Pauvreté en Belgique: "On va créer une sorte de dépression généralisée"

Qui est pauvre en Belgique ? Le seuil de pauvreté

En Belgique, le seuil de pauvreté (60% du revenu net médian) est fixé à 1000 euros nets par mois pour une personne isolée et 2101 euros nets par mois pour un ménage de deux adultes et deux enfants.

15,3% de la population belge a un revenu total (la possession d’une habitation n’est pas prise en compte) inférieur à ce seuil en Belgique et est donc en risque de pauvreté, selon les résultats de l’enquête EU-SILC 2011.

Comme le note le site du Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l'exclusion sociale, un certain nombre de personnes ne sont pas prises en compte dans ces chiffres parce qu’elles ne sont pas inscrite au registre national (sans-abris, illégaux,…).

Le taux de pauvreté subjective, lui, est plus élevé : selon la même enquête, 20,8% de la population belge indique avoir des difficultés ou de grandes difficultés à s'en sortir.

Mais il faut donc cependant noter que ces chiffres, les derniers disponibles, datent de 2011. Pour Christine Mahy, secrétaire générale du RWLP, Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, la situation n'a fait que s'aggraver depuis: "Avec les nouvelles dispositions sur le chômage, toute une série de gens glissent et vont glisser vers le CPAS. Et une partie ne pourront pas être aidés... Et les pertes d'emploi sont massives pour le moment. retrouver de l'emploi à plus faible qualification est compliqué, les employeurs ont des exigences de plus en plus élevées... L'engagement de la Belgique auprès de l'Europe était de réduire la pauvreté de 20% d'ici 2020. A l'époque, cela représentait 380 000 personnes à faire sortir du risque de pauvreté. Mais maintenant, ces 20% représentent beaucoup plus que 380 000 personnes. La pauvreté ne diminue pas, elle augmente..."

Qu'est ce que le revenu d’intégration sociale ?

C’est un revenu accordé par les CPAS en Belgique aux personnes qui ne disposent pas d’autre moyen de subsistance. Depuis le 1er septembre 2013, le revenu d'intégration s'élève à 817,36 euros nets par mois pour une personne isolée, à 544,91 euros nets par mois pour un cohabitant et 1089,82 euros nets par mois pour une personne avec une famille à sa charge.

En 2011, 73 950 personnes en bénéficiaient. Ces chiffres n’ont cessé d’augmenter ces dernières années. Regardez le tableau :

 

 

  Nombre de bénéficiaires  du revenu d'intégration sociale
2003 73 950 
2004 75 383 
2005 74 942 
2006 78 812 
2007 80 486
2008 82846
2009 90 317
2010 95 093
2011 95 606

 

En 2011, la répartition par Régions était celle-ci: 25 803 bénéficiaires en Flandre, 43 008 en Walloine et 26 801 à Bruxelles.

Qui sont les plus concernés ?

Les femmes célibataires sont plus concernées que les hommes célibataires. Toujours selon l’enquête EU-SILC 2011, 15,2% des femmes belges courent un risque de pauvreté pour 13,9% des hommes.

D’importantes différences sont aussi notées entre Régions. Ainsi, 10,4% des Flamands sont en risque de pauvreté, pour 17,8% des Wallons. Les chiffres pour Bruxelles ne sont pas disponibles.

Les tranches d’âge les plus concernées par le risque de pauvreté sont les 0-15 ans (18, 5%) et les 65 ans et plus (19,4%).

Les familles monoparentales sont durement touchées : 36,9% d’entre elles sont concernées par un risque de pauvreté.

Les enfants

En Belgique, 420 000 enfants risquent la pauvreté, notent plusieurs chercheurs dans une présentation préparée pour le colloque de la Fondation Roi Baudouin sur les causes de la pauvreté des enfants qui a eu lieu début juin. 

Les "nouveaux pauvres"

Toujours selon l’étude EU-SILC 2011, le fait d’avoir un emploi ne protège pas du risque de pauvreté : parmi les travailleurs, 4,2% vivent sous le seuil de pauvreté.

Et les indépendants ?

Sur la base des chiffres de l’Inasti (Institut national d'assurances sociales pour travailleurs indépendants), le Syndicat neutre pour indépendants constatait en 2013 qu’un indépendant sur six vit sous le seuil de pauvreté.

Tous les secteurs ne sont pas égaux. Les plus bas revenus des indépendant sont constatés dans les secteurs de l’agriculture, des services et du commerce.

"Le cliché selon lequel tous les indépendants sont riches ne correspond pas à la réalité. De plus, si l'on prend les revenus totaux des indépendants, ceux-ci sont répartis de manière très inégale: 80% des indépendants se partagent seulement 40% des revenus", expliquait Christine Mattheeuws, la présidente du SNI, à l’époque.

Quelle réalité ?

Au-delà des chiffres, quelle est la réalité de la pauvreté ? Christine Mahy explique: "La réalité, c’est de vivre en flux tendu tout le temps, d’avoir trop peu de tout. A force de devoir arrêter de prendre la voiture, le train, on se coupe de ses relations. On doit tous les jours réfléchir à comment boucler la fin du mois. Les gens sont stressés et ils sont mal par rapport à leurs enfants. Ca crée des dépressions. Ils sont obligés d’inventer des solutions tous les jours, de mettre toute leur créativité dans ça et ils ne savent plus investir leur ressource morale dans autre chose. Et ça ne s’arrête jamais… Et ce qui ne va pas, c’est qu’un certain nombre de personnes disent que les gens sont responsables de ça, qu'ils n'ont qu'à se bouger. C’est faux ! Personne ne souhaite se lever le matin en se disant : 'Ca va être la merde'."

Pour elle, il faut réagir avant qu'il ne soit trop tard: "La peur est très présente. Si on laisse s’installer ça, on crée une sorte de dépression généralisée".

Que demandent les acteurs de terrain ?

Un mémorandum publié en mai 2014, juste avant les élections, et cosigné par plusieurs associations de lutte contre la pauvreté, demandait, notamment :

  • Que les revenus et allocations soient augmentés au-dessus du seuil de pauvreté
  • Des chiffres actualisés pour la délimitation du seuil de pauvreté
  • Une lutte contre les emplois précaires
  • La suppression de la dégressivité des allocations de chômage

Julie Calleeuw

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