Paul Magnette menace de ne pas ratifier le CETA

Paul Magnette menace de ne pas ratifier le CETA
Paul Magnette menace de ne pas ratifier le CETA - © BRUNO FAHY - BELGA

Le ministre-président wallon Paul Magnette a reconnu mardi des difficultés avec le gouvernement fédéral dans la mise en oeuvre de l'accord intra-belge âprement négocié l'automne par le Wallon avant d'autoriser la Belgique à signer le CETA, l'accord commercial entre l'Union européenne et le Canada.

Négociations entre niveau wallon et fédéral

"Ce n'est pas simple", a-t-il commenté mardi en marge de la présentation de son ouvrage sur la saga de l'automne dernier. Pour donner son feu vert, la Wallonie avait notamment exigé que la Belgique interroge la Cour de Justice de l'Union européenne sur la conformité de certains aspects de l'accord commercial avec les traités européens avant toute ratification du CETA.

Ces questions, qui doivent être rassemblées dans un mémoire rédigé par le gouvernement fédéral, font actuellement l'objet de négociations entre le niveau wallon et fédéral. "Certains veulent restreindre les questions alors que nous les voulons aussi larges que possibles", a expliqué Paul Magnette, déplorant au passage que "beaucoup (au niveau fédéral, ndlr) continuent à minimiser" l'intérêt de la démarche réclamée par la Wallonie.

"Mais tant que nous n'aurons pas les réponses de la Cour européenne, nous ne ratifierons pas", a-t-il averti, précisant que les Wallons n'étaient pas les plus pressés à voir le traité entrer pleinement en application. Devant les journalistes, le ministre-président a rappelé que la Wallonie n'avait donné son vert à la signature du CETA qu'après avoir reçu la promesse de voir dix-neuf engagements concrétisés: "Nous voulons qu'ils soient intégralement traduits (...) sinon nous ne ratifierons pas le traité", a-t-il conclu.

La Wallonie continue de promouvoir le CETA 

La Wallonie continue de promouvoir le traité de libre-échange avec le Canada, à travers son agence à l'exportation (AWEX). 

Dans sa lettre d'information de février, l'AWEX qualifiait le vote du CETA par le Parlement européen le 15 février d'"excellente nouvelle pour nos entreprises exportatrices, en particulier les PME". Ces dernières "vont désormais pouvoir exporter au Canada en franchise de droits de douanes (pour plus de 90% des produits), auront désormais accès aux marchés publics canadiens tant au niveau fédéral que provincial et bénéficieront d'une réduction substantielle des obstacles réglementaires".

L'AWEX reste parfaitement dans son rôle 

Dans l'opposition, la députée Virginie Defrang-Firket (MR) n'a pas manqué l'occasion d'interroger, ce mardi en commission du parlement wallon, le ministre de l'Économie Jean-Claude Marcourt sur ce qu'elle considère comme un paradoxe: menacer le CETA et le promouvoir en même temps.

Mais pour le ministre Marcourt (PS), "l'AWEX reste parfaitement dans son rôle lorsqu'elle informe les milieux exportateurs sur les opportunités d'affaires découlant des accords de commerce négociés ou conclus par l'Union européenne".

Charles Michel associe le projet de Marine Le Pen et de Paul Magnette 

De son côté, le Premier ministre Charles Michel a fait un parallèle entre le projet isolationniste du président américain Donald Trump et ce qu'il a vécu dans la négociation du CETA. Il y voit un combat dans lequel se rejoignent la gauche et l'extrême-droite de Marine Le Pen.

"Il y a un raisonnement idiot selon lequel on devrait se replier sur soi, c'est la thèse portée par la gauche ou par la gauche extrême, par la droite et par la droite extrême, ce sont les deux extrêmes qui se rejoignent pour combattre. De la même façon que c'était la gauche et l'extrême gauche, c'était Marine Le Pen en Europe qui reprochait les initiatives de type accords commerciaux", a-t-il relevé au Cercle Chapel de Waterloo.

Repli sur soi

Le Premier ministre "n'a pas dit que Paul Magnette mène le même combat que Marine Le Pen, et il ne le pense pas, y compris sur le CETA", a toutefois nuancé son porte-parole. "Il a comparé la situation en France et en Wallonie, avec une tendance au repli sur soi qui s'est notamment manifestée lors du débat sur le CETA, porté médiatiquement par Paul Magnette, non en tant que personnalité politique mais comme ministre-président", a-t-il précisé.

De son côté, Paul Magnette estime que "implicite ou explicite, ce genre de comparaison avec l'extrême-droite, visant à discréditer un adversaire, est utilisée quand on est à court d'argument". Le ministre-président wallon estime que le débat politique "vaut mieux que cela" et mérite une approche "plus respectueuse".

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