Opération antiterroriste: les trois suspects maintenus en détention

Opération antiterroriste: les trois suspects maintenus en détention
Opération antiterroriste: les trois suspects maintenus en détention - © THIERRY ROGE - BELGA

La vaste opération antiterroriste menée par les forces de l'ordre jeudi dernier est le résultat d'une enquête ouverte depuis plus d'un mois. Ce dossier est sensible, ce qui explique le peu d'informations communiquées par le parquet fédéral pour les besoins de l'enquête. Retour sur les événements de cette semaine écoulée, marquée ce mercredi par le maintien en détention des trois suspects confirmé à la chambre du conseil de Bruxelles.

La chambre du conseil de Bruxelles a confirmé aujourd’hui le mandat d’arrêt pour les trois suspects dans l'enquête du parquet fédéral sur la cellule jihadiste démantelée lors de l'action antiterroriste menée jeudi dernier par les forces de police, notamment à Verviers et à Molenbeek.

Retour sur les événements qui ont mené à ces arrestations.

Jeudi 15 janvier : à la demande d'un juge anti-terrorisme de Bruxelles, 12 perquisitions sont exécutées : 2 à Verviers, 6 à Molenbeek, 1 à Anderlecht, 1 à Bruxelles, 1 à Berchem-Sainte-Agathe et 1 à Liedekerke.

À Verviers, la perquisition menée dans un appartement situé rue de la Colline entraîne à une fusillade : les suspects ouvrent le feu sur les policiers avec des armes de guerre et des armes de poing. Deux d'entre eux sont abattus et un troisième est blessé. Une seconde intervention a lieu rue du Palais, les autorités recueilleront des témoignages et emporteront des documents.

Vendredi 16 janvier : le parquet fédéral s'exprime lors d'une conférence de presse en fin de matinée, sans être extrêmement prolixe quant aux détails de l'affaire. L'enquête est en effet loin d'être terminée.

En tout, ces perquisitions ont débouché sur 15 interpellations, dont 9 à Molenbeek et 2 en France. Cinq personnes ont été inculpées. Des armes ont été trouvées à Verviers et à Molenbeek, ainsi que des GSM et d'autres informations importantes pour la suite de l'enquête. Des uniformes de police ont été également été découverts à Verviers.

On apprend aussi que 2 des 5 personnes inculpées ont été libérées sous caution; reste donc trois mandats d'arrêts délivrés.

Samedi 17 janvier : quatre suspects sont arrêtés en Grèce. Les autorités helléniques transmettent ADN et empreintes digitales aux enquêteurs belges. Deux des quatre suspects sont rapidement mis hors de cause.

Dimanche 18 janvier : deux nouvelles perquisitions ont une nouvelle fois lieu à Molenbeek, portant à 8 le nombre d'interventions dans cette commune depuis le début des opérations. Aucune personne n'est interpellée, et le parquet fédéral ne souhaite pas donner davantage de précisions.

Les autorités belges confirment par ailleurs les arrestations en Grèce et indiquent que l'un des quatre suspects est bien lié à l'enquête. La Belgique demande son extradition et poursuit sa collaboration avec les services de sécurité grecs.

Des informations révélées par la RTBF permettent par ailleurs d'en savoir plus sur les deux suspects abattus à Verviers : il s'agit de deux jeunes Molenbeekois, âgés entre 20 et 30 ans.

Lundi 19 janvier : le suspect arrêté en Grèce est un Algérien de 33 ans. Il doit être présenté au parquet d'Athènes dans la journée en vue de son éventuelle remise aux autorités belges. Cette audition se poursuivra finalement le lendemain.

Mardi 20 janvier : le suspect d'Athènes se dit "d'accord" pour être extradé afin, dit-il, de "pouvoir prouver son innocence". La Grèce le remettra donc bien à la Belgique.

Mercredi 21 janvier : un nouveau suspect est arrêté. Sous bracelet électronique, Abdelmounaim Haddad s'est rendu spontanément à la police locale de Molenbeek, alors que certains médias disaient de lui qu'il était en Espagne.

Cet homme s'est rendu en Turquie en avril 2014 en compagnie des deux suspects abattus jeudi dernier à Verviers. Lui a été refoulé à son arrivée à Istanbul, mais les deux autres ont poursuivi le chemin et rejoint la Syrie. "La chambre du conseil de Bruxelles statuera le vendredi 23 janvier prochain sur son maintien ou non en détention préventive", indique le communiqué de presse du parquet fédéral.

Dans le même temps, les trois suspects qui font l'objet d'un mandat d'arrêt délivré suite aux perquisitions du jeudi 15 janvier ont été présentés devant la chambre du conseil de Bruxelles. Celle-ci a finalement confirmé le mandat d'arrêt et leur mise en détention. Ils sont tous les trois inculpés de "participation aux activités d’un groupe terroriste, d’infractions aux législations sur les armes et sur les explosifs."

Issues du même quartier de Molenbeek, ces trois personnes nient toute implication dans une quelconque cellule jihadiste, mais seul un suspect a fait l'objet d'une demande de libération.

Sur écoutes téléphoniques depuis le mois de décembre, un second suspect, interpellé à Laeken, invoque lui son droit au silence.

Le troisième, interpellé à Verviers sur les lieux de la fusillade et présenté comme le logisticien de la cellule terroriste, est lui, en plus, inculpé de "rébellion armée, en bande, avec concert préalable​". Il nie avoir tiré sur les forces de l'ordre et était là, dit-il, pour fumer du cannabis avec des connaissances de son quartier. Il s'est présenté en pleurs à l'audience.

Enfin, concernant les suspects à l'étranger, le parquet a tout d'abord indiqué que la remise de l'Algérien interpellé en Grèce "devrait se faire dans les prochains jours. Une fois en Belgique, l’intéressé sera présenté au juge d’instruction qui délivrera ou non un mandat d’arrêt".

Quant au passeport néerlandais découvert à l'appartement de Verviers, l'information "a été communiquée aux autorités néerlandaises qui ont ouvert un dossier à leur niveau", a communiqué le parquet, sans davantage de précisions.

Rumeurs et démentis

Dès le jeudi soir et le début de l'action antiterroriste, les rumeurs se sont multipliées dans certains médias et sur les réseaux sociaux au fil des événements. Il avait notamment été rapporté que des perquisitions avaient également été menées à Vilvorde, ce qui a été démenti par le parquet fédéral le lendemain.

Une "alerte à la bombe" au siège de la police fédérale à Bruxelles avait en outre été relayée par plusieurs médias. Les autorités ont infirmé le soir même cette information.

De son côté, la VTM indiquait que l'action antiterroriste menée par la Belgique le 15 janvier était partie intégrante d'une opération de grande envergure dans sept pays, dont le Yémen. Il n'en était rien.

Des rumeurs insistantes sur les réseaux sociaux faisaient par ailleurs état d'émeutes ou d'assauts en cours le jeudi soir à Molenbeek. Une nouvelle fois, elles étaient complètement infondées : tout était calme ce soir-là dans cette commune bruxelloise.

Enfin, l'arrestation de deux personnes à Zaventem et l'échange de coups de feu à Angleur, deux faits présentés un moment comme ayant un lien avec cette opération, n'avaient en fait rien à voir avec ce dossier, a encore affirmé le parquet.

T.M. (@thomasmignon)

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