Paul Magnette n'est pas le seul à trouver la Commission européenne trop libérale

Le Berlaymont.
Le Berlaymont. - © flickr/rdvrs

La polémique suite aux propos tenus jeudi à la RTBF par Paul Magnette sur une Commission européenne ultra-libérale a eu le mérite d'ouvrir le débat sur le rôle de l'exécutif européen. Après les critiques, plusieurs voix s'élèvent allant dans le sens du ministre PS.

Le tollé général déclenché par les déclarations de Paul Magnette sur la Commission européenne infestée d'ultra-libéraux étonne le professeur Jean-Michel Dewaele (ULB). 

"Monsieur Magnette ne remet pas en cause la construction européenne, il remet en cause la politique économique de la Commission, ce que font aussi toute une série d'économistes de grand renom: l'austérité proposée par la Commission ne va pas arranger les choses mais au contraire les aggraver", nous déclare le professeur de science politique. 

Pensée unique

"On est encore en droit d'avoir des idées et des positions, (...) de critiquer la Commission européenne sans se faire taxer de populiste et d'eurosceptique et de se faire vilipender par les médias et le monde politique, dit le professeur de l'ULB. Il y a la une pensée unique européenne. Je préfère que la critique de la Commission européenne soit faite par monsieur Magnette que par l'extrême droite". 

Paul Magnette a donc lancé le débat démocratique: "Oui, il a mis les pieds dans le plat et c'est très salutaire", dit Jean-Michel De Waele qui rappelle qu'il n'est pas le seul à avoir émis des critiques: il y a eu celles d'autres socialistes, des Verts, de Daniel Cohn-Bendit, mais aussi de Guy Verhofstadt, des libéraux. (Ecoutez l'interview intégrale de Jean-Michel De Waele ci-contre)

Déficit démocratique

Et en effet, d'autres socialistes belges partagent le point de vue de Paul Magnette. Ainsi Kathleen Van Brempt, députée européenne sp.a, rappelle que Paul Magnette n'a fait que constater deux choses: qu'il y avait "un déficit démocratique en Europe, un problème qui ne fait que s'aggraver, et que l'Europe n'est pas assez sociale et trop libérale et ne fait que se concentrer sur les économies et non sur les investissements". 

Toute la fraction socialiste au Parlement européen partage ce point de vue, rappelle aussi l'eurodéputée flamande qui l'a dit, redit et écrit depuis un an. Pareil pour la fraction GUE, encore plus à gauche, et pour les Verts au Parlement européen. Mais voilà, tous ceux-ci mis ensemble ne forment pas une majorité au sein de l'assemblée européenne, ce qui explique que le fameux "Six pack" a pu être voté. Le Six pack, c'est cet ensemble de mesures mettant l'accent sur les économies et qui donne à la Commission une sorte de pleins pouvoirs. 

"Hallucinant"

Mais il n'y a pas qu'à gauche que les propos de Paul Magnette trouvent des échos. Avant même la sortie de Paul Magnette dans Matin Première, l'ex-président de la Banque européenne d'investissement et ancien ministre cdH Philippe Maystadt déclarait mercredi à La Libre Belgique: "La Commission européenne manque de légitimité pour sanctionner le budget d'un Etat membre (...), la décision ultime (...) sera mieux acceptée si elle est prise par les chefs d'Etat et de gouvernement".

Quelle responsabilité pour la Commission?

Deux jours plus tôt, une autre voix, celle de l'ancien sénateur Open Vld Paul De Grauwe s'élevait pour faire la même critique. Le professeur à la London School of Economics écrivait dans une carte blanche publiée dans De Morgen "qu'il était hallucinant de voir le Premier ministre belge se faire convoquer par un bureaucrate européen afin de donner des explications sur le budget de la Belgique, avant de promettre d'être plus sage". 

Pour l'économiste flamand, se posent deux problèmes: de fond, la récession entraîne toujours des déficits publics, l'austérité n'y fera rien, et de forme, la Commission obnubilée par son "fondamentalisme des chiffres" impose des Diktats mais n'en assume pas les conséquences. Cela crée un déficit démocratique, conclut à son tour Paul De Grauwe. Si la Commission veut avoir la main sur les budgets nationaux, elle devra aussi en porter la responsabilité politique, devant le Parlement européen. "Et ce n'est certainement pas le cas aujourd'hui", martèle l'économiste.

D'autres libéraux continuent évidemment à défendre l'orthodoxie budgétaire dans l'eurozone. Ainsi, l'eurodéputé Open Vld Philippe De Backer estime que la Commission a bel et bien reçu la compétence de contrôler strictement les budgets des Etats-membres de l'eurozone. Pour lui, l'action de la Commission est non seulement démocratique mais aussi absolument nécessaire pour la bonne tenue de zone euro. Philippe De Backer estime qu'il faut d'abord maîtriser le budget avant de relancer la croissance.
 
Van Rompuy au secours de l'Europe
 
Enfin, dans ce concert de réactions, notons celle d'Eherman Van Rompuy qui s'est exprimé ce vendredi soir sur le plateau d'une émission de la VRT. Lui défend évidemment la position européenne.

Rappelant que Paul Magnette est "un vrai spécialiste de l'Europe", qui a dirigé l'institut d'études européennes de l'ULB, Herman Van Rompuy a rejeté l'argumentation du ministre PS.

La Belgique a approuvé le renforcement de la discipline budgétaire européenne, a-t-il dit pour souligner le caractère démocratique du processus dénoncé par Paul Magnette. En outre, "même sans l'Europe, nous devrions assainir nos finances publiques", a-t-il poursuivi.

Evoquant les dizaines de milliards d'euros de solidarité européenne en faveur de la Grèce, le président du Conseil a jugé que "sans l'Europe l'appauvrissement serait encore plus grand" dans ce pays.

 

JFH








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