Olivier De Schutter : "Ecolo a toujours été un parti ouvert à accueillir des experts du monde scientifique"

L’ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur l’alimentation occupera la troisième place sur la liste européenne des écologistes. En lui offrant la troisième place sur sa liste européenne, Ecolo confie à Olivier De Schutter une place de combat. Les écologistes avaient obtenu un seul et unique siège au Parlement européen lors des élections précédentes.

« J’ai la conviction que l’Europe est maintenant à un tournant et qu’il est temps aujourd’hui de proposer des solutions pour sortir de ce face-à-face mortifère entre l’Europe courroie de transmission de l’économie libérale d’une part et de l’autre celle du repli identitaire ».

Défenseur des circuits courts, rapprochant le producteur du consommateur, l’homme est reconnu internationalement pour sa vision de l’alimentation et son expertise en la matière et a reçu en 2017 « l’Oscar de l’alimentation ».

Il défend son choix de rejoindre le parti écologiste « Ecolo a toujours été un parti ouvert à accueillir des experts du monde scientifique. Pour moi, la question, c’est pourquoi es-ce qu’on se bat plutôt que contre qui et avec quels acteurs ».

Ce professeur de droit international de l’UCL considère l’alimentation comme un levier de mobilisation en matière de changement climatique mais aussi de lutte contre la pauvreté ou l’obésité.

« Depuis de très nombreuses années les scientifiques crient dans le désert, la première alerte sur les gaz a effets de serres et les changements climatiques date de 1958. Le Giec a été mis sur pied en 1988, pourtant nos trajectoires demeurent insoutenables. Ce qui change cependant ces derniers temps c’est que le politique devient cerné, les jeunes manifestent dans la rue et de nombreuses actions en justice sont en cours. On a donc l’impression que le politique doit absolument sortir de son inertie ».

En quoi l’Europe peut-elle agir sur le climat ?

"Un des problèmes majeurs de l"Europe c’est que les politiques extérieures ne sont pas du tout alignées sur les valeurs que l’Europe prétend poursuivre à l’interne. En particulier, les politiques commerciales qui créent un dumping social et environnemental qui retarde toute évolution. Un de mes combats, sera de faire que les politiques commerciales intègrent les normes sociales et environnementales pour que l’Europe puisse avancer. Pour moi la discipline budgétaire de l’Europe doit être accompagnée d’une discipline sociale et environnementale…".

Olivier De Schutter s’engage également pour la lutte contre le changement climatique puisqu’il est l’un des rédacteurs du « Pacte Finance-Climat » qui vise à diriger la création monétaire vers l’économie réelle et la mise en place de solutions concrètes pour limiter le réchauffement de la planète.

"J’attends de la prochaine législature européenne deux choses, premièrement une politique alimentaire commune, qui aille bien au de la de la politique agricole commune actuelle, sur les questions de santé, d’environnement, de commerce, d’emploi. Deuxièmement je plaide pour un "Pacte Finance-Climat" qui veut amener les états à taxer les entreprises pour que celles-ci puissent financer la transition écologique (isolation, infrastructures transports en commun,...). On peut mobiliser beaucoup d’argent en mettant fin à cette concurrence fiscale entre états européens. En complément de cela, nous voulons créer une filiale de la Banque Européenne d’Investissements. Que cette filiale devienne une véritable banque du climat et je me réjouis de voir qu’Emmanuel Macron appelle aussi à sa création. Les nouvelles taxes ne sont pas sur les ménages, mais bien dans un principe du pollueur-payeur avec un bonus-malus qui déterminerait le taux d’imposition des sociétés".

Faut-il arrêter de consommer de la viande ?

« Nous consommons trop de viande, trop de viande rouge… C’est un problème environnemental mais aussi un problème de santé. Du point de vue environnemental l’élevage industriel dans des fermes usines comme on en voit se développer au Danemark, Allemagne ou Pays-Bas c’est un vrai problème. Mais pas notre élevage de Wallonie ou France ou les bêtes sont élevées en pâturage à l’herbe et au foin et ou les prairies servent de puits de carbone. Il ne faut pas confondre toutes les filières, une viande n’est pas l’autre ».

« Comment la viande cultivée va révolutionner notre alimentation » est le sous-titre éloquent qui accompagne « Clean Meat », le livre du défenseur de la cause animale Paul Shapiro. Ce dernier nous fait une promesse à laquelle il croit dur comme fer. Mais est-elle tenable ?

Parmi les soutiens de cette « viande propre », on retrouve des noms aussi prestigieux que Matthieu Ricard ou Olivier De Schutter. Pour l’un, cette viande propre permettrait d’éviter d’atroces souffrances aux innombrables animaux d’élevage dont nous nous nourrissons, pour l’autre, ce serait la solution pour alimenter une planète de plus en plus peuplée qui mange beaucoup de viande. Certains continents en consomment même de plus en plus.

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