Nuit blanche devant les écoles, sentiment d'injustice… La saga du décret inscriptions en vidéos d'archives

Nuit blanche devant les écoles, sentiment d’injustice… la saga du décret inscriptions en vidéos d’archives
Nuit blanche devant les écoles, sentiment d’injustice… la saga du décret inscriptions en vidéos d’archives - © pixabay.com - Free-Photos - CC0 Creative Commons

Le décret inscription, dans sa forme actuelle, ce sera bientôt de l’histoire ancienne. C’est en tout cas ce qui figure dans l’accord PS-Ecolo-MR pour la formation d’une nouvelle majorité en Fédération Wallonie-Bruxelles. Le texte actuel devrait être remplacé par un nouveau décret, mais le projet reste flou. Lundi, Elio Di Rupo (PS) parlait de "nouvelles dispositions décrétales".

Ce mardi, c’est au tour de Willy Borsus (MR), négociateur libéral et ministre-président sortant, d’évoquer "un nouveau système". Et d’ajouter sur les ondes de la RTBF : "On a donc décidé, je pense avec sagesse, de dire : 'Attendons un peu, c’est-à-dire consultons les experts, consultons les acteurs de l’école'. Objectif : simplification."

Problème, pour Étienne Michel, le directeur général du SEGEC, le Secrétariat général de l’enseignement catholique en Communauté française et germanophone : "On a essayé dans le passé la formule du 'premier arrivé premier servi', on a essayé ensuite la formule du tirage au sort et dans un troisième temps on a eu les critères de proximité géographique. Qu’aura-t-on donc demain ? Le texte est muet sur ce sujet."

Nous avons fouillé dans nos archives pour voir comment ces différents décrets ont été vécus par les enseignants, les directeurs d’écoles, les parents et les élèves eux-mêmes. Depuis 20 ans, le décret inscription, dont le but était notamment de favoriser la mixité dans les écoles, ne cesse de faire parler.

1er octobre 2003 : "Il a vraiment intérêt à réussir"

Une équipe de Projet X se rend à la nuit tombée devant le Lycée Martin V, à Louvain-la-Neuve. Des parents s’installent tant bien que mal devant l’école pour inscrire leurs enfants dans cette école très prisée du Brabant wallon. "Au 21e siècle, c’est assez archaïque", note un parent. "Quand on sait qu’il y a 100 places, on est obligé de faire ça, habitant Louvain-la-Neuve. Si on ne veut pas lui faire prendre un bus…", déplore une autre. En fin de séquence, un père s’adresse directement à son fils. "Il a vraiment intérêt à réussir", lance-t-il, les yeux bouffis par la fatigue.

16 novembre 2007 : les "prioritaires"… et les autres

En 2007, un nouveau décret entre en vigueur. Il divise les élèves en deux catégories : les "prioritaires" (inscrits dans la section fondamentale de l’école ou qui ont déjà des frères et des sœurs dans l’école secondaire en question) sont assurés d’avoir une place. Les autres doivent attendre deux semaines pour espérer décrocher l’une ou l’autre place restante. Dans les établissements les plus prisés de la Communauté française, le stress monte.

30 novembre 2007 : 15 minutes sur le sujet au JT de 13h

Le journal télévisé de la mi-journée ne parlera presque que de ça : reportage dans les écoles, journaliste en direct sur place, interview de Marie Arena la ministre-présidente et ministre de l’Education en Communauté française… Ce 30 novembre 2007, c’est la logique du "premier arrivé, premier servi" qui entre en vigueur. Si certaines écoles ont ouvert leurs portes à minuit pile (le décret ne précisant pas à quelle heure les inscriptions devaient commencer), d’autres ont fait attendre les parents jusqu'aux petites heures du matin. Dans certains établissements, la Croix Rouge distribue des couvertures et du café chaud.

"Ça valait la peine, même si c’est n’importe quoi de devoir passer deux nuits pour ça", confie une maman, tenant précieusement en main le papier d’inscription de son enfant.

De son côté, Marie Arena tente d’éteindre l’incendie. "J’ai demandé aux directions d’écoles d’accueillir les parents à l’intérieur", lance-t-elle tout en assurant qu’il est question d'"améliorer les modalités de mise en œuvre du décret". Ce jour-là, on constate des files devant environ 20 écoles (sur les 700 que comptait alors la Communauté française). Et la ministre de conclure que "travailler sur la mixité sociale dans les écoles, ça ne se gagne pas en une fois […] Nous sommes un de système d’éducation qui est le plus inégalitaire de toute l’Europe".

►►► À lire aussi : pourquoi le système scolaire est-il aussi inégalitaire ?

17 juillet 2008 : "Le tirage au sort, c’est la loterie"

Le "décret inscriptions" devient "décret mixité"… et prend la forme d’un tirage au sort pour éviter les files devant les écoles. Dans les écoles les plus prisées, la sélection se fait sur la base de trois critères : répartition géographique, mixité sociale et tirage au sort selon la date de naissance ou l’ordre alphabétique.

Le système fait bondir le MR. "Le tirage au sort, c’est la loterie. C’est un système injuste", déplore Françoise Bertiaux, alors présidente du groupe MR à la Communauté française. "On passe de la course à la loterie", poursuit-elle, en référence au précédent système.

Un nouvel effet pervers du système se met en place : par crainte de ne pas avoir de place, certains parents inscrivent leur progéniture dans plusieurs écoles en même temps. Certains se retrouvent donc avec plusieurs écoles et d’autres… n’en ont pas du tout.

13 août 2009 : les élèves "sans école"

Une nouvelle expression fait son apparition dans le monde de l’enseignement : les élèves "sans écoles". Semaine après semaine, pendant les jours qui précèdent la rentrée et au-delà, on compte ces enfants qui n’ont trouvé de place nulle part. C’est le cas d’Antoine, qui a été inscrit par ses parents dans une école en particulier. Mais à quelques jours de la rentrée, l’établissement en question a toujours une quarantaine d’enfants sur liste d’attente. "Je ne sais pas où je vais me retrouver, dans quelle école, où ça. Ça fait peur", souffle Antoine, 12 ans.

Cette année-là, on parle encore d’une nouvelle version du décret inscription. "C’est bien, un nouveau décret pour dans un an, mais la rentrée est dans 15 jours. Que faisons-nous de nos enfants", interroge la maman d’Antoine, des larmes dans la voix.

2010, le "profil informatique" et les directions qui contournent le décret

En 2010, le décret sera 2.0 ou ne sera pas. Grâce à un simulateur d’inscription disponible sur internet, les parents peuvent calculer leurs chances d’inscrire leur enfant dans l’école de leur choix. Dans le même temps, des directeurs d’école sont accusés de faire un tri qui ne dit pas son nom. Objectif non avoué : décourager les parents d’élèves issus de milieux défavorisés.

28 mai 2013 : tous les moyens sont bons

Certains parents sont aussi prêts à tout pour contourner le décret. Le journal télévisé de 13 heures du 28 mai 2013 se penche sur le cas d’un père qui s’est faussement domicilié dans un appartement vide pour se rapprocher de l’école tant désirée. "J’ai fait une recherche sur base des adresses dans le rayon et j’ai fait un bail à court terme d’environ 6 mois", confie-t-il anonymement. "Une inscription coûteuse, mais qui en vaut la peine", assure-t-il.

Un cas isolé ? La question remontera jusqu’au cabinet de la ministre de l’Education. "Si la Ciri (la Commission interréseaux des inscriptions, ndlr) n’a pas une mission de police, elle peut normalement activer une commune et l’inspection scolaire afin de faire vérifier s’il y a eu fraude ou non", répond-on du côté du cabinet. En tout cas, la méthode a de beaux jours devant elle. En 2016, le journal télévisé consacre un reportage à un cas similaire.

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