Paul Magnette: "La Grande-Bretagne n'a jamais été bien dans l'Europe"

Objectivation du coût des politiques fédérales sur la vie des Wallons, création d'une commission de vigilance, suppression définitive du cumul des fonctions de bourgmestre et de ministre et -s’il le faut- une Europe délivrée de la Grande-Bretagne. Dans l’interview de Matin Première, Paul Magnette (PS) ne fait pas dans la dentelle. La perfide Albion en prend pour son grade.

"Arrêter les parties de ping-pong"

Les dossiers du RER et de Thalys attestent de l’impact des décisions prises au fédéral sur la vie et la politique wallonnes.

Si le ministre-président estime normal que les sujets liés à la mobilité et la fiscalité relèvent du fédéral, il regrette l’impact de ces mêmes politiques sur le redressement de la Région qu’il dirige.

Pour lui, il est indispensable de "cesser les parties de ping-pong où les uns défendent le fédéral et les autres l’attaquent ". Et pour mettre un terme à cela, Paul Magnette propose sa solution: une commission de vigilance.

"Cette commission permettra d’objectiver l’impact réel et chiffré des décisions du fédéral et de certaines mesures européennes sur la Wallonne". Cette mission serait confiée aux experts du Conseil wallon de la fiscalité qui, assure le ministre-président, "émet des avis très nuancés." L’enjeu est simple: disposer de chiffres incontestables avant le débat politique.

La Wallonie "bloquée de l'extérieur"

Car si Paul Magnette rejette ce qui pourrait être une quelconque "théorie du complot", il constate que le patron de la FGTB, Thierry Bodson -et d’autres- assurent que l’on met des bâtons dans les roues de la Wallonie.

"D’autres organisations confirment que beaucoup de mesures du fédéral risquent d’entraver la reprise de la Wallonie. Tout le monde le reconnaît, on est dans une bonne année. C’est maintenant qu’il faut relancer le redressement économique. Il serait dommage que cela soit bloqué par des mesures venant de l’extérieur."

A ses yeux, le plus bel exemple de sursaut régional est l’issue de la querelle du RER: "Je me réjouis du front commun sur le RER (à 4 voies) et le Thalys, entre la majorité et l’opposition MR pour faire changer d’avis la ministre fédérale."

"La fin du cumul des mandats? Je l’appelle de mes vœux"

Le cumul des mandats est un sujet politique particulièrement sensible au Parlement wallon. A ceux qui affirment que les règles sont contournées, Paul Magnette répond que les cas des doubles fonctions de bourgmestre empêché et de ministre, sont rares (ndlr : lui-même à Charleroi et Maxime Prévot à Namur): "Dans mon cas, il n’y a pas d’entourloupe, j’applique toute la législation, je ne suis pas payé comme bourgmestre et je ne participe à aucune décision de la commune."

Le bourgmestre empêché de Charleroi se déclare même demandeur d’une clarification des textes: "Si l'on dit, demain, qu’un bourgmestre devenu ministre ne peut plus rien faire, j’en suis demandeur. Une clarification permettra à chacun de se rendre compte qu’il n’y a pas de conflit d’intérêt. S’il faut un nouveau texte , il peut venir du Parlement au sein de la commission du renouveau démocratique après le vote de la consultation populaire."

Brexit : l’adieu à la perfide Albion

Durant deux jours, le Sommet européen de cette fin de semaine évoquera le Brexit, l’éventuel retrait de la Grande-Bretagne de l’Union européenne.

Et précisément, le gouvernement wallon a émis des critiques à l’égard de la Grande Île: "Nous avons notre mot à dire. J’espère que le Premier ministre, fils de Louis Michel, grand Européen, défendra la ligne traditionnelle de la Belgique des grands idéaux européens. Il faut dire aux Britanniques: 'Nous sommes contents que vous soyez là, mais si vous n’êtes pas heureux, on ne vous retient pas'. Les Britanniques ne peuvent pas, demain, supprimer ceci ou cela, refuser la finalité fédéraliste et se mêler de ce que font les membres de la zone euro alors qu’ils n’en font pas partie." Son analyse ne fait pas dans la dentelle: "Le seul qui a mis un bombe sous la chaise de David Cameron, c’est David Cameron. Personne ne lui demandait de faire un référendum. Qu’il l’assume."

Sa conclusion est encore plus tranchée: "La Grande-Bretagne n’a jamais été bien dans l’Europe. Elle n’a pas voulu de l’euro et elle n’a pas voulu s’unir à l’Europe contre la guerre en Irak, empêchant l’Europe d’exister sur le plan international."

Pour Paul Magnette, la Grande-Bretagne peut parfaitement quitter l’Union tout en restant dans l’Association européenne du libre-échange: "Ce n’est pas du 'tout ou rien'. Et cela vaut mieux que dégrader l’Europe."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK