"Pas le moment", "difficilement réalisable" : l'autorisation des visites dans les maisons de repos fait débat

Le Conseil national de sécurité qui s’est réuni ce mercredi après-midi a décidé d’autoriser, sous strictes conditions, une visite par semaine dans les maisons de repos et dans les institutions pour personnes handicapées. Une mesure qui suscite "beaucoup d’incompréhension et de grosses interrogations question timing" du côté du cdH.

"L’urgence, aujourd’hui, dans les maisons de repos, c’est de retrouver la maîtrise de l’épidémie. Or, on nous annonce la possibilité de visites dès lundi prochain, une mesure pour laquelle il va falloir mettre en place tout un mécanisme afin d’assurer la sécurité de tous", a pointé François Desquesnes, le chef de groupe des humanistes au Parlement de Wallonie.


►►► À lire aussi : Des décès dus au coronavirus "surévalués" dans les maisons de repos ?


"Nous comprenons bien la dimension humaine de cette mesure mais pour l’instant, les maisons de repos sont seulement en train de s’organiser pour faire face à la maladie. Ce n’est pas le moment d’en rajouter", a-t-il poursuivi.

"Depuis cette annonce, nous sommes assaillis de questions de la part de gens de terrain. Nous ferons remonter ces interrogations à la ministre wallonne de la Santé", Christie Morreale, demain/jeudi au cours de la première réunion de la commission spéciale du parlement régional consacrée au coronavirus, a enfin assuré François Desquesnes.

Des visites "humainement compréhensibles", mais "risquées en pratique"

Le président de fédération des maisons de repos (Femarbel), Marc Verbruggen, a jugé pour sa part que la décision du fédéral était "risquée" alors que le secteur fait face à un manque de moyens ainsi qu’à un risque élevé de propagation du virus. La décision est toutefois "humainement compréhensible", selon l’organisation.

"Cette annonce est difficilement réalisable", juge le président. Le personnel, les résidents et les visiteurs des centres de soins doivent être protégés, insiste Femarbel.

"Alors que les maisons de repos travaillent déjà en effectif réduit, que l’armée est chargée d’intervenir… Comment serons-nous en mesure de garantir que le virus ne se propage pas depuis la maison de repos vers les familles des visiteurs et inversement ? Il aurait été nécessaire que des mesures strictes soient mises en application avant d’annoncer l’ouverture aux visiteurs", ajoute Marc Verbruggen.

Pour la fédération, le personnel qui est déjà surchargé, le sera encore plus en devant, en outre, gérer ces visites. Par ailleurs, l’organisation regrette que ni les fédérations du secteur, ni les ministres régionaux n’aient été consultés dans le cadre de cette décision.

"Incompréhensible" en Flandre

De son côté, la coupole flamande d’hôpitaux et organisations de soins Zorgnet-Icuro a jugé la décision "incompréhensible". L’organisation conseille aux centres de soin de ne pas appliquer la mesure et, jusqu’à ce que la situation se soit stabilisée, de ne pas autoriser les visites.

Le ministre flamand du Bien-être, Wouter Beke, s’est déjà prononcé pour un report en Flandre de cette mesure afin de bien la préparer en concertation et de l’appliquer de "manière réfléchie".

A Bruxelles, "la mise en œuvre interviendra plus tard"

La mise en œuvre de la reprise des visites dans les maisons de repos, annoncée mercredi à l’issue du conseil national de sécurité, sera "concertée avec les actrices et acteurs de terrain, au plus vite", a assuré le ministre bruxellois de la Santé, Alain Maron, sur Twitter. "Écoute et souplesse seront de rigueur", a-t-il assuré.

"La reprise de visites (à des conditions très strictes) dans les maisons de repos va rendre de l’espoir et de la vie à nombre de résidents", a ajouté le ministre bruxellois.

Interrogé par l’agence Belga, Alain Maron a précisé qu’un arrêté serait pris dans ce sens, d’ici lundi. "Mais la mise en œuvre interviendra plus tard", a-t-il ajouté, insistant sur la concertation qui sera menée à ce propos avec le secteur et avec les entités fédérées concernées.

Une possibilité, pas une obligation

Ces visites dans les maisons de repos sont une possibilité, pas une obligation, a souligné la Première ministre Sophie Wilmès lors du journal parlé de la chaîne VTM.

Le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA), présent aussi dans le studio, a reconnu que la décision de reprise des visites, une personne à la fois par résident, avait été prise sans concertation avec le secteur.

Cette concertation sur la façon dont les choses doivent se dérouler devra avoir lieu dans les prochains jours ou semaines, selon l’ancien ministre fédéral. "Ce n’est pas le but de laisser entrer des personnes infectées dans les maisons de repos", a-t-il pointé, précisant que la mesure concerne des personnes isolées depuis quatre semaines.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK