Nomination de Steven Vanackere à la BNB : ça se complique

Nomination de Steven Vanackere à la BNB : ça se complique
Nomination de Steven Vanackere à la BNB : ça se complique - © THIERRY ROGE - BELGA

Mercredi, le conseil de régence de la Banque Nationale de Belgique (BNB) a validé la proposition du gouvernement fédéral de nommer directeur - l'un des six qui assiste gouverneur et vice-gouverneur de la Banque - l'ancien ministre des Finances CD&V Steven Vanackere. Sa nomination formelle doit repasser une ultime fois au conseil des ministres, ce qui a priori s'apparentait à une formalité. Sauf que...

L'opposition tempête sur une "nomination partisane"

Sa nomination fait bisquer l’opposition, Ecolo, Groen et PS en tête. Ainsi pour le député fédéral Ecolo Georges Gilkinet, "on est toujours dans une logique de nomination partisane et pas dans la recherche des compétences, même si Steven Vaneckere a été ministre des Finances. C’est de la vieille politique de nomination des amis". Georges Gilkinet, enfonçant un autre angle, qui dit aussi espérer "que cette nomination ne va pas empêcher M. Vanackere de venir répondre à nos questions en commission au Parlement sur le dossier libyen pour lequel j’attends d’y voir clair". Pour rappel c’est Steven Vanackere, en tant que ministre des Finances, qui avait autorisé la banque Euroclear à libérer en 2011 des fonds libyens alors que le pays était en plein chaos. Des fonds théoriquement gelés en Belgique mais dont les intérêts ont été libérés vers un destinataire inconnu en Libye. Hier, l'avocat du prince Laurent exprimait la même inquiétude pour cette nomination sur fond de dossier libyen

Le député Groen Kristof Kalvo appelle, lui, la majorité à un rétropédalage sur cette désignation qui entérine la "disparition de la dernière femme du comité de direction de la BNB" (on va y revenir), "inacceptable, ces nominations politiques causent beaucoup de tort au monde politique, car elles sont en contradiction avec les valeurs et le type de politique que le citoyen attend à juste titre". Et de demander l'arrêt définitif de toute immixtion du politique dans les nominations au sommet - "une habitude du siècle passé" - et le respect de quota de genres dans les hautes fonctions.

Le chef de groupe PS à la Chambre Ahmed Laaouej dit, lui, "attendre de la BNB qu’elle puisse continuer à être indépendante et impartiale. Ça n’arrive pas tous les jours de voir un ancien ministre des Finances au comité de direction de la Banque nationale. Je ne veux pas faire de procès d’intention, mais je veux qu’on puisse nous garantir que la BNB va continuer à fonctionner en toute indépendance, notamment dans la rédaction de ses rapports et analyses au Parlement. Je jugerai sur pièces, mais je serai particulièrement vigilant".

La majorité ouvertement divisée

La surprise, c'est que désormais la majorité fédérale se divise sur le sujet Vanackere. Ainsi l'Open Vld et la N-VA ont remis ce vendredi en question la nomination en question. Retropédalage toute donc tous azimuts. Seul le CD&V défend ouvertement le soldat Vanackere, "choisi pour ses qualités" a insisté le président du parti Wouter Beke. Mais voilà, s'il est exact que l'actuel ministre des Finances N-VA Johan Van Overtveldt a bien présenté le nom de M. Vanackere, il s'agissait là d'une "formalité" qui suivait le choix de ce dernier par le CD&V, a expliqué le vice-Premier ministre N-VA Jan Jambon à l'agence Belga. Et d'insister : "La nomination de Vanackere n'est donc pas en soi un arbitrage du gouvernement!".

Le vice-Premier ministre Open Vld Alexander De Croo est sur la même longueur d'onde, mais lui n'exonère pas M. Van Overtveldt. "La polémique sur la nomination de Steven Vanackere est justifiée", a-t-il écrit sur Twitter. "L'absence de femme (au comité de direction de la BNB) n'est pas une bonne chose. Cela n'a d'ailleurs pas été discuté au sein du gouvernement. C'est un pur choix du CD&V et du ministre des Finances". Bref, on va en rediscuter lors d'un prochain kern (comité ministériel restreint) à la rentrée après ce congé de Toussaint...

Débat relancé sur la place des femmes dans les hautes fonctions

Ce qui fait que le débat sur cette désignation a pris un retentissement particulier, c'est aussi le fait que Steven Vanackere vient occuper un poste laissé par une femme, la dernière qui figurait donc encore au sein de la direction de la Banque nationale.

Dans le cadre d'un vaste jeu de chaises musicales. Avec deux postes à pourvoir en interne de la BNB. D'abord le départ - pour un destin plus local (à Overijse) comme elle l'avait annoncé de longue date - de Marcia De Wachter du comité de direction de la BNB, où elle était la seule femme sur sept membres. Et puis le départ prochain à la retraite au 1er janvier du gouverneur de la BNB Jan Smets, qui sera remplacé par l’actuel vice-gouverneur Pierre Wunsch. Deux postes - tous deux étiquetés CD&V - qui devaient revenir au CD&V et à la N-VA, mais les nationalistes ont décidé de renoncer à présenter un candidat, vu leur décision de voir réduit de 7 à 6 le nombre de sièges au nom de la bonne gouvernance. Le CD&V a alors avancé le nom de Steven Vanackere, que Johan Van Overtveldt a relayé. Avec au final, ce "mini-scandale" sur l'absence de femmes au prochain comité de direction de la BNB. 0 femme sur 7 membres du comité de direction et 1 (Fabienne Bister) sur 17 en incluant le Conseil de régence. Ceci alors que la BNB est cotée en Bourse et censée respecter au minimum l'esprit de l'article 518 bis du code des sociétés, stipulant qu'un tiers des membres du Conseil d'administration doivent être des femmes pour les sociétés introduites en Bourse et les entreprises publiques... Piquant quand on se souvient que le Cd&V - la députée CD&V Griet Smaers - a déposé il y a un mois une proposition de loi pour plus de femmes au top de la BNB.

Hier, même la partante CD&V Marcia De Wachter s'est exprimée, déçue, sur twitter, regrettant que "le gouvernement n'était visiblement pas capable de trouver une candidate femme compétente en Belgique"...

Les femmes CD&V ont aussi affiché leur déception. Liesbeth Maris, présidente de Vrouw & Maatschappij, mouvement des femmes proches du parti. "J'étais un peu déçue que nous n'ayions pas été associées dans le choix de Steven Vanackere. Cela n'a rien à avoir avec lui, son talent et ses compétences. Mais le simple fait que le parti ait choisi un homme. Je sais qu'il y a un tas de femmes pleines de talents dans le secteur financier et qui sont prêtes. Mais tout cela se passe un peu par des discussions en coulisses. Je n'ai pas le sentiment qu'il est très clair de savoir comment et où on peut postuler pour ce genre de postes. 

En attendant face à la fournée de nominations (politiques) qui s'annoncent pour le gouvernement fédéral Michel - à Bpost, à la Société fédérale de Participations et d'Investissement (SFPI), à la Commission de Régulation de l'Electricité et du Gaz (CREG) et même au sein de la Banque européenne d'investissement (BEI), avant la SNCB et Infrabel l'année prochaine -, ça commence bien...

Peu de femmes dans le top des banques

Comme l'épinglait "L'Echo" le mois dernier, les femmes sont peu représentées dans les comités de direction des banques et assureurs belges. Ainsi chez BNP Paribas Fortis, première banque du pays : six hommes, zéro femme. Chez AG Insurance, premier assureur belge : sept hommes, une femme. Chez Belfius, c'était zéro femme aussi, mais cela va changer, avec l'arrivée de Marianne Collin (37 ans) au comité de direction. Le changement interviendra le 1er janvier prochain, sous réserve de l'approbation par la Banque centrale européenne.

Et plus globalement, dans le privé, avec la nomination d’Ilham Kadri, le mois dernier, à la tête de Solvay, le nombre de CEO féminins dans les sociétés cotées composant l’indice Bel 20 est passé de deux à trois (avec Dominique Leroy chez Proximus et Isabelle Kocher chez Engie), et même d’une à deux si l’on se limite aux entreprises belges... En théorie, toutes les sociétés cotées belges devraient aujourd’hui compter un tiers de femmes dans leurs conseils d’administration. Mais l'"effort" reste largement à fournir.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK