"Patrons et syndicats pourraient assez facilement se mettre d'accord"

Selon la CSC, "on n'a jamais vu une telle mobilisation depuis 20 ans" dans la capitale lors de la grève tournante de ce lundi. Reste que si la mobilisation était au rendez-vous, la grève reste "un constat d’échec de la concertation", relève Bernard Delvaux qui préfère ne pas désigner de responsable de cet échec. Car "très souvent quand il y a échec, la responsabilité en est partagée", déclare-t-il avec calme. Cependant, s'il ne jette la pierre à personne en particulier, il appelle chacun à prendre ses responsabilités.

"Si on se bat dans la rue aujourd’hui, si on manifeste, ou si on réforme au niveau des gouvernements, il faut que l’on garde à l'esprit qu’il y a un vrai sentiment d’urgence, qu’on le fasse pour arriver à quelque-chose", autrement dit que l'on oublie pas l'objectif en ligne de mire: redresser l'économie et créer de l'emploi.

Et selon lui, la concertation est une non seulement encore tout à fait praticable mais permettra justement de prendre conscience qu'il y a finalement plus d'intérêts communs que de points de divergences entre employeurs et travailleurs. "Bien sûr que j'arrive à discuter avec les syndicats. Au niveau de l'entreprise très certainement mais même en dehors, nous constatons le plus souvent que nous avons les mêmes objectifs, à savoir la croissance et l’emploi", indique le CEO.

Dès lors, précise-t-il, "en discutant autant avec des patrons qu'avec des leaders syndicaux, il apparaît qu’on pourrait assez facilement se mettre d’accord sur un panier de mesures équilibrées, qui ne seraient agréables pour personne mais qui pourrait être considérées comme équitables par tout le monde".

"L'emploi, ça s'attire"

"L’emploi ça ne se décrète pas, cela s’attire", a résumé cet ancien de Belgacom. Dès lors, les questions qui se posent selon lui, sont "comment on fait pour baisser le coût du travail et de l’énergie, pour augmenter notre niveau de formation, etc. Pour attirer les investisseurs en Belgique?". Et s'il (ex)pose les questions, c'est qu'il a déjà une idée des réponses qu'il faudrait y apporter.

"Pour les mesures à prendre, il faut sortir du schéma actuel où l’on prend des mesures ponctuelles", estime-t-il. "Nous avons besoin d’un panier d’actions qui vont avoir des effets sur plusieurs années et pouvoir donner une perspective au citoyen sur trois ans, sur cinq ans, sans quoi, on crée de l’anxiété et donc un blocage".

Réindustrialisation

Et parmi les mesures structurelles prônées par ce grand patron, il y a, sans surprise, la réduction des charges sociales. 

Son calcul est simple: "si vous réduisez les charges sociales massivement, sur 20% des emplois en Belgique, cela coûte à l’Etat de 7 à 8 milliards d'euros par an. Cet argent peut être récupéré ailleurs, par exemple, dans une mise à plat des aides à l’emploi qui représentent 11 milliards par an, soit presque totalité de l’impôt des sociétés. Il faut remettre ça à plat et redistribuer cela autrement et beaucoup plus vers les entreprises publiques que vers des Asbl ou des services publics".

L'invité de Bertrand Henne ne précise cependant pas comment ces asbl et services publics sont censés faire pour continuer à fonctionner et assurer le rôle sociétal bien souvent essentiel qui est le leur. 

Autre piste lancée par le CEO, qui rejoint la première, économiser (encore) sur les services publics. En cela, le gouvernement Michel a déjà, dans la foulée du gouvernement Di Rupo, prévu des économies très importantes, notamment en ce qui concerne la SNCB.

Enfin, Bernard Delvaux préconise un "tax shift", soit un transfert, "de la charge fiscale sur le travail vers d’autres types de revenus".

Mais vers quels revenus doit dès lors s'orienter la fiscalité? Pas vers le capital en tout cas. "Je ne pense pas qu’il faille taxer le capital car pratiquement, c’est difficile". La facilité avec laquelle le capital franchit les frontières et risque donc d'échapper au percepteur est en effet un élément qui ne peut être ignoré. Bien qu'il ne soit pas impossible de légiférer en la matière. 

"Mais taxer les plus-values, en particulier si elles sont spéculatives; les revenus locatifs ou immobiliers lorsqu'ils font l’objet d’un business, revoir les taux réduits de TVA, etc", voilà autant de pistes qui lui semblent intéressantes de creuser pour pouvoir diminuer les charges patronales.

Une voie à suivre: les Etats-Unis

Y a-t-il dès lors un exemple à suivre afin de réformer notre pays? "Les Etats-Unis sont un très bon exemple", estime cet ancien dirigeant de La Poste. "Les Américains sont extrêmement cohérents, extrêmement disciplinés. Obama avait dit qu’il voulait ramener des emplois industriels sur le sol américain et ils sont en train de le faire, et très, très vite. Et ils le font en ayant des centres de décisions américains, en achetant américain, avec des salaires très compétitifs, parfois la moitié de ceux pratiqués en Belgique, ils le font avec l'avantage du gaz de schiste qu’ils sont en train d’exploiter d’une façon très efficace...". Bref, ce précédent inspire énormément le capitaine d'industrie. 

"Je crois que la détermination américaine est un magnifique exemple de ce que l'on pourrait réaliser au niveau européen. Il n’y a pas de fatalité", estime-t-il. Pas sûr cependant que le modèle américain, dont on connaît les écueils du modèle social et les difficultés à créer une couverture santé universelle un tant soit peu efficace (alors que la Belgique est un des pays les plus performants du monde en la matière), fasse autant rêver les organisations de défense des travailleurs.  

@julienvlass

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