Normes sismiques des centrales nucléaires: Ecolo avance de nouveaux éléments

Les réacteurs de Doel 1  et 2  respectent-ils les normes sismiques européennes ?  Pour les écologistes, la défense de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) est bidon. "Leur raisonnement ne tient pas la route scientifiquement", assène Ecolo. Démonstration scientifique à l'appui, les deux chefs de groupe Verts à la Chambre ont donné une conférence de presse ce matin au Parlement.  Jean-Marc Nollet et Kristof Calvo ont voulu démontré que les deux réacteurs nucléaires de Doel 1 et 2 ne sont pas en mesure de garantir un niveau de sécurité suffisant, "même en ayant recours à la dérogation européenne". Leur conclusion est sans appel : "Pour la sécurité du million et demi de citoyens qui vivent dans un rayon de 30 km aux alentours du site, ces deux réacteurs périmés ne peuvent voir leur durée de vie prolongée".

"La sécurité ne se négocie pas"

Pour les chefs de file écologistes, dans l'opposition au Parlement, les centrales de Doel 1 et 2  ont été construites sans prendre en considération le risque sismique. Lors de son audition au Parlement, le gendarme nucléaire, l'AFCN a expliqué que pendant les "stress tests post-Fukushima" l'exploitant avait démontré que les centrales pouvaient s'arrêter en toute sécurité dans une situation de tremblement de terre avec accélération au sol allant jusqu'à 0,17g. Cette norme est considérée par l'AFCN comme "suffisante" car elle correspond à l'accélération rencontrée lors des séismes les plus puissants sur notre territoire (Magnitude de 6,5 sur l'échelle de Richter). Or, selon Ecolo, "il n'existe pas de relation directe entre la magnitude d'un séisme et la vitesse d'accélération". Autrement dit, lier l'accélération au sol 0,17 g et la magnitude de 6,5 ne "repose sur aucun fondement scientifique". 

Suite de la saga

Début mars, Le Soir révélait que ces normes, fixées en 2014, pour s'assurer que les centrales pouvaient résister à un tremblement de terre, n'étaient pas d'application chez nous. Elles ne le seront qu'en 2017. Et selon des documents issus de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN), il apparaît que les travaux nécessaires au renforcement des centrales ne seront achevés "au plus tard" qu'en 2025... Soit l'année prévue pour la fermeture de nos centrales. 

Ces révélations ont mis en évidence que les réacteurs de Doel 1 et Doel 2 ne respectaient pas les nouvelles normes sismiques européennes définies en 2014 post-Fukushima par l'association des régulateurs européens (WENRA) - dont l'Agence fédérale de contrôle nucléaire fait partie. Elles ne le seront qu'en 2017 après publication de l'arrêté royal qui les intègre en droit belge.

Mais malgré tout, l'AFCN a donné son feu vert pour une prolongation de 10 ans des deux réacteurs. Avec des travaux de mise à jour, imposés à Electrabel l'exploitant, qui ne prévoyaient à l'origine pas de renforcement du site en cas de séisme. Selon les nouvelles normes, une centrale doit pouvoir faire face à une accélération de 0,1 g en cas de séisme. Or, Doel 1 et 2 sont aujourd'hui dimensionnées pour reprendre des efforts horizontaux de seulement 0,058 g.

Des documents internes de l'AFCN de février 2016

Et voilà que l'on découvre, que le 3 février 2016, lors d'une réunion commune entre l'AFCN, l'ANVS (pour "Autoriteit Nucleaire Veiligheid en Stralingsbescherming" son homologue des Pays-Bas) et Bel V (la filiale de l'AFCN chargée des vérifications techniques de sécurité), il est bien question de "booster" les réacteurs de Doel 1, 2, 3 et 4. En respectant le prescrit WENRA qui sera traduit en droit belge via donc ce fameux arrêté royal "en 2017".

Les efforts les plus importants devant porter sur Doel 1 et 2, les réacteurs les plus anciens (1975), non prévus initialement pour ces tests sismiques.

Avec la précision - dans un slide présenté lors de cette réunion commune - "réalisation/compliance en 2025 au plus tard". "Avec une période de transition jusqu'en 2025". Un autre slide précise que "d'importants travaux et modifications sont nécessaires".

Avec cette question qui demeure : pourquoi prévoir des travaux achevés au plus tard en 2025, année où précisément ces centrales doivent normalement fermer leurs portes ? On est loin du principe de précaution de base - même si on ne s'attend pas à un tremblement de terre style "Big one" en région anversoise... Mais pourquoi autant de temps pour réaliser de tels travaux ? De l'argent jeté par les fenêtres s'il faut attendre 2025 pour les voir terminés.

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