Open data: ouvre-t-on l'accès aux données publiques en Belgique?

Illustration: les données publiques
Illustration: les données publiques - © Archive RTBF

Mettre à disposition de tous l'ensemble des données publiques, c'est ce que l'on appelle l'"Open data". Chiffres détaillés du chômage, de l'accès aux soins de santé, du nombre d'entreprises créées dans un secteur donné,... toutes ces données issues des administrations sont des données publiques. Plusieurs classements internationaux l'attestent: en Belgique, l'accès à ces données est à la traine (surtout comparé aux pays anglo-saxons). Mais la situation n’est pas désespérée pour autant. Le SPF économie va d'ailleurs bientôt publier gratuitement une partie des données qui concernent les entreprises, sur Internet.

Du travail des administrations publiques ressortent toute une série d’informations et de données statistiques. Ces données publiques pourraient permettre de répondre à des questions très concrètes : comment les gouvernements dépensent-t-ils leurs budgets? Combien d’entreprises ont été créées sur l’année écoulée et dans quels secteurs? Quels services aux personnes pourraient être mis sur pied et où ?

Un enjeu à la fois citoyen et entrepreneurial

Dans un classement publié en ligne, la Belgique "obtient" la 61ème place sur 77 pays recensés. Le principal manquement : les chiffres des dépenses gouvernementales sont complètement inexistants. Du reste, pour les autres domaines de la vie publique recensés, les données existent mais c’est alors l’accès aux données qui pose problème. Les raisons de ce retard ? Un manque de coordination entre les différents niveaux de pouvoir, aucune interface claire pour l’utilisateur et un frein financier. Damien Van Achter, expérimentateur et spécialiste du web : "Les données existent, elles peuvent être trouvées. Mais c’est vrai que ça manque d’une certaine forme de coordination et d’une offre claire à destination des utilisateurs. L’open data d’une manière générale c’est quand même de rendre utilisables et réutilisables des données publiques. Et à partir du moment où il n’y a pas de coordination, c’est difficile effectivement d’avoir une vision claire. Et d’où sans doute ce classement établi et qui n’est pas en faveur de la Belgique".

En Belgique, il y a donc bien des données qui existent mais elles sont difficilement accessibles ou payantes. D’ailleurs, Toon Vanagt, fondateur de data.be, nuance : "Les gens qui font ces classements sont très pointilleux et ont une vue très stricte de ce qu’est l’open data. Par exemple, en Belgique, tous les bilans de toutes les sociétés doivent être publiés chaque année alors que dans beaucoup d’autres pays européens, pour les petites structures ce n’est pas nécessaire."

Jusqu’à maintenant ces données de la Banque-Carrefour des Entreprises sont vendues 100 000 euros sous la forme de licences annuelles à sept entreprises privées. Mais les choses vont changer au SPF économie. Une plate-forme gratuite sera ouverte le 9 mai prochain pour diffuser les données de base qui concernent les entreprises. Partiellement du moins. Là où la totalité des informations était payantes, l’offre sera désormais triple : Un accès gratuit pour tout un chacun aux informations de base concernant les entreprises (et donc pas d’informations privées comme les adresses des entrepreneurs). Les informations y seront mises à jour une fois par mois ; des licences (comme précédemment) pour toutes les informations (comprenant un historique complet de tous les changements dans une entreprise) mises à jour quotidiennement ; un service web (lui aussi payant).

L’ouverture des données peut effectivement avoir un impact sur l’entreprenariat. Et être un moteur pour l’emploi :"On se rend compte qu’à chaque fois dans toutes les villes du monde où une vraie politique open data a été menée, des entrepreneurs ont découvert de nouveaux services à créer et à produire, à destination du grand public." Mais pour Damien Van Achter, l’accès aux données publiques pourrait être un "remède démocratique" qui redonnerait une certaine confiance au citoyen vis-à-vis des autorités publiques. "A partir du moment où ces chiffres-là sont accessibles de manière ouvertes et transparente sur Internet, dans des formats utilisables et réutilisables, n’importe qui peut vérifier ces chiffres et faire en sorte que tout le monde parle bien des mêmes données, quitte à en avoir des interprétations différentes par la suite, souligne-t-il. "C’est important de mettre en place cette notion de 'redevabilité', qui tout simplement fait en sorte que des services publics rendent au public des données qui sont le fruit d’un travail statistique."

Il s’agit donc pour le SPF économie d’un pas vers l’Open data, avec par ailleurs un souci de rentabiliser les frais inhérents à l’actualisation des données et de la mise sur pied des services. Car au service public, on concède tout de même que si la Belgique oblige la publication annuelle d’informations qui concernent les entreprises, dans les autres domaines de la vie publique, la Belgique accuse un certain retard par rapport aux pays anglo-saxons. Pour pallier ce retard, des "Data days 2014" sont organisés du 17 au 19 février 2014 à Gand, par plusieurs acteurs et communautés de l'open data en Belgique.

Maxime Paquay

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