"On doit pouvoir envisager un déconfinement partiel avec des protocoles", estime Yves Coppieters

Un déconfinement en Belgique est-il possible ? Le Premier ministre a exposé ce lundi différents scénarios et les éventuelles conséquences en cas d’un déconfinement en mars, avril ou mai. Vendredi, le comité de concertation prendra attitude sur l’adéquation entre les mesures sanitaires actuelles et l’état de l’épidémie.

Déconfinement partiel ?

Un déconfinement total est évidemment impensable. Les chiffres actuels sont bien trop élevés et comme le souligne Yves Coppieters, professeur de santé à l’ULB. "On est loin de la situation de mai dernier. Il reste encore deux inconnues : l’impact réel des variants et puis le rythme de la vaccination qui est encore trop lent à l’heure actuelle. Les différents scénarios de déconfinement évoqués par le Premier ministre aujourd’hui sont assez pessimistes. Pourtant, on pourrait selon moi, envisager un déconfinement sectoriel parcellaire avec des protocoles".

Pour Philippe Devos, chef des soins intensifs au CHC de Liège, nous ne sommes plus dans une situation de crise. "Au CHC de Liège, 15% des lits en soins intensifs sont occupés par des patients covid. Nous ne sommes clairement plus dans une gestion de crise mais dans la gestion d’un risque de saturation ultérieure de nos soins. Ça se gère donc totalement différemment. On doit ici, réfléchir à trouver un équilibre pour qu’une partie de nos activités reprennent avec une augmentation des cas d’infections qui reste gérable pour les hôpitaux. Par contre, quand on doit gérer une situation à risque, j’estime qu’on doit pouvoir faire des allers-retours dans les décisions. Le message qui m’inquiète de la part du gouvernement, c’est de dire si on ouvre une activité, plus question de la fermer à nouveau. Pour ma part, je plaide pour reprendre des activités mais avec l’idée qu’on puisse faire marche arrière si les chiffres repartent à la hausse".

Relâchement généralisé ?

Des parcs bondés, une digue prise d’assaut, certains rassemblements vont-ils avoir un impact négatif sur les chiffres sanitaires ? Philippe Devos, se dit bien conscient de la difficulté de respecter les mesures. "C’est humain de craquer et de laisser tomber parfois. Google mobility nous montre d’ailleurs que ce relâchement est global et qu’il y a aussi un relâchement dans le télétravail. Et cela m’inquiète plus parce que ce sont là des comportements permanents et répétés. Je trouve moins problématique d’aller dans un parc même s’il y a du monde et que d’aller à 10 dans un bureau".

Bulle sociale de 1, non respectée

Cette bulle sociale de 1 est trop restrictive selon l’épidémiologiste Yves Coppieters. "Après un an de pandémie, force est de constater que cette restriction n’est pas acceptée par la population parce que le désir de reprendre des contacts sociaux est trop fort. Par contre, reprendre des contacts sociaux ne doit pas mettre les autres en danger. Je pense qu’un petit assouplissement est nécessaire à ce niveau-là. Mais attention, il faut continuer de protéger les personnes fragiles et chacun connaît les gestes à appliquer".

Réouverture de l’horeca ?

La réouverture de l’horeca reste une question délicate. Comme le rappelle Philippe Devos, au restaurant, contrairement à ce qui se fait chez le coiffeur par exemple, il faut retirer son masque et le risque de contamination est dès lors bien plus élevé. La solution idéale pour envisager une réouverture reste la consommation en terrasse pour les beaux jours ou alors avoir un lieu extrêmement bien ventilé.

Faut-il revoir les objectifs chiffrés pour déconfiner ?

Pour Yves Coppiters, les objectifs fixés par le gouvernement (comme les 75 admissions par jour à l’hôpital) ne sont plus adéquats. On constate depuis plusieurs semaines que nous sommes sur un plateau et que les chiffres stagnent. Il faudrait selon lui revoir ses objectifs et surtout que l’on tienne compte également d’autres chiffres qui ne sont pas sanitaires. "La santé mentale, sociale, économique doit être prise en compte d’une manière ou d’une autre. Ces chiffres-là sont également importants et c’est au regard de l’ensemble de ces chiffres que nos autorités doivent prendre des décisions".

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