Parc Maximilien: accord sur un futur centre dont il est interdit de prononcer le nom

Des migrants attendent devant le WTC, non loin du Parc Maximilien.
Des migrants attendent devant le WTC, non loin du Parc Maximilien. - © BRUNO FAHY - BELGA

Depuis de nombreuses semaines, des centaines de migrants dorment à nouveau dans le parc Maximilien à Bruxelles, dans des conditions extrêmement précaires. Les ONG demandent aux autorités belges de créer un centre d'accueil et d'orientation pour les migrants en transit. Vendredi soir, les bourgmestres de Bruxelles et Schaerbeek se sont réunis avec Theo Francken pour avancer sur ce sujet. Un accord semble intervenu, mais son interprétation semble à géométrie variable.

A première vue, on peut se demander si Philippe Close, le bourgmestre de Bruxelles, Bernard Clerfayt, le bourgmestre de Schaerbeek et le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration ont bien assisté à la même réunion. Mais à y regarder de plus près, seule la dénomination du futur centre crée problème. Dans les faits, les esprits se rejoignent. Et c'est bien au Fédéral à régler le problème.

Accord sur le principe d'un centre, pas sur sa dénomination   

Pour Bernard Clerfayt, un accord de principe  a été trouvé pour la création d’un centre de pré-accueil temporaire. Celui-ci s’installera dans un périmètre de 500m autour de l’Office des Étrangers et les migrants pourront y bénéficier d’un soutien juridique dans leur propre langue.

Chez Theo Francken qui ne veut pas d’un "centre d’accueil" au sens stricte du terme, le cabinet évoque une réunion constructive, mais on dément avoir trouvé un accord. L’équipe du secrétaire d’Etat estime que les migrants présents au parc Maximilien ne font que passer en attendant de rejoindre l’Angleterre. Ils seront accueillis s’ils déposent d’une demande d’asile en Belgique, et c’est tout.

Le secrétaire d’État à l’asile et à la migration veut mettre la priorité sur les efforts diplomatiques avec les pays d'origine pour qu'ils reprennent leurs ressortissants en séjour illégal ainsi que sur les possibilités de retour volontaire.

Un centre dont on ne peut prononcer le nom

Alors un centre verra-t-il le jour pour aider ces centaines de migrants qui attendent aux alentours du parc Maximilien et de la gare du nord?

Pour Bernard Clerfayt, bourgmestre de Schaerbeek, l’essentiel est que tout le monde est d’accord sur les missions d’accompagnement  des réfugiés de ce futur centre . "Certains d’entre eux auront l’occasion de se porter candidat réfugié en Belgique et de recevoir un accueil. D’autres ne sont pas dans cette situation et doivent se faire expliquer qu’il est préférable, pour eux, de se faire accompagner pour un retour."

Centre de tri ? de guidance ? de transit ?...

Centre de guidance de tri, de transit ou encore de pré-accueil, peu importe le nom, les bourgmestres de Bruxelles disent avoir été enfin entendus: "Le fédéral reconnaît que c’est de sa compétence. Ce n’est pas au bourgmestre d’organiser cette question  des personnes en migration "

Alors que le secrétaire d’Etat Francken réaffirme que les migrants doivent rester le moins longtemps possible dans ce type de centre, les communes bruxelloises rappellent que l’Etat est dans l’obligation d’assurer le minimum de la dignité humaine à tout individu, y compris à des personnes en situation illégale.

"Ce qui est important pour nous, c’est que ces personnes ne restent plus dormir dans la rue et puissent se faire expliquer leurs droits", retient le bourgmestre de Schaerbeek des discussions de vendredi.

On se dirige donc vers un centre de jour qui pourra être ouvert la nuit dans certaines conditions très strictes, imposées par le fédéral.

Une réponse structurelle à un problème structurel

Cette décision, les associations l’attentaient avec impatience. Pour Pierre Verbeeren, directeur de Médecins du Monde, la création de ce centre représentait plus qu’une nécessité. Il parle d’une "solution"!

"On sait bien que dorénavant, on aura des gens qui vont se réfugier chez nous et qui ne savent où ils viennent. Jamais un Soudanais, un érythréen ne s’est dit qu’il allait venir s’installer à Bruxelles!".

Pour la société civile, il n’y avait pas d’autres alternatives possibles. La création d’un centre d’orientation pour les réfugiés est une réponse structurelle à un problème qui est tout aussi structurel.

Toutefois, les autorités fédérales ont jusqu’ici écarté cette solution car elles craignent un effet d’attraction de réfugiés. Pourtant, les acteurs de première ligne sont formels: "c’est une ineptie"."J’imagine mal un Soudanais mettre sur Facebook: "venez du Soudan au parc Maximilien, il y a des tartines", cela n’a aucun sens", souligne le directeur de Médecins du Monde.

Il faut maintenant voir si les réfugiés accepteront de fréquenter ce nouveau centre d’orientation. Ils craignaient en effet d’être contrôlés, et finalement d’être renvoyés là où ils ont été identifiés la toute première fois en Europe. C’est bien pour cette raison qu’ils ont pour objectif de rejoindre le Royaume-Unis. Les réfugiés savent pertinemment bien qu’ils échapperont ainsi au contrôle de l’empreinte digitale et donc en principe au refoulement.

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