Référendum turc sur la peine de mort: Charles Michel ne le tolérera pas en Belgique

Le ton était déjà puissamment monté entre certains pays européens et la Turquie du président Recep Tayyip Erdogan lors du récent référendum du 16 avril sur l'élargissement de ses pouvoirs présidentiels. Certains membres de l'Union ayant voulu empêcher des meetings pro-gouvernementaux turcs sur leur sol. Et le ton devrait à nouveau monter.

Dans la foulée de sa victoire (51,4% de "oui", mais surtout l'appui massif des Turcs de l'étranger : "oui" à 75% chez nous), le président turc a annoncé qu'il envisageait la possibilité d'un nouveau vote visant à réintroduire dans le droit turc la peine de mort - même si ce type de revendications constitue bel et bien aux yeux de l'Union européenne le signe d'un arrêt total et définitif de toute négociation d'adhésion de la Turquie, l'UE interdisant à ses membres de recourir à la peine de mort....

Partis flamands de la majorité sur la même ligne dure

Et déjà, sans attendre d'une date soit fixée pour ce nouveau référendum, Autriche, Allemagne, Pays-Bas réfléchissent à voir comment interdire chez eux le vote de leurs communautés d'origine turque en cas de scrutin sur la peine de mort. Et chez nous aussi, la réflexion est lancée. Les partis flamands de la majorité, N-VA, CD&V et Open VLD voudraient empêcher que la communauté turque de Belgique participe à cet éventuel référendum.

"Le rétablissement de la peine de mort va à l’encontre de toutes les valeurs que défendent à la fois notre parti démocrate-chrétien, notre pays et l'Europe " a déclaré le président du CD&V Wouter Beke à la VRT. "Ceux qui veulent restaurer la peine de mort ne doivent s'attendent à aucune aide de notre part". Echo identique chez le chef de groupe N-VA à la Chambre, Peter De Roover : "On n'a forcément que peu de prise sur ce qui peut se passer en Turquie, mais assister sans rien dire au fait qu'ici des gens, par leur vote, arrivent à influencer et faire en sorte que des gens qui vivent là-bas en Turquie puissent se voir condamnés à mort, là c'est un pas trop loin". Pour Annemie Turtelboom, députée fédérale Open VLD, "un référendum sur le retour de la peine de mort est d'une totale autre dimension qu'un référendum concernant les pouvoirs d'un président, une loi ou un changement de Constitution. Cela va ouvertement à l'encontre de nos convictions. Sanctionner ceux qui le méritent d'accord, mais mettre à mort nous ne le faisons pas".

Fermeté de Charles Michel

Et si le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders ne souhaitait pas faire le moindre commentaire ce matin, le Premier ministre Charles Michel, interrogé en marge des fêtes de l'Iris bruxellois, affichait, lui, la même fermeté que ses partenaires flamands de majorité "S'il devait y avoir un référendum organisé par la Turquie sur la peine de mort, je ne le tolérerais pas en Belgique! Et donc nous regarderions, sur le plan juridique, quelles sont les possibilités pour la Belgique qu'il se déroule sur son territoire un tel référendum sur un sujet totalement inacceptable à mes yeux. Par conséquent, nous ferons respecter la Constitution et les conventions européennes sur notre sol. Mais nous allons voir juridiquement comment on peut le faire, parce que ce serait une première si nous étions confrontés à cette situation. A ce stade, il n'y a pas encore de décision officielle". Charles Michel, qui, hier, en déplacement en Tchéquie et Slovénie, avait justement déclaré que, selon lui "le processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne était au point mort".

Concrètement que fait-on ?

Pas de vraie réponse. Car c'est bien sur un plan juridique et diplomatique que les questions vont se poser. Si chacun promet d'employer tous les moyens juridiques pour empêcher la tenue du vote ici, pratiquement on ne voit pas très bien ce qui peut être fait. Empêcher la location de salles pour le vote, ne pas prévoir le déploiement policier nécessaire pour la sécurité du scrutin ? Difficile d'empêcher concrètement des citoyens belgo-turcs de voter dans leurs consulats ou ambassades. A voir. Ce serait effectivement une première.

La date du scrutin - s'il a vraiment lieu -, n'est pas encore connue... 

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