Olivia Venet (Ligues des droits de l'Homme): " Il faut un service maximum dans les prisons "

Olivia Venet (Ligues des droits de l’Homme): " Il faut un service maximum dans les prisons "
Olivia Venet (Ligues des droits de l’Homme): " Il faut un service maximum dans les prisons " - © Tous droits réservés

Les affaires ou polémiques qui touchent aux droits de l’Homme sont récurrentes dans l’actualité. Qu’il s’agisse des droits des migrants, du justiciable ou des femmes face aux violences sexuelles, il est toujours question de droits humains. Olivia Venet était l’invitée du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 30 juin en tant que présidente de la Ligue des droits de l’Homme. Elle a notamment défendu, en cette période de grève des agents pénitentiaires, le droit des détenus.

Avocate spécialiste en droit pénal, Olivia Venet est depuis le 26 mai 2018 la présidente de la Ligue des droits de l’Homme. Une nouvelle casquette qu’elle porte avec conviction. Comme elle le rappelle, cela faisait déjà douze ans qu’elle était impliquée dans l’association. Elle franchit désormais un pas supplémentaire : " Pour moi, c’est important, à côté de la défense d’intérêts privés en tant qu’avocate, de soutenir des questions plus globales des droits humains de manière générale. En tant qu’avocat, on est en première ligne pour voir ce qui se passe, et pour comprendre les enjeux ".

Avant de s’avancer sur des thématiques précises, un bilan est évoqué concernant l’évolution des droits humains à l’heure actuelle. Pour l’association, il y a des marches-arrières concernant certains droits : " Je l’impute à plusieurs politiques qui sont orientées vers la sécurité, et moins vers la liberté. Or, on pourrait être dans les deux à la fois. Aujourd’hui, on met en place un tas de politiques sécuritaires. Mais avec quelle efficacité ? Tout cela est quand même très questionnable… ". Par ailleurs, elle note que tout n’est pas noir : " Il y a eu des avancées dans certains domaines, notamment au niveau du droit des femmes suite à l’affaire Weinstein. Mais ces avancées ne sont pas dues aux actions politiques, malheureusement. C’était plutôt un réveil citoyen.  Ce sont des femmes qui ont dénoncé, et qui ont décidé de faire avancer les choses. Au niveau politique, il y a des choses qui avancent, mais pas assez ".

Il faut un service maximum dans les prisons

Les prisons font une nouvelle fois l’actualité cette semaine. On connait la volonté du ministre de la justice, Koen Geens, d’instaurer un service minimum en cas de grève. Une optique qui crispe les syndicats… Et pourtant, selon Olivia Venet, c’est une manière de préserver les droits des détenus :

Ce qui est nécessaire aujourd’hui dans les prisons belges, c’est un service maximum. Ce n’est pas un service minimum. Je pense que c’est vraiment ça qu’il faut retenir. Alors bien sûr, les gardiens travaillent dans des conditions qui ne sont pas acceptables. Et je comprends qu’ils veulent recourir au droit de grève, qui est aussi un droit fondamental. Par ailleurs, les détenus sont dans des conditions inacceptables aussi quand ils n’ont pas le droit à une douche, à leurs visites, et qu’ils ne peuvent plus se présenter à leurs audiences. Dans certaines prisons, cela fait dix jours qu’ils n’ont pas pu se doucher. Avec la chaleur qui fait, vous imaginez les tensions que cela peut créer ".

Elle plaide donc pour un service garanti, tout en cherchant à ce que les agents travaillent dans des conditions acceptables. " Enfin, ajoute-t-elle, il faut qu’on accepte de prendre en main le problème de surpopulation carcérale ".

"C’est une erreur de traiter les détenus ainsi"

Pour la présidente de la Ligue des droits de l’Homme, on perçoit les détenus actuellement comme s’ils étaient des sous-citoyens. Mais c’est contre-productif : " Les traiter ainsi, c’est une erreur assez grave, car à un moment où un autre, ils vont revenir dans la société. Quoi que ces gens aient fait, ils sont des citoyens et ils font partie de la communauté. Ce qu’il faut, c’est prendre ces gens en charge, pour qu’au moment où ils sortent, ils soient prêts. Cela passe par un plan de réinsertion ".

Quel poids pour la Ligue des droits de l’Homme ?

On connait donc la position de l’association concernant le droit du justiciable. Mais par quel moyen peut-elle s’informer pour peser dans le débat ? Comme l’explique Olivia Venet, plusieurs moyens sont mis en place : " Il y a des comités de surveillance dans les prisons, qui ne dépendent pas directement de notre association, mais qui font des rapports, comme le Comité pour la prévention de la torture. On est évidemment en lien avec eux, et on a accès à l’information. Par ailleurs, on organise aussi des activités. On a par exemple organisé une visite de la prison de Forest par les parlementaires. Ils étaient venus sur base volontaire pour rencontrer des détenus, et ça leur avait donné un éclairage nouveau sur leurs conditions de vie. Je prends un bête exemple, mais le seau hygiénique utilisé à la place des toilettes dans les cellules, c’est quand même un peu effrayant. Et je pense que ça les a conscientisés ".

Pour réécouter l’intégralité de cette émission :

 

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