Oeufs contaminés au fipronil: "80% du problème est aujourd'hui sans aucune réponse"

Beaucoup de questions restent sans réponse dans le scandale des oeufs contaminés au fipronil. Mercredi, le ministre fédéral de l’Agriculture, Denis Ducarme, s’exprimait devant les députés sur les derniers éléments, notamment apportés par l’Afsca, l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire. Il a pointé les Pays-Bas.

Jean-Marc Nollet, député fédéral Ecolo, dans l'opposition, répondait aux questions de La Prem1ère ce matin.

Est-ce que vous avez été convaincu par les réponses apportées par le ministre fédéral Denis Ducarme devant les députés ?

"C’est-à-dire que la commission d’hier, que les écologistes avaient réclamée depuis le week-end, est intéressante parce qu’elle a permis de révéler toutes les failles du système de contrôle. On a appris hier qu’en fait la découverte du fipronil était fortuite, que c’est parce qu’un exploitant a signalé à l’Afsca qu’il y avait un problème dans son exploitation. C'est alors que l’Afsca s’est mise en branle et a commencé à rechercher. Ça veut dire que ce n’est pas le système de contrôle lui-même qui a fonctionné, mais c’est l’autocontrôle du producteur lui-même".

Les 80% du problème sont encore aujourd’hui sans aucune réponse

L’Afsca ne cherchait pas le fipronil parce qu’il n’est pas censé être utilisé chez nous ?

"Oui, et c’est ça qui est tout à fait paradoxal évidemment. L’Afsca procède à une série de tests, mais ne testait pas pour vérifier s’il y avait ou pas de présence de fipronil dans nos exploitations agricoles. C’est un premier problème, mais il y en a d’autres. Et le plus important, me semble-t-il, à signaler ce matin, c’est qu’en fait on a travaillé au niveau du gouvernement belge, au niveau de l’Afsca, que sur la partie visible de l’iceberg, c’est-à-dire tout ce qui se passe après ce signalement, après le mois de juin 2017. Or, la présence de fipronil en Belgique est possible à partir, à tout le moins, du mois de mai 2016, ce qui veut dire qu’en fait on a une visibilité de plus en plus grande sur 20% du problème, mais que les 80% du problème sont encore aujourd’hui sans aucune réponse, sans aucune clarification de la part de l’Afsca et du gouvernent".

Une entreprise qui, de manière frauduleuse évidemment, a introduit le fipronil sur le marché peut mettre en l’air toutes nos exploitations

Vous êtes arrivé en commission avec une facture qui date de mai 2016, une facture d’un fournisseur de fipronil, du fipronil qui aurait été livré à un producteur chez nous en Belgique. Vous avez eu des réponses quant à ce fait-là ?

"Oui, c’est justement là que ça devient interpellant. C’est que le ministre reconnaît que sur la période entre mai 2016, date de cette facture, et la période de juin 2017, date du premier signalement, c’est le vide. Il n’y a aucune explication, on ne sait donc pas aujourd’hui depuis quand le fipronil est utilisé en Belgique. On sait que potentiellement il peut l’être depuis le mois de mai 2016, mais on ne sait donc pas depuis quand les Belges consomment des œufs contaminés.

Et là est toute la question parce que ces œufs, aujourd’hui, se trouvent encore dans les produits dérivés. Prenons la mayonnaise qui se trouve dans les rayons des grands magasins. Quelqu’un qui achète aujourd’hui encore cette mayonnaise peut très bien retrouver dans ce pot de mayonnaise des œufs qui ont été contaminés.

Ça ne veut pas dire forcément qu’ils sont dangereux, ça veut dire que le système de contrôle ne fonctionne pas à l’heure actuelle.

Mais derrière ça, et je voudrais que le débat se porte de plus en plus là dessus, on arrive aux limites du système agro-industriel actuel. Il faut changer le logiciel de l’Afsca, mais il faut changer aussi de modèle de production, de modèle de consommation. On voit toute la fragilité du système actuel, toute la dépendance aussi. Une entreprise qui, de manière frauduleuse évidemment, a introduit le fipronil sur le marché peut mettre en l’air toutes nos exploitations. Regardez comment en souffrent aujourd’hui les exploitations agricoles qui sont concernées".

Sur la protection du consommateur en tant que tel, qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui face à une situation comme ça ? 

"C’est un, le contrôle, qui doit être renforcé, qui doit être diversifié. On ne doit pas se limiter simplement à une question de dose, mais aussi à tester des produits qui ne l’étaient pas. Deux, c’est une question d’information. Il y a eu une période beaucoup trop grande entre le moment où l’Afsca a reçu l’information et le moment où elle a informé l’ensemble des consommateurs.

L’information vient le 2 juin, elle est confirmée le 9 juin, elle est reconfirmée le 14 juin et il y a un troisième test le 21 juin. Mais ce n’est qu’au mois d’août que l’Afsca prévient les consommateurs. Ça ne va pas, ça ne peut plus se produire".

Pourquoi Denis Ducarme refuse-t-il de faire toute la transparence?

C’est un problème européen aussi parce qu’on pointe l’Afsca et peut-être la Belgique aujourd’hui, mais les Pays-Bas sont dans l’ombre du système aussi visiblement...

"Tout à fait, c’est un problème qui ne touche pas que la Belgique. C’est un problème européen, c’est un problème qui doit nous faire réfléchir aussi sur la qualité et la crédibilité des tests puisqu’on voit qu’il y a des tests qui nous donnent des résultats tout à fait contradictoires sur un même produit. Et donc on doit se poser la question de l’échange d’informations, mais les Pays-Bas ne peuvent pas servir d’excuse. Quand j’entends le ministre Ducarme dire 'c’est la faute des Pays-Bas', non, la Belgique aussi a sa part de responsabilité, comme — je pense — l’ensemble des pays.

Mais je demande aujourd’hui au ministre Ducarme de mettre sur la table le document que son prédécesseur avait reçu le 25 juillet, qu’il refuse de remettre au Parlement. Alors là, je m’interroge : pourquoi refuse-t-il de faire toute la transparence alors que lui-même, sur vos antennes ici il y a quelques jours, est venu dire 'on doit maintenant faire la transparence'? Pendant trop longtemps, on a tenu ça sous silence, pourquoi refuse-t-il de donner ce document-là ? Je voudrais que la commission se réunisse la semaine prochaine pour poursuivre les travaux parce que, comme vous l’avez dit en introduction, nous ne sommes pas au bout de ce que nous devons découvrir dans ce véritable scandale de la manière dont la gestion de la crise n’a pas été réalisée correctement".

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