P. Dewael: la démission de F. Koekelberg n'est "pas communautaire"

Patrick Dewael
Patrick Dewael - © Archive Belga

Patrick Dewael (Open VLD), l'ancien ministre de l'Intérieur, revient sur les polémiques du week-end : la démission de Fernand Koekelberg et l'ultimatum lancé par la N-VA. Selon lui, cette sortie du parti flamand n'est pas très "intelligente".

Notre invité connait bien Fernand Koekelberg, le patron démissionnaire de la police fédérale. C'était le libéral flamand qui avait nommé ce francophone au poste que Fernand Koekelberg vient juste de quitter. Est-ce une décision (in)juste ? "Je ne vais pas me prononcer sur son caractère juste ou injuste. C'est la décision du commissaire-général lui-même. Je respecte cette décision", commence le bourgmestre de Tongres. "Fernand Koekelberg est quelqu'un qui a beaucoup travaillé sur la réforme des polices. Il a été important pour le pays. J'en garde un bon souvenir" explique celui qui fut le ministre de tutelle de Fernand Koekelberg. Certains, comme Denis Ducarme, ont parlé de "lynchage". Cette démission peut-elle être liée au communautaire ? Ferme, Patrick Dewael n'est pas en accord, avant de lui-même, de faire du ... communautaire : "Ce ne peut être éternellement un débat communautaire dans ce pays. Mais je m'étonne que dans la presse francophone, cette histoire n'ait pas percolé. J'ai l'impression qu'il y a deux opinions publiques en Belgique. Regarder le JT de la VRT et celui de la RTBF me donne parfois l'impression qu'on vit dans deux mondes différents..."

"Condamnés à réussir"
Dans la lettre de mission royale qu'a reçue Wouter Beke lors de sa nomination comme "négociateur royale", la semaine dernière, il n'est pas fait mention d'une limite dans le temps. Quelques tours d'horloges plus tard, Jan Jambon a posé un ultimatum : réussir avant fin avril. Ou alors, la N-VA quitterait la table des négociations. Patrick Dewael peut comprendre l'impatience, après huit mois sans accord, "mais je crois que travailler avec un ultimatum, ce n'est pas très intelligent." De plus, "si j'en crois les informations en ma possession, messieurs Di Rupo et De Wever ont donné leur accord pour que le travail de Wouter Beke se fasse sans timing. Le CD&V dit qu'il avait réussi à faire s'accorder PS et N-VA, une première peut-être. Si deux jours après, le chef de groupe N-VA à la Chambre sort un 'deadline', je crois qu'on est mal parti". Patrick Dewael dit espérer que Wouter Beke travaillera le plus vite possible.

Ultimatum, Open VLD, ces termes rappellent, bien entendu, la chute du gouvernement Leterme II, lorsque Alexander De Croo a décroché la prise, il y a 10 mois de cela. Notre invité tient à rappeler que l'an dernier, l'Open VLD n'a fait qu'appliquer un accord pris à cinq : "On était d'accord, à cinq, pour en terminer à Paques" Ici, c'est un accord à deux pour ne pas mettre de 'deadline', puis l'un des deux dit, après quelques jours, un deadline. C'est pas très positif mais il faut continuer à essayer. Deux partis sont, pour ainsi dire, condamnés par l'électeur, à réussir. Côté francophone, on spécule encore trop sur l'éventualité d'un gouvernement sans N-VA. Il faut que la N-VA soit associé à ce gouvernement".

La N-VA doit y être
Avec l'arrivée des libéraux autour de la table, il est, aujourd'hui, arithmétiquement possible de se passer de la N-VA pour réaliser une réforme de l'Etat. Notre invité balaie la question : "Aujourd'hui, on peut se passer du PS !", avant d'expliquer que deux partis ont gagné. Qu'ils s'accordent : "Ce sont ces deux partis-là qui doivent être, pour leur communauté, les leaders, prendre des initiatives. Par contre, on peut très bien faire une réforme de l'Etat avec des partis qui peuvent ne pas être au gouvernement. On l'a déjà fait dans le passé". Il faut donc négocier avec la N-VA. Et Patrick Dewael d'insister : "La ligne de l'Open VLD est identique à celle du PS, par exemple, concernant la N-VA : c'est M. Di Rupo qui a expliqué à ses militants qu'il fallait avoir un gouvernement avec la N-VA. Bien entendu, M. Verhofstadt estime qu'un parti séparatiste, ce n'est pas son premier choix - le mien non plus - mais mon parti n'a obtenu que 13%, la N-VA 27%. Ce n'est pas à nous à dire qui doit, ou non, faire partie du gouvernement. Il faut respecter le verdict des élections". Pour le libéral flamand, la N-VA doit prendre ses responsabilités, "leur électoral ne le comprendrait pas, sinon". 

Pour notre invité, il est "absolument nécessaire" d'avoir un budget pour les échéances européennes de fin avril, même si c'est le gouvernement démissionnaire qui en a la charge. "Autrement, on risque d'avoir des problèmes sur les marchés financiers. Pour la crédibilité du pays, ça serait une très mauvaise chose. (...) De nouvelles élections ne résouderaient rien. Que ceux qui ont remporté les élections prennent leurs responsabilités."

Francis Delperée : "C'est le Far West"

La polémique autour de l'ex-commissaire général de la police fédérale Fernand Koekelberg ne relève plus de la justice mais du "Far West", a critiqué lundi sur Bel-RTL le sénateur Francis Delpérée (cdH), déplorant que les procédures de contrôle aient été débordées par cette polémique. "Il y a des règles sur les déplacements à l'étranger et les frais de participation à des grandes réunions internationales, des procédures de contrôle interne et externe, de recours, etc", rappelle-t-il.

Il souligne que la ministre de l'Intérieur Annemie Turtelboom (Open Vld) était au courant du déplacement au Qatar et que les inspecteurs des finances avaient donné leur accord sur l'engagement de dépenses. "Le problème, c'est quand je vois que le débat arrive sur la place publique parce que le président de la Commission de l'Intérieur de la Chambre (le N-VA Ben Weyts, ndlr) met le problème au sein du Parlement, c'est lorsque les ministres Open Vld soutiennent mollement (...) et quand le premier ministre (Yves Leterme) lâche le commissaire général en pleine séance du Parlement ; là, ce n'est plus de la justice, c'est le Far West! ", estime Francis Delpérée.

Et le sénateur de déplorer le rôle des corbeaux et lettres anonymes, des pratiques "choquantes" dans un État de droit. Il dément que les partis francophones se seraient "laissés faire" face à la N-VA, car "il y a eu un emballement ces derniers jours" et c'est Fernand Koekelberg lui-même qui, "en tant qu'homme et policier", a finalement jugé sa situation intenable.


HM avec Belga

Ecoutez l'interview de Bertrand Henne dans son intégralité ci-contre

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