"On prend en otage les Afghans, dans un contexte préélectoral"

Oscar Flores et Selma Benkhelifa
Oscar Flores et Selma Benkhelifa - © RTBF

Le collectif de soutien aux Afghans, qui a obtenu de rencontrer Elio Di Rupo ce mardi, demande un moratoire de droit des expulsions vers l'Afghanistan. L’administration belge évalue mal la situation sur place, expliquent à la RTBF les représentants de ce collectif, qui pointent aussi "une sorte de fantasme de l’appel d’air".

Pour l’avocate Selma Benkhelifa, la situation des réfugiés afghans dans notre pays "n’est pas juste une question migratoire qui relève de la seule compétence de Maggie De Block. C’est une question qui est plus large : ce sont des réfugiés civils qui viennent du seul pays où la Belgique est en guerre. Il y a donc une responsabilité particulière du gouvernement belge à leur égard. Nous demandons un moratoire sur les expulsions vers ce pays qui est un des plus instables du monde" explique-t-elle au micro d'Olivier Nederlandt.

Selon Oscar Flores, coordinateur du collectif de soutien aux Afghans, il y a une attitude contradictoire au sein du gouvernement : Didier Reynders dit que la situation est dangereuse en Afghanistan et conseille aux Belges de ne pas s’y rendre, alors que Maggie De Block dit au contraire qu’il n’y a pas de problème et qu’on peut y expulser des Afghans. "On prend en otage pas mal de gens, dont les Afghans, dans un contexte préélectoral. On nous dit que le public est très sensible à tout ce qui se passe et on ne veut pas de la N-VA dans le prochain gouvernement. Donc on soutient Madame De Block dans sa politique, même si la soutenir entraîne des conséquences humanitaires horribles, comme c’est le cas pour les Afghans. Je ne pense pas que ce soit une belle excuse".

Panoplie de solutions

Maggie De Block se trompe quand elle dit que "la loi est la même pour tous" poursuit-il. "La loi lui donne une panoplie de solutions : son pouvoir discrétionnaire, la protection subsidiaire, les nouvelles deadlines du HCR".

De son côté, Selma Benkhelifa pointe "une sorte de’ fantasme de l’appel d’air’ : si on se met à donner une protection à tous les Afghans, il y a 30 millions d’Afghans qui vont venir ici. C’est un fantasme parce que ce n’est pas vrai, on constate que 96% des réfugiés afghans restent dans les pays limitrophes : le Pakistan et l’Iran. On a une infime minorité : environ 1000 personnes qui arrivent chaque année, c’est très, très peu".

L’administration belge évalue mal la situation en Afghanistan

Selma Benkhelifa poursuit : "Il y a des pays qui sont dans un tel état de conflit qu’il faut octroyer une protection ; c’est ce qui est prévu légalement. Pour contourner cette loi, on a inventé des examens de crédibilité complètement absurdes. N’ayant personne sur place, le CGRA (Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides) a pour seule information la page Wikipédia ’Afghanistan’".

L’avocate constate qu’il y a "un moratoire de fait" sur l’expulsion des familles. Alors que la situation ne s’est pas améliorée en Afghanistan, on a recommencé depuis 2011 à renvoyer, toujours des hommes seuls, et selon une courbe ascendante. "On demande un moratoire de droit, parce qu’un moratoire de fait est extrêmement inquiétant : il n’offre aucune sécurité juridique".

A.L. avec O. Nederlandt

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