On va mesurer la pression réelle du grand gibier sur l'écosystème

Pendant 6 ans, on comparera l'évolution de la végétation à l'intérieur de cet espace interdit au grand gibier et juste à côté
Pendant 6 ans, on comparera l'évolution de la végétation à l'intérieur de cet espace interdit au grand gibier et juste à côté - © Carl Defoy - RTBF

On s’en plaint souvent en Wallonie: les populations de cerfs et de sangliers sont importantes au point d’envahir quelquefois champs et jardins privés. Au point aussi de pouvoir dégrader l’écosystème forestier. Mais autour de cette question, chasseurs et sylviculteurs défendent des points de vue différents.
Pour mesurer l’importance réelle de cette pression du gibier sur les bois de chênes, hêtres et épicéas, un nouvel outil scientifique vient d’être déployé en Wallonie.

Des "enclos-exclos"
Au milieu d’une forêt, vous pourrez peut-être, au gré de vos balades, tomber sur des lattis de bois de 1,5m de haut enserrant un carré de 3m x 3m avec une petite pancarte signalant qu’il s’agit d’un enclos-exclos.
Il est impossible pour le gibier d’y pénétrer. Donc, ce sont des endroits où la végétation pousse librement et où on peut voir si – et à quel point – la forêt se régénère. Isaline Dewilde de la Société Royale Forestière de Belgique, explique qu’on note "quelles essences sont comprises à l’intérieur de cet enclos. On mesure leur taille et on les compare à la végétation située à l’extérieur de cet enclos."

Un outil objectif
Le système permet de comparer, côte à côte, des évolutions de la végétation qui peuvent être très différentes.
Si la différence n’est pas significative, pas de problème ! Si l’impact est fort, alors une réaction de l’autorité publique s’impose pour restaurer l’équilibre. René Collin, ministre wallon de la Nature, considère que "cela va permettre de voir la cible idéale de gibier, ce qui permet de maintenir (avec des mesures adéquates) la multifonctionnalité de la forêt."
Autrement dit, si les mesures établissent qu’il y a trop de gibier, les plans de tir devraient être augmentés.

Test à grande échelle
Le système a été développé dans les années ’40 en Amérique du Nord déjà pour mesurer les effets de la surabondance de gibier sur la régénération forestière. Plus récemment, entre 2006 et 2012, les Facultés de Gembloux ont expérimenté les enclos-exclos dans le cantonnement de Florenville, sur deux territoires à la pression de gibier contrastée. Il s’agissait, là aussi, d’objectiver l’équilibre entre la flore et la grande faune.
A partir de cette année, le système est généralisé en Wallonie. Près de 1000 enclos-exclos viennent d’être installés dans les forêts privées et publiques. Pendant 6 ans, ils livreront des indications scientifiques. Elles permettront de certifier – ou non – une gestion forestière durable en établissant, avec une objectivité indiscutable, la réalité ou l’absence de pression du grand gibier.
Le reste sera décision politique.

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