"Passer d'une Wallonie de l'assistanat à une Wallonie plus entreprenante": décodage de la déclaration

"Nous allons passer d'une Wallonie de l'assistanat à une Wallonie plus entreprenante". C'est une des phrases-clés, prononcée par le président du cdH Benoît Lutgen, lors de la présentation ce mardi de l'accord formé avec le MR pour une nouvelle majorité en Wallonie.

"C'est une phrase lourde de sens, analysait juste après cette présentation le politologue de l'UCL Pierre Vercauteren sur le plateau de l'édition spéciale du JT de la RTBF, mais cela montre à quel point Benoît Lutgen voulait aller au-delà d'un simple changement de majorité. Il était frappé par le fait que depuis une présence de décennies sans discontinuer du PS dans les entités fédérées, il y avait un certain nombre de scléroses qu'il fallait essayer de rompre d'une manière ou d'une autre. Et poussé sans doute par cette aile libérale de la majorité du cdH, l'entrepreneuriat va être une coloration très forte de ce nouveau gouvernement par rapport à la majorité précédente". 

Plus globalement, le politologue observait qu'il serait difficile de réaliser tout ce qui a été annoncé pendant ce qu'il reste de temps à cette nouvelle majorité: "C'est un programme très ambitieux, en particulier pour ce qui reste de législature, observe le politologue. Ils ont parlé de 24 mois, mais en réalité, il y a une seule année politiquement utile, après on va passer en période de nervosité préélectorale, avec les communale d'octobre 2018". 

Des mesures à long terme... au-delà de 2019?

"On peut donc considérer que ce programme peut être vu à moyen et à long terme, analyse-t-il. A moyen terme, prendre un maximum de mesures dans l'année politiquement utile, conserver les plus populaires pour la période de nervosité préélectorale, et peut-être que le MR et le cdH se projettent pour une série de mesures au-delà. On le voit quand Olivier Chastel dit qu'il faudra évaluer un série de mesures au-delà de 2019".

Certains changements demanderont en effet des majorités spéciales alors que cdH et MR n'ont la majorité que pour un seul siège. "Cela veut dire que la négociation devra être élargie. Il y a aussi des enjeux à tiroirs: pour l'emploi, par exemple, on touche aussi des compétences qui touchent la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cela veut dire que les négociations vont continuer avec Ecolo et DéFi pour voir dans quelle mesure la redistribution peut se faire". 

Comme prévu, de nombreuses mesures concernent la bonne gouvernance: "Ça va bouger dans les services publics, dans les structures parapubliques, au parlement et même dans les cabinets ministériels". Mais c'est un programme extrêmement ambitieux: auront-ils le temps de le mettre en oeuvre? Dans quelle mesure  les décisions prises pourront-elles déjà donner leur effet pour l'échéance électorale de 2019?"

Et ce d'autant qu'il faudra élargir la majorité pour certains changements constitutionnels comme la suppression de l'effet dévolutif de la case de tête, et la création d'une circonscription régionale pour toute la Wallonie: "Il faut voir dans quelle mesure cette majorité parviendra à trouver des partenaires pour voter ces mesures mais ça n'a rien d'incohérent: la suppression des provinces, on en parle depuis longtemps et ils ont pris des précautions oratoires, en précisant que les services seraient conservés".

Cadeaux et casting

Enfin, il y a des cadeaux aux Wallons: suppression de la télé-redevance, des mesures en ce qui concerne le précompte immobilier, les droits de succession. "Des mesures qui seront sans doute adoptées au plus près des échéances électorales" prophétise Pierre Vercauteren

Quant au casting du gouvernement wallon, il rappelle: "La clé réside au 16, rue de la Loi, chez Charles Michel" pour voir s'il accepte de "libérer" Willy Borsus comme ministre-président wallon. Par contre, on peut augurer que les prises paroles respectives d'Olivier Chastel et Benoît Lutgen laissent augurer une répartition des portefeuilles avec le budget, la fiscalité et les finances pour le MR et tout ce qui concerne l'associatif, le logement, l'environnement pour le cdH.

L'analyse du politologue Pierre Vercauteren en intégralité

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