P. Mariani: recapitalisation de Dexia "au mauvais prix, au mauvais moment"

Pierre Mariani
Pierre Mariani - © Archive Belga

Le patron du Dexia, Pierre Mariani, a critiqué vendredi les modalités de recapitalisation du groupe menée par les gouvernements belges, français et luxembourgeois à l'automne 2008 qui, selon lui, a renforcé l'inquiétude qui pesait sur Dexia.

"Au lieu de rassurer, cette augmentation de capital a inquiété", a jugé vendredi Pierre Mariani, interrogé par la commission spéciale de la Chambre sur le démantèlement du groupe.

"Cela a donné un sentiment de fragilité (du groupe) que personne n'avait vu. Cela a attiré l'attention des agences de notation et provoqué un mouvement de panique", provoquant un assèchement immédiat du financement non-sécurisé du groupe ainsi qu'un mouvement de panique des clients de la banque.

Devant les députés, Pierre Mariani a aussi pointé le fait que cette recapitalisation avait été la seule faite à une prix supérieur au cours de bourse du moment.

"Dans tous les autres cas, il y a eu décote", a souligné le Français pour qui cette recapitalisation a été faite "dans la précipitation, à un mauvais moment et au mauvais prix".

Pour lui, s'il a été procédé de la sorte, c'est pour pouvoir recapitaliser le groupe immédiatement, sans organiser un assemblée générale des actionnaires.

"Mais cette augmentation de capital n'était pas nécessaire immédiatement", a-t-il jugé. "Aucune obligation prudentielle n'imposait une recapitalisation immédiate. On a voulu faire un 'choc de confiance' mais il n'y avait en réalité pas de besoin immédiat de cet argent".

Mais qu'aurait-il fallu faire alors, ont alors demandé plusieurs députés?

"Il aurait fallu convoquer une assemblée générale pour une recapitalisation. Et que les actionnaires, y compris les Etats, prennent alors le contrôle total de l'entreprise", a-t-il répliqué.

Interrogé sur son action sur base de ce constat cinglant, Pierre Mariani a expliqué qu'il était alors impossible de faire marche arrière, la recapitalisation ayant été bouclée en quatre jours, entre le 30 septembre et le 3 octobre 2008.

20 milliards d'euros

Le démantèlement du groupe Dexia et la création, dès l'automne 2008, d'une structure de défaisance après son premier naufrage aurait coûté quelque 20 milliards d'euros aux Etats belges, français et luxembourgeois, a aussi indiqué le patron du groupe.

Pierre Mariani a expliqué que ces trois pays, qui venaient de débourser six milliards d'euros pour recapitaliser le groupe, avaient immédiatement écarté une telle solution.

"La création d'une ‘bad bank’ (structure de défaisance) n'est pas neutre pour les Etats. Aucun de ces Etats n'était dans la mesure et avait la volonté de remettre au pot...", a-t-il expliqué devant les députés.

Créer une telle structure de défaisance en 2008, et même en 2009 ou 2010, serait revenu à "cristalliser les pertes", sans résoudre les problèmes de financement que connaissait le groupe, a justifié Pierre Mariani.

Le patron de Dexia a toutefois reconnu que la Commission européenne, appelée à examiner les aides d'Etat accordées au groupe, avait demandé "à l'extrême fin des négociations" (février 2010, ndlr) la création d'une bad bank pour isoler les actifs dangereux.

Une option à laquelle Dexia, et les Etats membres, se sont toutefois férocement opposés.

"Eviter la bad bank, c'était éviter de ruiner les actionnaires", a défendu M. Mariani. "C'était acter alors une perte de 19 milliards d'euros..."

"Oui, mais ils ont quand même été ruinés un an plus tard! ", ont répliqué plusieurs députés.

Enrichis par plusieurs auditions menées ces deux derniers mois sur le dossier, les parlementaires ont soumis vendredi le CEO de Dexia à un feu roulant de questions pointues.

Ils se sont notamment intéressés aux difficiles négociations menées jusqu'en février 2010 avec la Commission européenne, notamment sur les contreparties exigées en échange des aides d'Etat.

"C'est une insulte au gouvernement belge!"

Pierre Mariani a ainsi reconnu que l'exécutif avait demandé à Dexia de céder sa filiale turque Deniz Bank, ce à quoi le groupe s'est alors opposé.

"On s'est battu très fort! ", a confié Pierre Mariani. "D'abord parce que Deniz Bank n'était pas la cause des difficultés et qu'elle représentait 40% des profits. C'était important pour la viabilité du groupe".

Il a par ailleurs réfuté que Deniz -qui sera vendue d'ici le mois de février, a-t-il annoncé par ailleurs vendredi- ait été financée par Dexia Banque Belgique. C'est au contraire la filiale luxembourgeoise du groupe BIL qui lui a apporté 3 milliards d'euros à l'automne 2006.

Quant à l'implication du gouvernement belge dans les discussions avec l'exécutif européen, M. Mariani a tenu à démentir fermement les allusions de certains députés d'opposition pour qui les intérêts belges n'ont pas été suffisamment défendus.

"C'est une insulte au gouvernement belge!", a répliqué le patron de Dexia.

"Dans toutes les réunions avec la Commission, il y avait des représentants des trois Etats concernés", a-t-il assuré, précisant que la Belgique avait toujours représentée, soit par un représentant du ministre des Finances, soit par un représentant de la Banque nationale.

Belga

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