Patrimoine belge: quand l'institutionnel complique tout

C'est l'une des particularités de la Belgique. De nombreuses compétences sont passées à la moulinette des réformes institutionnelles. C'est le cas de la gestion du patrimoine. "Il faut bien avoir à l’esprit que quand on parle de politique du patrimoine dans notre pays, la Wallonie, la Flandre et Bruxelles constituent 3 pays différents", explique Pierre-Yves Kairis, historien d'art à l'Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA), invité ce matin sur les ondes de La Première.  "Ça choque toujours mes collègues étrangers, mais le patrimoine en Wallonie et à Bruxelles, c’est totalement différent. La différence est importante en termes de moyens mais aussi de philosophie et de matières".

"Un des chefs d’œuvres du mille-feuille institutionnel"

La sixième réforme de l'Etat a, selon lui, compliqué davantage la préservation du patrimoine. "A Bruxelles, la sixième réforme de l’Etat a transféré la compétence mobilière, qui étaient jusque là du ressort des communautés, à la région. La Région bruxelloise a donc des compétences que les Régions flamandes et wallonnes n’ont pas". Plus absurde encore, "on a séparé le patrimoine mobilier et immobilier. Selon la loi spéciale des réformes institutionnelles, le patrimoine immobilier est du ressort des régions et le patrimoine mobilier est du ressort des communautés. Je ne vous dis pas la complexité que cela représente pour une gestion cohérente! C'est l'un des chefs d’œuvres du mille-feuille institutionnel", ironise l'historien d'art.

Et à ce petit jeu, c'est la Flandre qui s'en sort le mieux, même si la Wallonie semble accorder à nouveau un intérêt croissant à son patrimoine. "La Région wallonne a connu une belle période dans les années nonante, où le budget a été multiplié par 6. Depuis un an ou deux, on sent que les choses redeviennent positives, des budgets nouveaux ont été dégagés. En 2016, on parlait d’un budget de 100 millions d’euros supplémentaires sur 10 ans pour des bâtiments extrêmement importants. Il y a des restaurations en cours à la cathédrale de Namur, au Grand théâtre de Verviers, au château de Jehay. Maintenant, on a budget wallon qui est revenu au niveau des années 2000 et on peut espérer que cela améliorera la situation".

Palais de Justice de Bruxelles : l'exemple type de sous-financement

A côté de ce découpage entre Régions et Communauté, il ne faut cependant pas oublier qu'il reste la Régie des Bâtiments, le gestionnaire immobilier fédéral. Elle s'occupe notamment de la rénovation et de la restauration des bâtiments fédéraux. Problème: elle est sous-financée. "On n'en parle pas souvent, explique Pierre-Yves Kairis, mais quand un gouvernement doit faire des économies (et ça a été souvent le cas ces dernières années), on tend à faire des prélèvements qui touchent le moins possible les citoyens. La Régie des bâtiments constitue une proie facile dans ces cas là. Sauf qu’au bout du compte on arrive à une justice qui ne peut pas être rendue dans des conditions correcte ou des musées qui ont du mal à conserver dans les meilleurs conditions leurs collections". 

Pour Pierre-Yves Kairis, appeler le privé à la rescousse ne serait qu'une solution d'appoint. Quant à l'exemple français, il est difficilement transposable, étant donné que la France est un pays très centralisé, ce qui, on l'a compris, n'est pas du tout le cas de la Belgique. 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK