Paul Magnette: "Je serai sur cette liste pour porter les valeurs du PS, je ne cherche pas un mandat"

L'information est tombée jeudi matin, Elio Di Rupo proposera Paul Magnette, bourgmestre actuel de Charleroi, lors du congrès des militants de mars prochain, pour occuper la tête de liste PS au Parlement européen. La campagne électorale est donc lancée. 

"C'est une discussion qu'on a eu en interne. C'est important qu'on mène une vraie campagne collective, une vraie campagne de projet, sur les valeurs, que tout le monde soit aligné. J'ai donc accepté de jouer à la fois le rôle de porte-parole du PS et si les militants l'acceptent, bien entendu, d'être tête de liste pour les élections européennes. Tout en précisant que, et je l'ai dit avant les élections communales, si j'étais réélu bourgmestre, je serais uniquement bourgmestre. J'ai été réélu, donc je reste bourgmestre. Je serai sur cette liste pour porter les valeurs du parti socialiste, mais je ne cherche pas un mandat."

Effectivement, il est impossible de combiner un poste de député européen avec celui de bourgmestre d'une ville de plus de 50.000 habitants. Et il ne compte pas abandonner les carolos. 

Nous voulons absolument une rupture avec ce gouvernement MR/N-VA

"Je suis favorable au décumul. Même si la règle ne l'imposait pas, je ne prendrais pas de mandat parlementaire. Mais, comme c'est une campagne extrêmement importante qui va dessiner le paysage politique pour les 5 prochaines années et que nous voulons absolument une rupture avec ce gouvernement MR/N-VA, et bien je veux être partie prenante à cette campagne."

"Incarner une autre politique économique et sociale"

La semaine dernière, Elio di Rupo annonçait sa candidature comme tête de liste à la Chambre au Parlement fédéral. Une façon de se répartir les rôles. "On a voulu faire une campagne collégiale. L'avantage des élections européennes c'est que ça me permettra de mener campagne avec tout le monde. Et donc une campagne collégiale où on ne met une personne ou les personnes en avant, mais vraiment nos valeurs et notre projet. On veut vraiment pouvoir montrer qu'une autre politique est possible que celle que le MR et la N-VA mènent aujourd'hui."

Une "politique de régression sociale", selon lui, "d'une injustice crasse". "Une étude de la KUL l'a bien montré, c'est les 30% des revenus les plus élevés qui profitent des mesures du gouvernement. Et les 20%, qui sont déjà ceux qui ont le plus de mal, les plus bas revenus, sont les victimes de ces mesures. Et c'est économiquement inefficace. Pourquoi sommes-nous le seul pays d'Europe qui crée moins d'emplois que la moyenne ? Pourquoi sommes-nous le seul pays où le pouvoir d'achat n'a pas progressé ? A cause des choix de ce gouvernement MR/N-VA. Une autre politique économique et sociale est possible et on veut l'incarner."

Dénoncer les "propos scandaleux" de la N-VA

Futur porte-parole du PS, ce qui signifie donc sillonner la Belgique entière, la Flandre aussi, pour débattre... et se préparer à la présidence du parti ?  

"Je serai candidat le moment venu, mais la première période c'est la campagne. Je suis tout à fait disposé à aller aussi en Flandre. J'avais mené un débat contre Bart De Wever lors de la dernière campagne électorale. Je suis prêt à le refaire. Je pense que c'est aussi important que les flamands entendent la voix des francophones et que là où en Flandre, personne ne se fait entendre pour dénoncer les propos scandaleux de la N-VA, et bien si c'est aux francophones de le faire, je suis prêt à le faire."

Et Paul Magnette souhaite donc emmener cette campagne contre le gouvernement. Un gouvernement en crise suite au refus de la N-VA de signer l'accord de l'ONU sur la migration. Pour rappel, la commission des Relations extérieures a approuvé mercredi une proposition de résolution par laquelle le Parlement exprime son soutien au Pacte des Nations unies pour une migration sûre, ordonnée et régulière.


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"Ce gouvernement n'existe plus politiquement"

"On ne veut pas sa chute pour le plaisir de vouloir sa chute, il est déjà politiquement mort. Constitutionnellement on est dans un espèce d'acharnement thérapeutique pour que le gouvernement ne tombe pas. Mais politiquement, à partir du moment où la N-VA interdit au Premier ministre de valider un accord qu'ils ont pris ensemble, il n'y a plus de gouvernement."

Même si, selon lui, "l'entourloupe du Parlement hier permet au Premier ministre d'aller à Marrakech". Mais il insiste : "S'il y va en disant 'je ne représente pas le gouvernement', c'est le comble du surréalisme politique. C'est une démonstration de plus du pouvoir exorbitant de la N-VA sur cette majorité, qui a imposé tous ses choix depuis quatre ans, et de la nécessité pour nous de le renverser dans les formes. Je préfère que l'électeur se prononce le moment venu, la date venue et que les citoyens puissent choisir".

Il considère que "s'il faut des élections anticipées, il faut, mais nous ne sommes pas demandeurs. Le gouvernement est déjà en affaires courantes, ce que je préfère car au moins il ne fait rien de mal. Il l'est politiquement à partir du moment où le parti principal de la majorité paralyse le premier ministre. Ce gouvernement n'existe plus politiquement. Au moins ça permettra qu'il ne prenne plus de décisions nuisibles".

"Nous voulons un pacte sans réserve"

Le PS, de son côté, s'est abstenu hier lors de la Commission. "La proposition déposée disait 'on soutient le pacte avec des réserves et on veut prendre contact avec d'autres pays qui ont des réticences'. Nous on veut un pacte sans réserve. D'ailleurs cet après-midi en séance plénière, si le Premier ministre nous garantit que le pacte sera soutenu, nous voteront évidemment la résolution. Nous y sommes favorables."

Ce sera en tout cas une "situation inédite", explique Paul Magnette, "où un ministre retourne à une réunion des Nations unies et dit : 'Je vous dépose la résolution d'un Parlement, j'ai été obligé de faire appel à l'opposition pour sauver l'honneur de la Belgique, mais moi je ne représente pas le gouvernement'. On est dans l'absurdité politique la plus complète. Ça n'a aucun sens politiquement".

"Il faut que cela cesse", dit-il, mais faut-il pour cela un cordon sanitaire clair et précis autour de la N-VA ? "Je ne vois aucun cas de figure dans lequel nous, PS, on pourrait travailler avec la N-VA. Toutes les lignes rouges ont été franchies. Ils ont joué avec la limite, mais là, quand on s'attaque aux instruments internationaux de protection des droits de l'homme et que l'on fait une campagne anti-immigration digne de la pire extrême droite européenne, il n'y a plus de différence entre la N-VA et la Vlaams Belang. On doit refuser de collaborer avec la N-VA comme on refuse de collaborer avec le Vlaams Belang."

Il insiste, "il y a des tas d'alternatives". "Ce n'est pas parce que la N-VA est un gros parti en Flandre qu'elle est incontournable. Il y a une majorité possible de centre gauche, de tripartite traditionnelle. Il a des choix possibles qui permettent de mettre la N-VA en dehors du gouvernement."

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