Nucléaire: pas de distribution préventive de pastilles d'iode pour tous

Nucléaire : pas de distribution préventive de pastilles d'iode pour tous
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Nucléaire : pas de distribution préventive de pastilles d'iode pour tous - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Il n'y aura pas de distribution préventive généralisée de pastilles d'iode chez nous. Pastilles censées limiter les conséquences d'un éventuel accident nucléaire et protéger notamment nos thyroïdes.

On ciblera avant tout quelques "groupes cibles". La confirmation en a été faite ce mardi après-midi par le ministre de l'Intérieur le N-VA Jan Jambon qui présentait aux députés la nouvelle mouture du plan d'urgence nucléaire. Le dernier plan date de 2003, il est donc largement temps de l'actualiser.

Qui fait quoi ? Qui ordonne et dirige quoi ? Quels sont les plans d'interventions ? Les plans d'évacuations éventuelles à 500 mètres, 1 kilomètre voire 20 kilomètres ? La réflexion est engagée depuis des mois.

Le gouvernement fédéral a consulté provinces, communes, Régions, présente son projet dans l'état actuel au Parlement - via la sous-commission Sécurité nucléaire - et attend l'avis des députés et de l'Europe avant de trancher d'ici 2-3 semaines en conseil des ministres. Mais sur les 90 pages de texte, ce qui interpelle donc c'est le chapitre "distribution de pastilles d'iode". 

Distribution ciblée

Dans ce chapitre, voici ce qui est prévu désormais après des mois de rumeurs et autres supputations : dans un rayon de 20 km autour des centrales, distribution préventive - aujourd'hui déjà - à tous les riverains via les pharmacies. Pas de distribution "boîte aux lettres" tout simplement car il s'agit tout de même d'un médicament.

La nouveauté : prochainement  - après approbation par le gouvernement fédéral, ne vous ruez donc pas en pharmacie! -, dans un rayon de 100kms autour des centrales, soit concrètement tout le pays, distribution préventive via pharmacies UNIQUEMENT aux groupes cibles : enfants, femmes enceintes, allaitantes.

Et pour tous les autres ? La distribution attendra le jour J, le jour d'une éventuelle réelle catastrophe nucléaire, et après communication des autorités.

Autre nouveauté : les pharmacies continueront à conserver au nom de l'Etat de larges stocks stratégiques d'iode, mais elles seront surtout dotées à l'avenir de pastilles déjà fabriquées et d'iode transformé prêt à l'emploi, de quoi éviter pénurie et longue attente au cas où.

Une distribution ciblée, par vague, via les pharmacies qui a suscité ce mardi une fois encore une large incompréhension sur les bancs de l'opposition. Le député PS Eric Thiébaut s'interroge : "Comment cela va-t-il concrètement se passer ? Soudain on va dire à tout le monde 'Allez chez le pharmacien! Les femmes et les enfants d'abord. Allez chercher votre pilule d'iode'. Et les autres ? En pratique, j'ai du mal à imaginer que cela puisse fonctionner".

Jean-Marc Nollet, chef de groupe des Verts, demande : "Comment pouvez-vous dire aux gens à la fois de rester confinés en cas de catastrophe. Et finalement de sortir pour vite aller en pharmacie chercher leurs pastilles ? C'est incohérent, c'est incompréhensible. Qu'est-ce qui vous empêche d'organiser très simplement une distribution préventive pour tout le monde. Ce n'est pas le coût, puisque c'est le secteur nucléaire qui paie l'ensemble - la distribution sera en effet gratuite pour le citoyen. Ce n'est pas un coût pour l'Etat. Alors quoi ?".

Raison et proportionnalité

C'est la réponse du gouvernement, par la voix du ministre de l'Intérieur, le N-VA Jan Jambon qui dit avoir tenu compte de tous les avis scientifiques - oubliant par là que l'on ne tient pas compte des recommandations émises en mars 2015 par le Conseil supérieur de la Santé qui plaidait pour une distribution généralisée dans la fameuse zone des 100 km.

Jan Jambon renvoie à d'autres études, "estimant qu'au-delà des 20 kilomètres, l'efficacité des pastilles d'iode, la chance qu'elles aient un impact réel que l'on peut neutraliser avec des tablettes d'iode est moindre, voire très très limité. Les études démontrent aussi qu'il suffit de bien délimiter les vrais groupes-cibles, ce que nous avons fait". 

Argument ultime du ministre : "On peut compter chez nous sur un très vaste réseau de pharmacies. Donc le moment venu, si nécessaire, les pastilles seront faciles à trouver".

Fin de la polémique pour le ministre de l'Intérieur. Alors que côté opposition, PS, Ecolo, CDH, Groen sont restés sur leur faim et ont donc continuer à plaider pour que le fédéral adapte son plan d'urgence et y inscrive au final une distribution préventive généralisée. Mais là, le ministre ne leur a plus répondu...   

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