Paul Dujardin (Bozar): "Bruxelles n'est pas sexy"

Paul Dujardin (Bozar): "1000 hommes politiques à Bruxelles! Je ne sais plus à qui m'adresser!"
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Paul Dujardin (Bozar): "1000 hommes politiques à Bruxelles! Je ne sais plus à qui m'adresser!" - © Tous droits réservés

Paul Dujardin, le directeur général de Bozar a réussi un exploit cette semaine en invitant le président américain Barack Obama à prononcer son discours dans le Palais des Beaux Arts de Bruxelles. Il est l'invité du Grand Oral RTBF-Le Soir. Il vient d'être renouvelé pour un troisième mandat, avec un leitmotiv faisant de la culture, ce softpower qui peut lutter contre la montée des extrémismes et des populismes en Europe.

En Belgique, le risque de populisme vient -il de la N-VA ?. "Il y a un risque de populisme à un moment donné quand la complexité de l'Etat n'est plus compréhensible pour le citoyen dans la rue."

Et c'est là qu'on est aujourd'hui pour vous ? Il y a un vrai problème de complexité, il faudrait aller plus loin dans la rationalisation des structures ? "Je pense qu'on manque de nouveau d'un élément de pédagogie. Il y a un gap fondamental entre le monde politique et la société civile, je dirais. C'est une réalité. Regardez l'éclatement du monde politique belge, avoir une région bruxelloise avec 1000 élus. Moi, je ne sais plus honnêtement moi-même, dans ma nation, à qui je dois parler. Il y en a tellement !"

Eric Domb, le patron de Pairi Daïza attaque le subventionnement du zoo d'Anvers. Trouvez-vous que c'est une erreur d'attaquer l'autre communauté, l'autre région ? "Je trouve personnellement une très grande erreur. Parce que c'est l'erreur que Bert Anciaux a fait tout le temps du côté flamand comme ministre flamand. Il disait tout le temps, quand il a fait l'ouverture pour donner un exemple, de l'opéra d'Anvers, il a dit 'La Monnaie a le double de subsides de l'Opéra de Flandre'. Ils font la même chose. Ils jouent même sur deux salles, Anvers et Gand."

C'est toujours une mauvaise tactique de regarder. parce que par ailleurs il y a des firmes flamandes qui pourraient renoncer à aller à Pairi Daiza, etc ? "Je trouve personnellement qu'on ne discute. Ce type de dossier, je trouve ça toujours très délicat. On récupère toujours l'élément de confrontation et d'une communication très négative." Vous, vous ne dites pas "La Monnaie a plus que moi "? "Si je commence à faire cette communication-là, on est perdant. On est tout à fait perdant. C'est ce qu'il ne faut pas faire."

La culture en Belgique n'a pas assez de moyens? "Si les gens viennent à Bozar, c'est grâce à Bruxelles, à la Belgique et aux deux communautés. Et les acteurs culturels arrivent à faire aussi bien, malgré les moyens limités et les institutions fragiles, que les Allemands ou que les Français ou les autres. On a une plateforme extraordinaire qui attire mais Je ne sais pas comment, Bruxelles n'est pas très sexy. Pourquoi Michelle Obama n'est pas venue ? Parce qu'elle ne va pas faire du shopping à Bruxelles. Elle préfère aller à Rome, à Paris ou ailleurs. C'est un message à Bruxelles. On le sait, on a une qualité bruxelloise de "brains" grâce aux "civil servants", aux journalistes, aux diplomates, etc. Et ces 200.000 personnes sont à Bruxelles mais on a toujours la perception que cette ville est mal organisée, qu'elle est un peu crado, que le shopping n'est pas les Champs Elysées, ce n'est pas la Rue Montaigne, etc. Et c'est vrai, c'est un problème de perception. Espérons que le nouveau maire de Bruxelles fera de cette ville avec ces avenues centrales, de nouveau un projet de vie économique, culturelle et touristique."

Quel conseil pouvez-vous donner, vous, fils de boucher, pour faire sienne cette culture qui parait tellement hors de portée ? "Ce sera le grand défi des élections. Les parents, moi, nous devons raconter cette histoire à nos enfants. C'est qu'Obama a voulu faire, c'est la même chose pour Juncker, pour Schultz ou Verhofstadt: raconter l'histoire non pas seulement par des statistiques mais utiliser les artistes dans leur histoire. Les histoires de la migration, de la crise financière, de la solidarité, du vieillissement à travers "Amour" de Haneke, à travers "Rosetta" des Dardenne, à travers tous les médias. Et alors, l'élite, politique et autre, fera son travail à travers ces médiums politiques et scientifiques. On ne doit pas avoir un nouveau narratif. Les narratifs d'Europe sont là, il faut seulement les remontrer, d'abord par l'école, l'enseignement et on doit créer un nouveau paradigme. Il faut, comme Al Gore et d'autres l'ont dit, créer une nouvelle éthique pour le monde."

B. Delvaux

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