Patrick Dupriez: "Un vrai programme de sécurité sociale plutôt que faire payer les gens"

Ce lundi, la coalition fédérale a enfin présenté son budget ainsi que de nouvelles mesures devant le Parlement, lors d'une séance plutôt tendue voire même houleuse en fin de séance

Très tiraillé pendant les négociations budgétaires, le gouvernement Michel a finalement dépassé ses difficultés internes pour rendre sa copie à temps. Depuis les bancs de l'opposition, on n'est cependant pas d'humeur à saluer l'effort: "il a peut-être dépassé les difficultés de son gouvernement mais pas celles de son pays", commente froidement le co-président d'Ecolo Patrick Dupriez.

"On a un gouvernement qui est à la fois dans le déni et dans le faux semblant. Charles Michel a osé parler du taux de pauvreté et des plus de deux millions de Belges concernés, en disant ‘on en peut pas rester insensible’ mais que fait-il ? On est dans une situation où cette précarité augmente, où même ce qui est prévu dans l’accord de gouvernement contre la pauvreté n’est pas mis en œuvre", déplore l'élu wallon. "Le programme du gouvernement prévoyait d’augmenter les allocations minimum au niveau du seuil de pauvreté, or on n’est qu’à 77% de ce seuil, c’est beaucoup trop peu pour s’en sortir".

Zéro discours sur le défi du climat, sur la stratégie énergétique, sur les investissements…

Il dénonce en outre le petit bout de la lorgnette par lequel les questions ont été abordées selon lui: "zéro discours sur le défi du climat, sur la stratégie énergétique, sur les investissements…". "La Belgique est le dernier pays de l’Union européenne en termes d’investissements dans les infrastructures publiques. Or le FMI nous dit que chaque euro investi dans une infrastructure publique crée 1,5 euros d’activités économiques. Qu’attendons-nous pour investir?", demande l'une des deux têtes du parti vert.

Demande le co-président d’Ecolo qui explique avoir eu des difficultés pour rejoindre notre studio, son train depuis la région de Namur ayant été supprimé, "je vis ce que vivent des centaines de milliers de navetteurs quotidiennement".

Et ce n’est pas la promesse d’investissement d’un milliard du fédéral dans le rail qui semble de nature à rassurer l’écologiste à ce niveau. "Il y a une promesse mais on ne sait toujours pas où, quand, comment cet argent sera trouvé et rappelons que le gouvernement a commencé par diminuer de trois milliards le budget de la SNCB". Dès lors, même si ce milliard promis arrivait vraiment dans les caisses de la SNCB, "on resterait dans une perspective de diminution de moyens alors que le pays a besoin d’investissements massifs dans la mobilité".

Un système de sécurité sociale plus efficace et moins cher? Il faut juste avoir un vrai plan

L’essentiel des économies de ce budget sera effectué dans les soins de santé et la sécurité sociale. La coalition suédoise y pioche près d’un milliard d’euros (900 millions) mais sans que cela ne touche le patient promet l’équipe Michel. Sauf en ce qui concerne les antibiotiques.

"Je suis convaincu qu’on pourrait avoir un système de sécurité sociale plus efficace et moins cher. Il faut juste avoir un vrai plan, un vrai programme pour diminuer la consommation d’antibiotiques et non seulement on améliorera la santé mais en outre, on fera des économies", assure Patrick Dupriez. "Ici, on fait le contraire. Les familles les plus précarisées auront peut-être du mal à les payer mais globalement on n’aura pas diminué la consommation d’antibiotiques mais on aura fait payer plus aux citoyens."

"Ce alors que nous avons à Neder-over-Hembeek des chercheurs à la pointe mondiale qui développent une alternative aux antibiotiques: la phagothérapie. On pourrait se dire: ‘on va investir dans ce domaine-là, avec nos chercheurs, plutôt que de faire de la comptabilité", plaide l’invité de ce mardi.

Ce dernier rappelle enfin que selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé), un euro investi dans la santé environnementale (la diminution de la pollution) représente cinq euros d’économies dans les soins de santé. "Ça ce serait un vrai programme de sécurité sociale, écologique et d’investissement dans le futur, plutôt que de faire payer les économies aux gens".

C’est nous qui faisons les lois, pas les multinationales!

En ce qui concerne le fameux CETA (le traité de libre-échange avec le Canada), on sait que la Wallonie s’oppose toujours à la signature par la Belgique qui devait avoir lieu ce mardi.

Certes la petite Wallonie fait désormais figure de petit village d’Armorique résistant toute seule à un traité que toute l’Europe semble prête à signer. Mais le député wallon y trouve là plus une source de fierté qu’autre chose: "Il y a partout en Europe des millions de citoyens qui regarde la Wallonie avec une certaine fierté". Pourquoi? Selon Patrick Dupriez, "on a un parlement d’Europe qui a repris en main démocratiquement cet enjeu des traités de libre-échange ".

Certes mais il se retrouve totalement isolé, du coup. Le jeu en vaut la chandelle selon le Cinacien car l’enjeu du débat dépasserait celui du traité.

"L’enjeu c’est celui de la place de la démocratie dans la régulation du commerce international. Et les citoyens sont de plus en plus nombreux à se rendre compte qu’il y a un vrai problème, que les multinationales et les grands groupes financiers donnent le ton et deviennent finalement plus puissants que nos démocraties".

Dans ce contexte, il loue le fait que le Parlement wallon ait "repris la main". "C’est nous qui faisons les lois, pas les multinationales!", se félicite le député régional.

Paul Magnette doit rester ferme sur les principes votés au Parlement, estime l'écologiste, "c’est cela la démocratie" et on "doit pouvoir rouvrir un chapitre de négociations avec le Canada". Mais approuver ce traité tel quel aujourd’hui, signifierait que "les multinationales auront leur mot à dire sur la manière de légiférer"ce qui lui paraît inacceptable.

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