Oeufs au fipronil: "La procédure judiciaire doit-elle faire oublier le principe de précaution?"

Le ministre allemand de l'Agriculture souhaite s'entretenir avec son homologue belge au sujet de la contamination d'oeufs par des insecticides, certains médias rapportant que les autorités belges, alertées il y a un mois, auraient tardé à prévenir leurs voisins.

Christian Schmidt prévoit d'appeler lundi son homologue, le nouveau ministre de l'agriculture Denis Ducarme pour discuter de la situation et "en particulier de la nouvelle information", a annoncé samedi un porte-parole.

"Le ministre de l'Agriculture Schmidt attendait une notification des responsables en Belgique de manière opportune et complète", a-t-il ajouté.

Selon VRT, l'agence n'a pas rendu publique cette possible contamination en raison d'une enquête pour fraude présumée en cours.

Enquête sur une fraude possible

Une porte-parole de la Commission européenne a annoncé vendredi que l'affaire faisait l'objet d'une enquête des autorités belges et hollandaises. Le parquet belge a ouvert une investigation contre un fournisseur de services de l'industrie de la volaille, soupçonné d'avoir ajouté la substance à ses produits, a-t-elle précisé.

La Belgique a également déposé une requête auprès du réseau des fraudes alimentaires de l'Union européenne, sollicitant l'aide des Pays-Bas. Les Pays-Bas sont le deuxième exportateur d'oeufs au monde derrière les Etats-Unis et en vendent environ cinq milliards par an à l'Allemagne.

"L'Afsca doit communiquer"

Ecolo a appelé samedi soir à la plus grande transparence possible dans ce dossier. Son co-président Patrick Dupriez demande ainsi à l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) de communiquer ce qui peut l'être, notamment au niveau toxicologique, des analyses que celle-ci a effectuées. "J'attends aussi avec impatience de pouvoir interroger l'Afsca ou le ministre devant le parlement", a-t-il confié à l'agence Belga.

Oeufs contaminés: interpellée, l'Afsca promet de publier "très prochainement" les résultats de ses analyses

Le toxicologue Jan Tytgat, de l'université de Louvain (KUL), a appelé samedi sur VTM l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) à publier les résultats des échantillons analysés dans le cadre de la crise sur les oeufs...

 

"Nous sommes face à une situation qui suscite de nombreuses questions", constate M. Dupriez. L'Afsca était au courant de la contamination depuis le mois de juin, rappelle-t-il. "Que s'est-il passé depuis lors?"

Il est possible qu'une contamination beaucoup plus forte ait eu lieu

Le coprésident d'Ecolo s'interroge aussi sur la manière de dépasser les analyses effectuées ces derniers jours. "Il est possible qu'une contamination beaucoup plus forte ait eu lieu", suggère-t-il. Ces derniers mois, de nombreuses mesures de confinement ont été imposées à différents élevages de volaille en Belgique en raison de la présence de la grippe aviaire dans ceux-ci.

Les éleveurs ont dès lors eu fort à faire pour éradiquer le pou rouge, fait remarquer M. Dupriez. Or c'est justement dans un produit utilisé pour lutter contre ce parasite que s'est retrouvé l'insecticide fipronil, une molécule prohibée dans le traitement des animaux destinés à la chaîne alimentaire.

"Qu'en est-il donc des oeufs d'il y a deux-trois mois? Dans quelle mesure l'Afsca peut-elle analyser ceux qui sont stockés depuis des semaines?", se demande-t-il.

Aux yeux du co-président des Verts, la situation actuelle pose la question de la capacité de surveillance du secteur alimentaire. Il rappelle d'ailleurs que c'est à l'initiative d'un éleveur que le pot-aux-roses a pu être découvert. M. Dupriez appelle dès lors à un renforcement des contrôles sur les produits destinés à l'élevage industriel.

Et le principe de précaution? demande Di Antonio

Le ministre wallon de l'Environnement Carlo Di Antonio (CdH) a abondé dans le même sens dimanche, demandant à l'Afsca de faire toute la clarté sur l'affaire. "Une procédure judiciaire doit-elle entraver la mise en œuvre d'un principe de précaution sanitaire et donc le retrait de la vente de produits suspects? L'énergie déployée avec excès envers les artisans doit aujourd'hui être utilement orientée vers les filières industrielles qui peuvent être à la base de catastrophes sanitaires d'ampleur", a-t-il souligné dans un communiqué.

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