"Pas mal de politiques flamands parlent un néerlandais douteux"

L’avocat flamand Vic Van Aelst, membre de la N-VA a récemment déclaré qu’il préférait être solidaire des Turcs que des Wallons, que les hommes politiques francophones "violaient" la langue des Flamands. Interrogé par Betrand Henne, l'écrivain flamand Geert Van Istendael répond à ces affirmations de N-VA que "depuis presque 10 ans, on entend des hommes et des femmes politiques francophones qui parlent un néerlandais plus ou moins bon. Certains le parlent mieux que d’autres, mais c’est plus une question de talent que d’efforts. Maintenant que le monde politique francophone se fait bilingue, ils commencent à protester. Alors qu’il y a eu un bilinguisme à sens unique presque à 100% pendant 150 ou 160 ans, maintenant ça change parce, dans une démocratie telle que la Belgique, le bilinguisme à sens unique est intenable. Il faut de l’égalité, quand même ! Maintenant que ça change ils (ndlr : les responsables de la N-VA) protestent ! C’est quoi ça ? Et je dois ajouter que la qualité du néerlandais dans le monde politique flamand est parfois très mauvaise. Pas mal de politique flamands parlent un néerlandais douteux, et c’est l’écrivain qui parlent".

"Ne parler flamand qu’aux animaux et aux domestiques"

Bart De Wever a aussi affirmé que la Belgique n'existait encore que "par la grâce des Flamands bilingues". Pour Geert Van Istendael, "historiquement parlant, c’est vrai. Quand on a introduit le bilinguisme en Belgique à la fin du  19ème siècle, il y a eu des protestations parce que les députés francophones disaient qu’on ne comprendrait jamais ce ‘patois’, avec un certain mépris et une condescendance. Quand j’étais jeune, c’était encore le cas. J’ai vécu et étudié à Louvain dans les années 1960, la condescendance y était atroce : j’ai été traité de ‘sale Flamand’, on disait ne parler flamand ‘qu’aux animaux et aux domestiques’. Ce genre de propos est inacceptable dans une démocratie. Mais maintenant, ça change et il faut être joyeux et content que ça change. Les francophones ont enfin compris et, apparemment, les Flamands commencent à ne plus comprendre que les francophones ont compris".

Geert Van Istendael tient à dire que, à la différence du Vlaams Belang, "la N-VA n’est pas un parti raciste". Mais, selon lui, le parti de Bart De Wever "doit cesser de parler au nom de la majorité des Flamands ; ils ont 27 ou 28%" des voix en Flandre. "Ce n’est pas la majorité, loin de là. Quant à dire que Vic Van Aelst dirait tout haut ce que tout les Flamands pensent tout bas, ce n’est simplement pas vrai, même au sein de la N-VA".

Complexe d’infériorité historique des Flamands

Geert Van Istendael admet le caractère "revanchard au niveau historique" dans l’attitude de la N-VA : "Je crois que les francophones feraient bien de ne pas sous-estimer le complexe d’infériorité historique des Flamands. La génération de Bart De Wever n’a jamais subi les petites humiliations quotidiennes que j’ai endurées. Mais il ne faut pas nourrir sa rancœur. Dans l’inconscient collectif flamand actuel, il y a toujours ce complexe d’infériorité historique. De leur côté, les Flamands sous-estiment le complexe d’infériorité des francophones ou des Wallons, vu le déclin wallon et le déclin de l’hégémonie totale des francophones dans ce pays, aux niveaux économique, politique ou culturel".

Selon l’analyse de Geert Van Istendael, chacune des communautés souffre d’un complexe d’infériorité en Belgique : "Les Flamands, qui sont depuis toujours la majorité numérique, se comportent comme une minorité. Les francophones étaient au niveau du pouvoir la majorité mais, en fait, une minorité numérique. Et il reste nos braves concitoyens germanophones : peut-être n’ont-ils pas de complexe d’infériorité ? Je ne sais pas".

A.L. avec B. Henne

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