Parc Maximilien : mobilisation en mémoire de Semira Adamu

Environ 200 personnes se sont déplacées au Parc Maximilien
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Environ 200 personnes se sont déplacées au Parc Maximilien - © RTBF

Le 22 septembre 1998, Semira Adamu mourait étouffée par un coussin alors qu’elle était escortée par des gendarmes dans l’avion qui devait la rapatrier vers son pays d’origine, le Nigéria. La jeune femme de 30 ans en était à sa sixième tentative d’expulsion, après le rejet de sa demande d’asile en Belgique. La procédure d’étouffement était alors reconnue par les autorités. L’émoi suscité par son décès entraînera la démission du ministre de l’Intérieur de l’époque Louis Tobback ainsi que la condamnation de quatre gendarmes. La responsabilité civile de l’Etat sera reconnue.

Depuis, les procédures de contrainte ont changé. Mais pour la Coordination Semira Adamu 2018, le combat continue. Ce samedi, un rassemblement populaire est organisé en mémoire de la jeune femme au parc Maximilien, "devenu le symbole à Bruxelles des luttes et actions en solidarité avec les personnes migrantes". Pour Mathieu Bietlot, l'un des organisateurs, le lien avec l'actualité récente est clair : "Semira Adamu est une femme qui résistait à ses tentatives d'expulsion, une femme qui résistait aux centres fermés qu'elle a dénoncés et fait connaître à une époque où peu de gens savaient ce qui s'y passait. Or hier, on a eu un Conseil des ministres qui a décidé d'élargir les places en centres fermés pour y mettre les migrants qui passent par le Parc Maximilien le temps de trouver un moyen d'arriver en Angleterre. Ce n'est pas la même situation mais la réponse politique est la même. C'est que ces migrants dont on pense qu'ils sont un problème, on décide de les enfermer et de les renvoyer chez eux".

Près de 120 associations, institutions, mouvements et collectifs sont mobilisés. Environ 200 personnes ont fait le déplacement. Elles veulent dénoncer "la violence et l’inhumanité persistantes et croissantes des politiques migratoires belge et européenne".

Aujourd'hui encore, des morts évitables

Mehdi Kassou, de la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés, fait partie des participants. "Si la mort de Semira et Mawda ont été d’une violence inouïe, qui à mon sens peuvent être directement imputée à politique migratoire" expose-t-il, "il faut rappeler que, plus largement, au niveau européen et au niveau belge aussi, cette politique migratoire qui est défendue par notre gouvernement et d’autres gouvernements plus durs comme les gouvernements italien ou hongrois, conduit à des morts évitables". Il souligne que, outre la petite Mawda Shawri tuée en mai dernier lors d’une course-poursuite sur la E42, 7 personnes sont décédées depuis septembre 2017 "en lien avec la politique migratoire". Parmi eux, un migrant qui voulait échapper à un contrôle de police sur le parking autoroutier de Jabbeke et qui a été renversé ou encore un migrant retrouvé mort sous un bus de touristes à Berchem-Sainte-Agathe.

Ce rassemblement s’inscrit dans un programme d’une vingtaine d’événements organisés dans divers lieux associatifs, culturels et académiques de Bruxelles sous le slogan "Semira Adamu 2018, ils ont tué une femme, pas son combat". Il sera suivi ce dimanche par un autre rassemblement devant le centre fermé 127 bis où Semira Adamu avait été détenue et qui a récemment encore suscité la polémique avec l’ouverture d’unités pour des familles avec enfants.

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