Paul Magnette: "Quand on vote pour l'extrême gauche, on favorise la droite"

Paul Magnette dans L'indiscret
Paul Magnette dans L'indiscret - © RTBF

Paul Magnette, président du PS, était l’invité de L’Indiscret ce dimanche, à quelques semaines des élections fédérales, régionales et européennes du 25 mai. Pour lui, le PTB est un parti "simpliste" qui joue sur la crise et la peur des gens. Et de détailler les propositions du PS, qui vont parfois dans le sens contraire de ce qui a été fait ces derniers mois.

Selon un sondage Ipsos/Le Soir/RTL, le PTB gagne des points, au détriment du PS. Les socialistes s'en inquiètent-ils ? "Un sondage c’est un sondage, à un moment donné où la campagne n’a pas encore commencé. Il va falloir nous battre, expliquer le message qu’on porte. La vertu de ce sondage c’est de montrer, mais on le sait, que quand l’extrême gauche progresse, la gauche s’affaiblit. Donc malheureusement quand on vote pour l’extrême gauche, on favorise la droite", répond Paul Magnette.

Jean-Claude Marcourt a lui été plus loin, en qualifiant le PTB de "parti dangereux". Paul Magnette tempère. "Le PTB est un parti simpliste, qui a capté une colère. C’est vrai qu’il y a une colère, on le comprend tous, on n’est pas sorti de la crise économique et les gens sont inquiets. Mais surfer sur la colère, et dire : ‘vous avez raison d’être en colère, on va être contre tout et ne rien proposer’…"

Et d'expliquer que le PS n'a pas toujours pu faire ce qu'il voulait ces derniers mois. "Tout le monde sait qu’on a gouverné dans des situations particulièrement difficiles, qu’il a fallu sortir le pays de la crise et faire des choses qui n’étaient pas agréables. Maintenant ça a porté ses fruits. On va se porter dans le projet…"

Des mesures pour l'emploi des jeunes

Et justement, quel est ce projet, ces propositions ? Laurette Onkelinx affirmait jeudi sur le RTBF qu'il faudrait renégocier la limitation du chômage dans le temps. Le président du PS confirme: "Oui, il faudra revoir". Mais n'est-ce pas un peu contradictoire, le PS faisant partie du gouvernement qui a fait passer la mesure ? "Elle vient d’un moment où la Belgique n’avait pas de gouvernement depuis 541 jours, les marchés voyaient la Belgique comme la prochaine victime, la menace était réelle. Il fallait former un gouvernement. Et les libéraux ont exigé cette mesure. (...) Il faudra donc revoir. Non pas pour que les gens se complaisent dans le chômage. Notre priorité, c’est l’emploi. Mais il y a des gens, malgré tout ce qu’ils font, qui n’arrivent pas à trouver un emploi…"

Le président du PS pense particulièrement à l'emploi des jeunes. Pour rappel, le PS propose un contrat de travail d'un an pour tous les jeunes qui n'ont pas trouvé d'emploi dans les 18 mois après la fin de leurs études. Paul Magnette détaille: "On a une grande opportunité. Jusqu’ici les mesures étaient fédérales. Il fallait discuter avec les Flamands, qui considéraient que la priorité c’était l’emploi des plus de 50 ans, parce que c’est le problème en Flandre. Mais en Wallonie et à Bruxelles, le problème essentiel, c’est le chômage des jeunes. Il faut donc accompagner le jeune dès sa sortie de l’école, baisser les cotisations sociales pour les jeunes et en plus de ça, s’il a fait tout ce qu’il pouvait, s’il n’a rien au bout de 18 mois, il faut l’aider et lui donner son premier emploi".

Mais comment compte-t-il mettre cette idée en application ? "On crée 5000 emplois en Wallonie et à Bruxelles, dans le secteur public et privé. Moi je vois beaucoup de chefs d’entreprise et de PME qui sont d’accord d’engager des jeunes, à la moitié du prix, et de lui donner une expérience".

Et de répéter que ce n'est pas la seule mesure proposée pour les jeunes: "Il y aura une baisse générale de cotisations pour tous les jeunes qui entrent sur le marché du travail. Ca coute environ 50 millions d’euros. Les partis francophones sont d’accord".

"La Belgique, un pays qui socialise les richesses"

Il y a quelques jours, la Banque nationale sortait un rapport dans lequel elle estimait que "même le salaire net commençait à poser problème en Belgique", selon les mots de son gouverneur, Luc Coene. Pour le socialiste, "c’est très choquant d’entendre ça. Les 9/10e des Belges vivent avec des salaires qui leur permettent tout juste de vivre confortablement". Mais ne pense-t-il pas qu'il y a vraiment un problème de compétitivité ? Le président du PS botte en touche: "On fait partie de ces pays qui socialisent une partie de la richesse produite et qui les redistribuent".

Autre point proposé par le PS et qui avait fait polémique il y a quelques semaines: la taxation des loyers pour les gros propriétaires. Paul Magnette persiste: "Que ce soit parfaitement clair : le système d'aujourd’hui est injuste. Si vous êtes un petit bailleur, vous payez la même chose qu’un gros. Il faut donc rétablir une forme de justice, à travers une grille des loyers et à travers un bonus-malus pour récompenser les bons propriétaires et punir les marchands de sommeil".

Pas de nouvelle taxation pour les automobilistes

Concernant l'étude en cours pour une taxation au kilomètre, Paul Magnette n'est pas tout à fait contre. "Qu’on fasse l’étude. Mais il y a une condition pour nous : on ne doit pas alourdir la fiscalité sur les automobilistes. Le but à l’origine, c’était de taxer les camions et les touristes. Mais on ne doit pas faire payer l’automobiliste belge. Mais si elle arrive à démontrer qu’en remplaçant un système de taxation par un autre, c’est plus juste et équitable, pourquoi pas ?"

Enfin, Rudy Demotte affirmait samedi au Grand oral être candidat à sa propre succession à la tête de la Wallonie. Paul Magnette refuse de se prononcer. "S'il a envie, tant mieux. C’est bien que les gens aient de l’ambition pour la Wallonie. Mais on verra au lendemain des élections…"

J.C.

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK