Partis politiques : nouveaux noms pour une nouvelle vie ?

Ne dites plus sp.a, parti socialiste flamand, mais bien Vooruit. Après plusieurs mois d’attente, le nouveau mouvement a été lancé dimanche dernier par son président, Conner Rousseau, lors d’un événement en ligne. Son objectif ? Arrêter de faire de la vieille politique en lui donnant un nouveau souffle.

L’arrivée de Vooruit (en français : en avant) n’est pas une situation inédite en Belgique. Depuis le début des années 2000, de nombreux partis politiques ont fait le choix de changer de nom. Une tendance beaucoup plus marquée du côté néerlandophone. "En Flandre, il y a déjà eu beaucoup de changements tant dans l’offre partisane qu’au niveau des changements de label. Tous les partis ont changé au moins une fois de nom ces dernières années", analyse Emilie Van Haute, présidente du département des sciences politiques à l’UniversitélLibre de Bruxelles. Mais pourquoi cette mode du changement de nom ?

Se relever après une défaite

Mai 2019. Le sp.a se prend une claque électorale en passant sous la barre des 10%. Il se retrouve désormais 6e parti au nord du pays. En 15 ans, les socialistes flamands ont divisé leur électorat en deux. "C’est un parti qui est en crise depuis une dizaine d’années. De nombreux présidents se sont succédé sans réussir à sortir le parti de la crise", constate Jean Faniel, directeur du CRISP.

Quelques mois après cette débâcle, les socialistes flamands ont choisi Conner Rousseau, 26 ans, pour prendre la tête du parti. Avec ce choix, les adhérents ont misé sur un tout nouveau type d’incarnant. "Il y a clairement un changement de personnalité. Son élection ouvre la voie à des changements qui tenteront d’inverser la courbe. Les membres ont sans doute décidé de le choisir car il apporte son style, sa gestion de la communication sur les réseaux sociaux, etc. On a là aussi le constat chez les plus anciens qu’il faut faire quelque chose pour survivre et une personne qui va tenter de proposer des solutions."

De moins en moins de gens croient que les personnalités politiques peuvent changer les choses

Dès son intronisation, le nouveau président a insisté sur l’importance de dépoussiérer le parti et d’aller reconquérir des voix dans des villes comme Bruges, Anvers ou Ostende. Et cela devait passer par un changement de nom… Le jeune président confiait lors de la présentation de dimanche dernier que "de moins en moins de gens croient que les personnalités politiques peuvent changer les choses. Nous devons montrer que ce n’est pas le cas et dire à ces gens que nous pouvons faire la différence".

Une marque forte n’est pas suffisante

Le "rebranding" permet aux partis de prendre un nouveau départ, mais c’est une opération qui peut être risquée. "Un changement de marque, ce n’est pas quelque chose d’anodin. Cela dénote soit d’une évolution d’une société, d’un parti politique ou d’un changement drastique", explique Olivier Hannes, CEO d’une entreprise de communication à Bruxelles.

Dans le cas du sp.a, le but est clairement de faire bouger les lignes historiques du parti. "Ce qui est intéressant dans ce changement de nom, c’est qu’ils veulent montrer une évolution et non un changement dans leur mentalité pour mieux correspondre aux attentes de leur électorat ou d’un potentiel électorat qu’ils essaient d’atteindre. Quand on voit cela comme un tremplin, au-delà d’un changement esthétique, c’est comme ça que cela peut marcher le plus."

Une défaite n’est pas seulement due à un nom de parti. Elle est surtout liée à une offre électorale.

Est-ce que cela veut dire que changer le nom est une garantie de succès ? La réponse ne semble pas si évidente. L’exemple flamand de Spirit qui a changé à plusieurs reprises de nom avant de disparaître totalement en 2009 prouve que, pour réussir sa mue, un parti ne peut pas miser simplement sur un changement de nom. Emilie Van Haute le rappelle, éviter une nouvelle claque ne peut se faire qu’avec un projet concret et solide. "Une défaite n’est pas seulement due à un nom de parti. Elle est surtout liée à une offre électorale. Est-ce que ce changement va permettre à Vooruit de se relever ? La question est surtout de savoir si le changement de nom s’accompagne d’une autre dynamique."

Changer de paradigme

Certains partis profitent donc de leur changement de nom pour faire évoluer leurs lignes directrices. Dans le cas des socialistes, il est visible par différents marqueurs. Selon Emilie Van Haute, "Vooruit semble vouloir se distinguer par rapport à ce qui a été fait par le passé. D’une part, on a l’abandon de l’idée de parti politique. Ils sont ici dans la notion de mouvement. A côté de ça, il y a la distance prise avec la référence de sociale démocratie. Est-ce que cela va pour autant faire revenir l’électeur ? C’est plus compliqué à dire".

Du côté francophone, le cdH n’a pas réussi à enrayer la chute de ses scores depuis les années 1990. Pourtant, en 2002, sous l’impulsion de Joëlle Milquet, les adhérents avaient mis de côté l’aspect religieux du Parti national chrétien pour se focaliser sur l’humanisme. Un choix qui a permis pendant quelque temps à se stabiliser avant de voir son nombre de sièges fondre lors des derniers scrutins.

En Wallonie, le cdH poursuit sa mue…

Aux dernières élections fédérales, le cdH a connu son pire score historique avec seulement 5 sièges engrangés à la Chambre. Pas question pour eux de montrer dans une majorité, ils choisissent directement de se faire une cure d’opposition. Ils veulent profiter de la législature pour faire table rase du passé. 18 ans après leur dernier lifting, ils lancent un processus de refonte en janvier 2020 avec le slogan "Il fera beau demain". Ils se donnent 2 ans pour redéfinir le projet politique autour d’une nouvelle doctrine et sûrement d’un nouveau nom.

Un délai nécessaire selon Emilie Van Haute qui estime qu'"il y a évidemment toujours une différence entre le temps politique et le temps de la réflexion. C’est pour cela que les partis se lancent dans ce type d’exercice une fois dans l’opposition car ils ont le temps de s’engager dans une réflexion idéologique. En plus, nous sommes dans un cycle électoral qui fait que nous avons encore quelques années avant les prochaines élections".

En effet, la prochaine échéance est 2024. Une année capitale pour les humanistes car il n’y aura pas une mais quatre élections. : européennes, législatives, régionales et communales. Il reste donc encore du temps au cdH pour finaliser son projet et le présenter à ses électeurs. Le rebranding et la refonte opérés seront-ils suffisants pour faire une remontada ? Réponse aux prochains scrutins.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK