réponse doit être organisée collectivement, avec les syndicats, patrons, classes moyennes, etc."

RTBF et Belga

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