"Oui, il faut enseigner l'histoire du colonialisme à l'école"

Les incidents du Pukkelpop ont fait remonter un vieux débat chez nous.

Les jeunes hommes accusés d'avoir chanté un chant raciste à deux jeunes filles d'origine congolaise qui passaient par là ont tenté d'excuser leur comportement en expliquant ne pas avoir compris tout ce que ces paroles représentaient. Plutôt qu'une punition (même si une enquête est ouverte depuis lundi soir par le parquet du Limbourg), la secrétaire d'État à l'Égalité des Chances a préféré la pédagogie. Zuhal Demir (N-VA) a donc proposé à l'un d'entre eux, de se rendre dans le musée de l'Afrique à Tervuren...

Mais pour les associations de mémoire du colonialisme, ce n'est pas suffisant... Il faut que l'histoire du Congo, et donc le colonialisme, soit enseignée à nos étudiants.

Et pourtant, la Fédération Wallonie-Bruxelles a bien prévu, dans son programme et ses manuels, un chapitre sur cette partie de l'histoire belge. Le souci, c'est que ce chapitre est très réduit, et souvent laissé à la libre appréciation du professeur d'histoire. 

Vous l'aurez compris, en fonction du temps dont dispose l'enseignant, mais aussi de ses affinités, sensibilités, le colonialisme au Congo pourra être réduit à peau de chagrin.... 

Nous avons été à la rencontre de plusieurs acteurs de terrain pour qu'ils nous donnent leur opinion. 

"Oui, il faut enseigner le colonialisme à l'école"

Jérôme Van Styvendael est professeur à Nivelles et Ottignies : "Les manuels sont complets et bien documentés, ils parlent même des polémiques autour de Léopold 2, mais le programme est flou. C'est donc laissé à l'appréciation du professeur. Je pense que je ne serai pas ennuyé si je ne disais pas une seule ligne sur le Congo dans mon cours. Moi j'ai choisi d'en parler, et beaucoup d'autres professeurs le font."

Donc pour Jérôme, c'est très clair : "Oui, il faut enseigner le colonialisme à l'école".

Mais ce flou, ce silence même sur certains événements historiques posent de nombreuses questions, notamment aux associations qui se battent au quotidien pour la mémoire collective, pour qui ce chant raciste entonné en festival rappelle que le chemin est encore long. 

Kalvin Soiresse Njall est cofondateur du Collectif mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations : "C'est encore la transmission de cette histoire raciste qui est très présente autour des tables à manger, dans des mouvements de jeunesse, des universités, des écoles... Donc il est temps de mettre en place un programme de fond visant à changer structurellement cette société du point de vue colonial."

L'état belge a-t-il un devoir de mémoire envers le peuple congolais ? Et doit-il passer par l'enseignement sans tabou de cette partie de notre histoire commune ? 

Les questions sont en tout cas sur la table du gouvernement puisqu'une proposition de loi a été déposée en ce sens et sera discutée, dès la rentrée de septembre.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK