Paul De Grauwe: sans gouvernement, la Belgique est pénalisée

Paul De Grauwe
Paul De Grauwe - © RTBF

L'économiste Paul De Grauwe était l'invité de Matin première ce lundi. Au micro d'Arnaud Ruyssen, il a rappelé à quel point la crise politique que connaît la Belgique était pénalisante pour son économie. Il a également émis des doutes sur la capacité des partis à former un gouvernement.

La Belgique risque de voir sa (bonne) situation financière se détériorer si la crise politique se prolonge. C'est en substance le message que Paul De Grauwe, professeur d'économie à l'université catholique de Louvain (KUL), a tenu à faire passer lors de l'émission matinale de la Première.
L'invité d'Arnaud Ruyssen a expliqué, sans catastrophisme mais sans minimisation de la gravité de la situation, les risques qui pesaient sur notre pays à quelques jours du premier anniversaire du gouvernement d'affaires courantes.

"Le doute existentiel" concernant la Belgique dissuade les investisseurs

Pour l'ancien sénateur, le problème politique constitue un mauvais signal aux acteurs économiques internationaux. Or, "le gouvernement belge doit fréquemment placer de nouvelles obligations" et dès lors "attirer les investisseurs étrangers". 
Pour ce faire, Paul De Grauwe précise qu'il faut faire passer le message que les obligations à 10 ans qui sont achetées aujourd'hui sont bien émises par un pays qui existera toujours au moment où ces titres seront arrivés à terme. 
"Quand le doute devient un doute existentiel" concernant le pays émetteurs d'obligations, l'effet est désastreux sur l'investisseur étranger, développe l'ancien mandataire libéral flamand. Ledit investisseur ne sera alors prêt à acheter des titres perçus comme risqués qu'à condition d'en obtenir des taux très élevés. 
En conclusion, "la Belgique risque quelque-chose si la crise politique se prolonge". Le seul moyen de couper court à ce risque étant évidemment de se montrer capable de former un gouvernement.

Les analyses des agences jugées "superficielles" 

Pour Paul De Grauwe, les agences de notation ne sont pas les analystes les mieux placés pour juger des risques économiques que court la Belgique.
En effet, d'après lui, avant la crise, il régnait dans le chef de ces agences une certaine euphorie, les empêchant de percevoir les risques. A contrario, depuis la crise, les mêmes agences ont tendance à ne plus voir que les risques. "Et leurs analyses sont bien souvent superficielles", juge l'économiste. Pourtant, elles ont "des conséquences fondamentales", reconnaît-il. 
Il est donc indispensable de les rassurer. Le seul moyen de le faire est, là encore, de se montrer "capable d'installer un gouvernement" de plein exercice. "Mais si un doute s'installe sur notre capacité à le faire", là le risque que la crise politique induise une crise économique existe.
Un risque que cet analyste juge élevé, faisant part de ses "doutes" concernant la capacité des partis à faire aboutir les négociations gouvernementales. "Même si je ne suis pas analyste politique", tempère-t-il.

Le pétrole cher? "Une bonne chose à long terme"

En économiste académique qu'il est, Paul De Grauwe a une analyse en deux temps concernant la hausse du prix des hydrocarbures. D'après lui, il faut distinguer le court terme du long terme pour prendre la mesure des conséquences de cette augmentation. A court terme, un pétrole cher plombe indéniablement l'économie et la croissance, concède-t-il. Mais à long terme, "des prix pétroliers plus élevés induisent toute une série d'ajustements" économiques salutaires, avance le professeur de la KUL.

L'Europe mieux préparée que les Etats-Unis à l'après pétrole

En effet, cette hausse des prix favoriserait, selon lui, le développement de substituts à une énergie polluante et non renouvelable. Notre invité précise en outre que "les effets négatifs de l’emploi de cette énergie sont tels qu’il faut tout faire pour en diminuer la consommation" et "pour que nos enfants aient un environnement de qualité et des ressources d'énergie viables". 
De ce point de vue, aujourd'hui, "le pétrole est trop bon marché", considère-t-il.
De plus, étant donné la pression des pays asiatiques émergents sur les marchés pétroliers, il faut "se préparer à payer le pétrole beaucoup plus cher" encore à l'avenir. Enfin et surtout, la fin du pétrole est inéluctable, rappelle l'ancien parlementaire.
La transition énergétique qui doit s'opérer de ce fait, peut être perçue comme "une opportunité pour l'Europe", juge Paul De Grauwe. 
Les Européens seraient en effet mieux préparés que les Etats-Unis à l'après pétrole, de par leur tradition de fiscalité sur les produits pétroliers et leur avance dans la recherche, notamment sur les véhicules plus efficaces en termes de consommation.
 
Julien Vlassenbroek 


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