Le Premier ministre Elio Di Rupo rappelle Paul Magnette à l'ordre

Le Premier ministre estime qu'il est dans l'intérêt de notre pays de maintenir de bonnes relations avec l'Europe
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Le Premier ministre estime qu'il est dans l'intérêt de notre pays de maintenir de bonnes relations avec l'Europe - © Belga

Dans Matin Première, Paul Magnette a tiré à boulets rouges sur la Commission européenne qui "prépare 15 ans de récession pour l'Europe". Cet après-midi à la Chambre, le Premier ministre le désavoue et estime que son ministre PS n'a pas donné le point de vue du gouvernement fédéral. Elio Di Rupo se pose en chef de gouvernement.

"La Belgique a une longue tradition pro-européenne et c'est de notre intérêt de la maintenir. Chacun peut avoir son point de vue mais l'Europe reste notre base commune", a affirmé le Premier ministre. 

Il a insisté sur le fait que la Commission agit dans le respect des compétences qui lui ont été attribuées par les Etats membres.

Elio Di Rupo se distancie de Paul Magnette et réagit aux critiques de l'opposition N-VA mais aussi des partenaires gouvernementaux libéraux après les déclarations du ministre PS Paul Magnette à propos des exigences de l'Europe en matière budgétaire.

Paul Magnette fait de la résistance

Paul Magnette craint que la Commission européenne prépare 15 ans de récession pour l'Europe. "D'un côté, nous avons souscrit des engagements qu'il faut respecter. Mais d'un autre côté, ça ne doit pas nous empêcher à tenir un discours critique à l'égard de la Commission", tempère Paul Magnette. "Une Commission de droite, ultra-libérale", juge le ministre des Entreprises Publiques, de la Politique Scientifique et de la Coopération au Développement, chargé des grandes Villes.

Pour lui, c'est clairement la Commission européenne qui est en cause. "Qui est en train de faire l'analyse de nos budgets et de nous donner des bons ou des mauvais points ? C'est la Commission européenne !" C'est donc normal qu'elle soit dans le collimateur, estime-t-il.

Cependant, Paul Magnette refuse de devenir eurosceptique pour autant et assure rester très attaché à l'Europe. "Mais le tour que l'Europe et la Commission européenne est en train de prendre est une mauvaise orientation", juge le ministre. "Il faut que la Commission ouvre les yeux, qu'elle enlève ses œillères néo-libérales et qu'elle ait une vision pragmatique de l'économie européenne". 

"Facile de critiquer l'arbitre", répond la Commission

Suite à ces déclarations, la réaction de la Commission n'a pas tardé. Le porte-parole du Commissaire européen Olli Rehn a voulu relativiser : "Dans les périodes difficiles, il est toujours facile de critiquer l'arbitre, et c'est aussi rentable pour un politicien", a déclaré Amadeu Altafaj.

Il a rappelé que les règles budgétaires strictes critiquées dans certains Etats membres avaient été approuvées par ces derniers. "Les 3% (le seuil de déficit budgétaire admis), ce n'est donc pas un diktat de la Commission européenne", a-t-il fait remarquer.

Le porte-parole conteste aussi que cette institution soit devenue un bastion ultralibéral. "La Commission européenne n'est pas néo-libérale, socialiste ou écologiste. Nous avons des hommes politiques de tous les partis". 

Paul Magnette est "à côté de la plaque", estime l'Open Vld

"La voie suivie par la Commission européenne est la seule qui nous sortira de la crise économique. C'est pour cette raison que le gouvernement, malgré les frustrations du ministre, doit suivre cette voie de manière stricte, accomplir des réformes profondes et mener une politique budgétaire saine qui met l'accent sur les économies. Cela a d'ailleurs été convenu expressément dans l'accord de gouvernement", ont déclaré le président des libéraux flamands, Alexander De Croo, et le député européen Philippe De Backer. 

Au lieu de combattre la Commission, le PS devrait collaborer de manière constructive et laisser de côté "l'euroscepticisme populiste", a ajouté le député dans un communiqué. Dans l'opposition flamande, la N-VA a aussi fustigé les déclarations de Paul Magnette. "La politique économique du PS a mené à une récession de 50 ans en Wallonie. Et, depuis son cimetière économique, ce parti continue à donner des leçons à la Flandre et à l'Europe", a écrit le député Siegfried Bracke sur son blog. Le ministre PS a dénoncé jeudi dans les médias la politique ultralibérale que menait selon lui la Commission européenne et dit craindre que celle-ci ne prépare une récession pour les quinze ans à venir. 

Se cacher derrière la Commission pour faire passer des réformes de droite

Le vice-premier ministre CD&V, Steven Vanackere, n'a pas non plus apprécié les propos de son collègue du PS. Il l'a appelé à plus réfléchir quand il s'exprime sur l'Europe. "Il ne faut pas insinuer que ce sont des gens qui ne sont pas bien intentionnés", a-t-il indiqué avant d'insister sur la tradition pro-europénne qui caractérisait la Belgique. "La Belgique a une longue tradition de pensée pro-européenne. C'est dans l'intérêt de notre pays de continuer". 

"Stupide et arrogant", pour la N-VA

Quant à Bart De Wever, il juge le discours de Paul Magnette "Vraiment stupide et arrogant". "L'arrogance du PS qui pense que toute l'Europe est dans l'erreur est en fin de compte inacceptable. Ce n'est pas avec des insultes qu'on va s'en sortir", a ajouté le patron des nationalistes flamands. Pour Bart De Wever, l'exécutif européen a toutes les raisons de pointer du doigt la Belgique. Il a encore dit espérer que "l'Europe maintiendra la pression sur Di Rupo (...) et que l'appel à des réformes sera suffisamment fort pour que personne ne puisse l'ignorer".

L'analyse d'Ecolo: "le clignotant Magnette à gauche, le volant Di Rupo à droite

Jacky Morael a interpellé cet après-midi en séance plénière le Premier ministre sur la position de la Belgique. Pour le chef de groupe Ecolo au Sénat, la réponse d'Elio Di Rupo, "empreinte de résignation, a non seulement été très décevante mais aussi profondément inquiétante tant les projets européens risquent de mettre à mal l'autonomie des Etats dans leurs choix de relance économique". 

Ecolo prédit que l'étape suivante sera l'imposition d'une règle d'or en matière budgétaire aux Etats membres inscrite dans leur constitution. En clair, il s'agirait d'obliger l'équilibre budgétaire sans que les investissements ne soient immunisés dans les calculs de déficit.

Le gel des dépenses ? Pour faire plaisir à la Commission

Le nord du pays estime que les socialistes prennent la question avec trop de légèreté. "Dans la politique flamande, il y a plus de respect spontané pour les grandes institution non politiques, des grandes références 'sacrées'", relève l'invité de Bertrand Henne. Et le socialiste tire à boulets rouges: "Pour le reste, il y a beaucoup d'hommes politiques flamands qui se cachent derrière la Commission pour faire passer des réformes de droite sans l'assumer". 

Paul Magnette en appelle donc à tenir les engagements vis-à-vis de la Commission. Mais il en appelle aussi à lui "tenir tête", à l'image des "grands États". Sans quoi, "nous allons laisser déraper l'Europe dans un sens ultra-libéral et que nous allons préparer le divorce entre l'Europe et l'opinion publique", assure-t-il dans le studio de Matin Première.

A propos du budget en tant que tel, on sait désormais que la croissance a été revue à la baisse. Va-t-il falloir prendre des mesures rapidement, à l'image du gel de plus d'un milliard de dépenses ? Paul Magnette est formel : le provisoire ne va pas devenir du définitif. "Ce qu'on a gelé, c'est une mesure purement technique. C'est une mesure un peu absurde". Mais c'était une volonté de la Commission, "et si ça vous fait plaisir, on va le faire", ironise-t-il.

Entreprises publiques : "Gagner 80 fois plus que son employé, ce n'est pas décent"

Après le salaires des ministres, la question de celui des parlementaires est à présent au coeur des débats. Mais Paul Magnette ne veut pas s'arrêter là et souhaite également réduire le salaire des patrons des grandes entreprises publiques : Belgacom, bpost, Dexia, etc.

"Ils gagnent trop, selon des formules salariales qui ne sont pas saines", des formules qui ne sont plus de cette époque, juge le ministre des Entreprises publiques. "Gagner 60 à 80 fois plus que ce que gagnent leurs employés, ce n'est pas décent, ni compréhensible", assène-t-il. Il faut, selon lui, en revenir au bon sens, "à la gestion raisonnable".

RTBF

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