"Papy était-il un héros ?" un guide de la Résistance pour tous les chercheurs amateurs comme professionnels

La parution de l’ouvrage a hélas été plutôt discrète, fin mai, en pleine période de confinement et d’actualité coronavirus – même s’il a bien fait l’objet d’une vidéoconférence organisée par les éditeurs Racine et Lannoo. Et pourtant c’est bien un livre important et novateur dont il s’agit.

"Papy était-il un héros ? Sur les traces des hommes et des femmes dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale", rédigé sous la direction de Fabrice Maerten, l’un des meilleurs connaisseurs de la Résistance chez nous puisqu’il l’étudie depuis plus de 30 ans désormais, se veut un guide pour retracer le parcours des résistants chez nous entre 1940 et 1945, de quoi répondre aux nombreuses questions des descendants, mais aussi de toute personne désireuse de mieux comprendre ce qu’a vraiment été la Résistance.

Si en France ou aux Pays-Bas, les noms de ces héros sont régulièrement mis à l’honneur et peuvent résonner dans la mémoire collective, l’exercice semble plus difficile dans notre pays.

Or c’est bien entre 100.000 et 150.000 hommes et femmes – pour l’essentiel de 20 à 40 ans – qui ont participé à leurs risques et périls à la lutte contre l’occupant nazi en Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale.

Engagés dans la presse clandestine, dans des activités de renseignements, volant au secours des aviateurs alliés abattus, secourant les personnes pourchassées par milliers par les autorités allemandes, ou passant courageusement au sabotage et à l’action armée. Un engagement que beaucoup ont payé au travers d’environ 40.000 arrestations et près de 15.000 décès.

Deuxième volet après "Papy était-il nazi ?"

En 2017, Koen Aerts (UGent), Pieter Lagrou (ULB), Dirk Luyten, Bart Willems et Paul Drossens (Archives de l’État) avaient publié un premier livre au titre volontiers provocateur "Papy était-il un nazi ?" (chez les mêmes éditeurs), qui se voulait là un guide des sources sur la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale et la répression d’après-guerre.

Presque aussitôt, des voix se faisaient entendre pour réclamer le même genre d’ouvrage sur la Résistance. C’est donc fait, grâce notamment au Centre d’études et de documentation guerre et sociétés contemporaines (CegeSoma).

Car oui, cette histoire de la Résistance chez nous est méconnue. Car elle est rapidement tombée dans l’oubli en Belgique. La Résistance victime de ses divisions dès la Libération, de ses fractures idéologiques (entre royalistes léopoldistes et communistes), de la volonté des autorités belges de contrôler les mouvements voire les étouffer pour les faire rentrer dans le rang et l’ordre : désarmement, dissolution, politique très ciblée de reconnaissance et d’octroi de statuts et d’avantages.

Ajoutez à ce "cocktail de l’oubli", des divergences entre les acteurs encore renforcées par les crises suivantes, la Question royale et la guerre froide. La Résistance vue différemment au nord et au sud, décrédibilisée parfois par certaines actions violentes notamment à la Libération, critiquée aussi plus durement en Flandre où les nationalistes dénonçaient le caractère "patriotique" des résistants. Et paradoxalement, insiste Fabrice Maerten, "c’est en Flandre aujourd’hui que l’attente est la plus grande pour en savoir plus sur cette résistance, dénigrée hier, oubliée alors que plusieurs dizaines de milliers de Flamands ont été actifs dans cette résistance pendant la guerre, ce que beaucoup de Flamands ne savent pas ou ne savent plus aujourd’hui".

Une Résistance enfin victime pendant longtemps de la frilosité des historiens ; pendant longtemps dans la foulée du livre fondateur "La résistance belge 1940-1945" d’Henri Bernard, les livres d’histoire renvoyaient plutôt aux grands mouvements, aux organisations et à leur direction.

Il aura fallu attendre les années 1990-2000 pour voir les chercheurs se lancer à l’exploration de la Résistance vue d’en bas, au plan local, au niveau des acteurs plus méconnus, les familles, la "matrice sociétale" de ces mouvements, leur touche d’humanité aussi. La première moitié de l’ouvrage "Papy était-il un héros ?" sert de contexte et revient donc d’abord sur l’histoire des différents mouvements de résistance chez nous, leurs caractéristiques, le processus de reconnaissance très difficile après la guerre, et le parcours difficile de la mémoire.

Un guide pratique pour chercher

Dans la seconde partie du livre, le lecteur pourra par contre trouver des informations très pratiques et détaillées qui lui permettront de partir à la recherche de la Résistance, à partir pourquoi pas d’un parent, un grand-père, un proche. L’ouvrage ouvre aussi cette voie vers les "bonnes" sources un peu partout en Belgique et dans le monde.

Ce qui signifie répondre à des questions du genre : existe-t-il encore une information sur tel ou tel sujet ? Quelles sources d’information sont-elles vraiment fiables ? Comment y avoir accès et que faire ou ne pas faire avec cette information ? De quoi ouvrir l’accès à bon nombre de centres d’archives, de bibliothèques, de fonds, permettre de s’y retrouver dans des kilomètres de documents, fiches, mémoires ou interviews.

Entre sources produites sous l’Occupation même – peu nombreuses forcément, orientées aussi, allemandes ou britanniques pour l’essentiel -, mais surtout produites après la guerre dans le cadre du processus de reconnaissance et d’octroi du statut, à but mémoriel ou historique, archives publiques ou privées. On trouvera donc une solide énumération de fonds disponibles, types de documents, localisation, mode de consultation, instruments de recherches…

Si l’on recherche donc des informations sur un Papy, une Mammy résistant ou résistante, le livre indique comment faire. "Il y a là plus de 200 pages qui fournissent des dizaines de pistes. Cela commence par un tableau en 3 pages qui livre des précisions très claires sur où aller ? Vers quel centre d’archives s’orienter. Le tout pour trouver des informations précieuses sur sa famille à propos d’actions passées dont on ne sait souvent pas grand-chose".

Des démarches hélas toujours un peu plus faciles à l’étranger que chez nous doit bien admettre le chercheur : "Il faut savoir qu’après la guerre, tous ces dossiers personnels – en réalité il n’y en a pas loin de 1 million ! – n’ont jamais été indexés, rassemblés sur une base de données uniforme, ce qui veut dire qu’il faut souvent faire des recherches importantes et s’adresser à diverses institutions. C’est un travail à faire encore en Belgique et nous sommes bien en retard par rapport aux pays voisins, comme la France où existe un magnifique site qui s’appelle 'Mémoire des hommes', une base de données de plusieurs centaines de milliers de noms où l’on peut accéder directement à la référence précise du dossier de la personne que l’on recherche. En Belgique, cela n’existe pas. Au CEGESoma dont je fais partie, on travaille à cela. Dans d’autres dépôts d’archives de l’Etat aussi, mais il y a encore bien du pain sur la planche pour arriver à ce genre d’outils que l’on espère obtenir d’ici quelques années".

Le livre devait en tout cas contribuer à stimuler chercheurs professionnels ou historiens amateurs, journalistes, enseignants. Avec un secret espoir de la part de l’auteur Fabrice Maerten : aider à toutes ces futures recherches, pour faire émerger un jour une synthèse historique qui permettrait de renouveler l’histoire de la Résistance. "Il manque toujours cruellement une grande synthèse de ce type chez nous, qui allierait justement les nombreux acquis des recherches passées sur les structures, les grands mouvements et leurs dirigeants, les organisations, et les acteurs locaux ; cela rendrait de la chair à cette historiographie où les hommes et femmes qui, sur le terrain, ont créé cette Résistance, manquent, et cela pourrait intéresser un plus large public".

"Papy était-il un héros ? Sur la trace des hommes et des femmes dans la résistance pendant la Seconde guerre mondiale", sous la direction de Fabrice Maerten, est paru en français aux éditions Racine, en néerlandais chez Lannoo.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK