Occupation du Théâtre royal de la Monnaie : "Il y a un virus qui tue, mais il y a une gestion de crise qui tue également", dénonce le collectif d’artistes

L’occupation du Théâtre de la Monnaie se poursuit à Bruxelles. Une dizaine d’artistes occupent ce haut lieu de la Révolution belge et temple de l’opéra depuis le 3 avril dernier. "Nous sommes les oubliés de cette crise" dénonce le collectif d’artistes qui demande aux autorités fédérales de redonner sa place à la culture malgré la crise sanitaire.

Dix artistes jour et nuit à la Monnaie

"Nous sommes dix à dormir dans le théâtre, avec deux vigiles de la Monnaie qui nous surveillent. Nous occupons la Monnaie jour et nuit", précisait ce matin le comédien Oscar Briou sur l’antenne de la Première.

Le collectif est rejoint chaque jour pendant une heure (de 17 à 19 heures) par un groupe élargi, pour que les revendications portent plus loin et que la mobilisation soit davantage visible, à l’extérieur aussi.

Le projet du collectif d’artistes est de permettre à la culture de retrouver sa place. Il est soutenu par diverses organisations. "Il y a des fédérations, Still Standing for Culture du côté francophone et State of the Arts côté flamand. Il y a aussi les syndicats qui, au niveau culturel, sont souvent oubliés. On essaie donc de réaffirmer ce lien-là", ajoute Oscar Briou.

"Nos revendications s’adressent à un niveau plus large et demandent une convergence de luttes où il y a une quantité d’associations qui nous ont rejoints. Il y a par exemple Faire Front, qui est une coalition d’associations qui a réussi à faire un travail assez incroyable sur la gestion de la crise. On se nourrit donc de ça et on propose de leur donner aussi de la voix."


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Allo, Alexander De Croo ?

Depuis le début de l’occupation de la Monnaie, le collectif interpelle les responsables politiques et, en particulier, le gouvernement fédéral : " On veut s’adresser directement au niveau (de pouvoir, ndlr) fédéral", poursuit Oscar Briou.

"Tous les jours, j’appelle le cabinet du Premier ministre Alexander De Croo. Évidemment, je reçois une douce réponse d’envoyer un mail. Donc, j’envoie un mail et je reçois une réponse automatique. Mais on ne s’arrêtera pas ici puisque l’objectif est véritablement que l’on soit écouté. L’objectif est d’être écouté", insiste l’artiste.

Coronavirus et culture, une autre histoire

"D’un autre côté, ce qu’on fait concrètement et au jour le jour, c’est qu’on a réussi à obtenir la possibilité de faire (de mener une action devant la Monnaie chaque jour, ndlr), entre 17 et 19 heures et non plus 18 heures. On a réussi à lutter contre la pression de la police, de faire entendre ces voix et de construire un autre récit, une autre narration de la crise, qui n’est pas la narration qu’on peut avoir dans les médias, qui n’est pas la narration du gouvernement, parce que fondamentalement, on veut dire : oui, d’accord, il y a un virus qui tue, mais il y a une gestion de crise qui tue également et qui précarise les plus précarisés et qui crée un désespoir intolérable ".

"L’élan d’une jeunesse de la culture oubliée"

A la question, représentez-vous tout le milieu culturel et associatif ou êtes-vous comme les "zadistes" de la culture, en référence aux personnes qui militent en faveur des zones à défendre (ZAD) souvent en les squattant, Oscar Briou répond : "Je ne sais pas qui a inventé ce terme de zadiste de la culture, mais c’est franchement un titre qui n’est pas adéquat. Ce n’est pas du tout la même chose. Il ne faut pas associer des choses qui n’en sont pas. Ça crée donc énormément d’incohérences. Il y a la lutte de la ZAD à Arlon, qui est une autre lutte, qui a été violente et qui n’est pas du tout comparable à ça, donc je pense que c’est vraiment une erreur médiatique d’avoir appelé ça comme ça."

"Nous, clairement, il s’agit d’un élan d’une jeunesse du milieu culturel qui voit depuis une série d’années ses horizons tomber et qui est portée dans une angoisse de futur qui n’existe pas, avec une instabilité et une précarité qui grandissent et qui, par contre, est aussi très attentive au reste du monde, et pas seulement au secteur culturel."

La Monnaie, dernier bastion

"Est-ce qu’on est représentatif ? Je pense qu’on est représentatif de la jeunesse au sein de la culture et aussi d’une culture qui n’est pas spécialement institutionnelle. Il faut dire que la Monnaie est le dernier endroit en Belgique où il y a encore des artistes comme un ensemble, qui sont rémunérés avec un salaire, etc. C’est une réalité qui n’existe presque plus dans le monde artistique."

"On représente donc aussi toute une frange oubliée, alternative, non institutionnelle de la culture, mais qui — et je le vois tous les jours — a décidé que, coûte que coûte, il était impossible d’arrêter de faire de la culture. Mais le problème est qu’on ne peut pas juste demander aux gens de donner leur passion sans jamais les valoriser et en disant 'Oui, c’est bien, faites la petite scène, c’était chouette au Printemps culturel '. Il faut vraiment donner de la valeur à la culture et ça passe par des réformes structurelles."

Et le KVS ?

Oscar Briou salue par ailleurs la volonté du KVS, le Théâtre royal flamand de Bruxelles de rouvrir coûte que coûte le 26 avril prochain. Et de conclure : "Aujourd’hui, je vais de nouveau appeler son cabinet (d’Alexander De Croo), je vais écrire un petit mail, je vais recevoir une réponse automatique qui me dit d’appeler le numéro 107, le numéro des dépressifs du Covid, et puis je vais rappeler en disant "On existe vraiment, est-ce que c’est possible… ? Et ainsi de suite…"

Le comédien Oscar Briou interrogé par Sophie Brems, dans Matin Première

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